Sciences dessus dessous

Archive, septembre 2015

Mardi 29 septembre 2015 | Mise en ligne à 13h46 | Commenter Commentaires (11)

Le truc pour battre Usain Bolt ?

Beaucoup de coureurs ont tendance à allonger la jambe arrière un peu trop au moment où le pied avant touche le sol. (Photo : Reuters/archives La Presse)

Beaucoup de coureurs ont tendance à allonger la jambe arrière un peu trop au moment où le pied avant touche le sol. (Photo : Reuters/archives La Presse)

De manière générale, l’être humain est une brute un peu épaisse qui, par atavisme ou par réflexe, court comme une brute épaisse depuis la nuit des temps. Si l’il courait «comme un physicien», il irait plus vite et plus loin…

À vue de nez, cela peut sembler un bien étrange message, mais c’est bien, en substance, celui que défendent — démontrent ? — deux chercheurs en physiologie dans le dernier numéro de la revue savante Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences. Selon les calculs et les tests du physicien norvégien Svein Otto Kanstad et du physiologiste finlandais Aulikki Kononoff, les coureurs, des plus humbles jusqu’à l’élite mondiale, ont tendance à voir leur exercice favori comme une série de sauts successifs, alors que ce n’est pas vraiment le cas. Il s’agit plutôt d’une série de déséquilibres vers l’avant qui sont corrigés à chaque foulée.

À cause de cette méprise plus ou moins inconsciente, explique ce compte-rendu du New Scientist, chez la plupart des coureurs, lorsque le pied avant touche le sol, l’autre jambe est généralement très étirée vers l’arrière. Or cela a pour effet d’annuler une partie du «moment angulaire» du coureur, soit le mouvement en arc de cercle (vers l’avant) que le corps du coureur décrit à chaque pas. Si l’on ramenait la jambe arrière juste un peu plus tôt, calculent les auteurs, cela aurait pour effet de «débalancer» un peu plus le corps vers l’avant, mais le pas suivant sert justement déjà à rétablir cet équilibre et cela permettrait de convertir une plus grande partie du moment angulaire en mouvement vers l’avant — un peu comme un ballon que l’on fait tourner en le lâchant, qui en touchant le sol convertit une partie de sa rotation en mouvement. Au bout du compte, cette technique de course serait plus efficace par environ 10 % d’un point de vue énergétique.

M. Kanstad, lui-même un ancien coureur de compétition, affirme que cela prend quand même un certain entraînement avant de s’habituer à courir de cette manière, mais que les résultats en valent la peine. Les deux chercheurs ont testé leur hypothèse sur des coureurs d’élite (après les avoir «formés») et mesuré la quantité d’oxygène qu’ils consommaient lors d’un entraînement sur tapis roulant — la quantité d’oxygène brûlée indiquant l’énergie dépensée —, ce qui a confirmé que la technique est plus efficace.

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Lundi 28 septembre 2015 | Mise en ligne à 12h18 | Commenter Commentaires (26)

Première preuve directe d’eau liquide sur Mars

Sur les pentes du cratère Garni, des coulées comme celles-ci apparaissent et disparaissent au gré des saisons. (Image : NASA/JPL/University of Arizona)

Sur les pentes du cratère Garni, des coulées comme celles-ci apparaissent et disparaissent au gré des saisons. (Image : NASA/JPL/University of Arizona)

On en avait trouvé sous forme de glace, sous forme de vapeur, sous forme de traces anciennes de lacs et de rivières, mais aussi intéressantes et éclairantes qu’elles furent pour écrire l’histoire de Mars, ces découvertes s’apparentaient toutes plus ou moins à de la «triche», comme disent mes enfants : si on cherchait de l’eau sur la planète rouge, c’est parce qu’ultimement on voulait y trouver de la vie. Et pour ça, l’eau doit être liquide, mais c’est une chose qui nous avait constamment échappé jusqu’à ce que Nature Geoscience en annonce ce matin la première «preuve» — ou du moins ce qui y ressemble drôlement.

Les quelques sondes qui photographient Mars du haut des airs depuis quelques années avaient clairement montré qu’il y avait quelque chose qui coulait, littéralement, sur certaines pentes martiennes en été. Puis la saison froide arrivait et les coulées disparaissaient — pour mieux réapparaître à la saison chaude suivante, voir l’image ci-haut ou ce beau gif animé sur Wiki. Mais qu’est-ce qui, au juste, s’écoulait ainsi ? On se doutait qu’il pouvait s’agir d’eau liquide puisque la température de ces pentes, sous les rayons solaires, s’élèvent couramment aux alentours de –20°C, voir presque jusqu’à 0°C. Pour peu qu’une eau soit riche en sels, elle peut demeurer liquide à ces températures.

Mais on n’avait jamais été capable d’aller au-delà des spéculations et des educated guesses. Jusqu’à ce qu’une équipe dirigée par Lujendra Ojha, de l’Institut technique de Georgie, parvienne à extirper savamment quelques signaux optiques des images satellites. La tâche n’était pas facile : certaines des photographies dans le spectre visible à l’œil nu ont une précision très impressionnante, mais elles ne permettent pas de faire les analyses optiques nécessaires pour identifier de l’eau. Pour ce faire, M. Ojha a décortiqué les données d’un instrument nommé CRISM (pour Compact Reconnaissance Imaging Spectrometer for Mars) qui «voit» plus de 500 fréquences différentes dans l’infrarouge, à la recherche de «bandes d’absorption» typiques de l’eau. (Notons ici que chaque substance a une manière particulière d’interagir avec la lumière, réfléchissant certaines fréquences et en absorbant d’autres ; cela donne une sorte de code barre qui permet d’identifier à distance de quoi il s’agit.)

Or voilà, la définition de CRISM n’est que de 18 mètres par pixel, ce qui est à peu près la taille maximale des coulées observées sur Mars. M. Ojha et son équipe ont donc dû chercher des régions de la planète où ces coulées étaient larges et abondantes, en plus de mettre au point une méthode pour éliminer le bruit de fond, mais les résultats ont fini par arriver : les astronomes ont trouvé la signature optique de l’eau liquide dans ces endroits, de même que la signature particulière que laissent les sels dissous dans l’eau et qui se dépose au fond.

Bref, même si je n’ai pas encore eu le temps de voir la réaction des experts (j’ajouterai des liens ci-bas dans les prochaines heures), c’est le signe le plus fort qu’on ait trouvé jusqu’à présent de la présence d’eau liquide sur Mars.

Maintenant, il faut noter qu’on ne sait pratiquement rien sur ce qu’il y a dans cette eau, ni sur son origine. À suivre…

AJOUT (16h40) : J’ai fait une entrevue avec l’astrophysicien et spécialiste de la recherche de vie extraterrestre de l’UdeM Robert Lamontagne, et il souligne — chose que j’avais négligé de préciser ce matin, dans mon empressement, mea culpa — que les saumures qui semblent bien laisser ces traces de coulées ne sont a priori pas un environnement dans lequel la vie terrestre peut persister. Bien sûr, en bio, «on ne sait jamais», dit-il, mais le fait est que même les bactéries extrêmophiles les plus endurcies que l’on connaît ne survivraient probablement pas à de telles conditions.

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Jeudi 24 septembre 2015 | Mise en ligne à 11h48 | Commenter Commentaires (28)

La citation du jour (à 750 $ la pilule)

«Je pense que j’en connais plus long sur la toxoplasmose que n’importe qui d’autre au monde.»

De la part d’un éminent épidémiologiste qui aurait consacré 20 ou 30 ans à étudier cette maladie, la phrase provoquerait déjà des réactions du genre «wow, le gars ne se prend pas pour de la m…». Mais elle n’est pas sortie de la bouche d’un scientifique. Non… C’est plutôt un certain Martin Shkreli qui a déclaré ça dans le Guardian de ce matin. Formé à la finance (!), il a acheté en août la compagnie Turing Pharmaceuticals, qui fabrique un médicament, le Danaprim, couramment utilisé pour traiter la toxoplasmose, une infection causée par un parasite potentiellement mortelle chez les patients immunosupprimés, comme ceux qui ont le VIH ou qui subissent des traitements contre le cancer.

M. Shkreli s’est fait «connaître» par la planète entière dans les semaines qui ont suivi sa nouvelle acquisition, non pas pour ses connaissances en microbiologie, mais parce qu’il a fait passer le prix de ce médicament essentiel de 13,50 $ la pilule à… 750 $. Son prétexte — le médicament était auparavant «underpriced» — n’a pas convaincu la communauté médicale, qui s’est justement et promptement élevée contre cette décision défiant toute morale, dont le résultat final risque d’être de forcer les médecins à prescrire des traitements moins chers, mais moins efficaces.

Or à l’en croire, M. Shkreli sait ce qu’il fait et est le seul au monde à le savoir, disant qu’une baisse de prix (à laquelle il a consenti, mais sans la chiffrer) allait compromettre la recherche et la découverte d’autres médicaments par son entreprise…

Et le pire, rapportait le New York Times cet été, est que ce jeune indécent semble n’être que la figure de proue, hideuse, caricaturale et imbue d’elle-même, d’un mouvement plus large dans l’industrie pharmaceutique, qui a apparemment relevé les prix de pas mal de vieux médicaments récemment (au moins aux É-U, en tout cas)…

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