Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Vendredi 11 juillet 2014 | Mise en ligne à 9h19 | Commenter Commentaires (13)

    Petit conseil estival (ou comment marcher en nature sans se brûler)

    Je me suis couché hier soir, comme cela arrive souvent aux journalistes qui ont la chance de couvrir la science, moins ignorant que je ne m’étais levé le matin : je suis désormais capable d’identifier une berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) et de la distinguer d’une autre espèce très ressemblante. Et comme ladite berce a une sève toxique qui provoque des brûlures, je me suis dit qu’en plus d’être moins ignorant, je pourrais aussi être utile et partager la connaissance…

    Photo : Ville de Lévis.

    Photo : Ville de Lévis.

    La berce du Caucase, comme son nom l’indique, est une espèce envahissante originaire d’Europe de l’Est. Elle a été introduite en Amérique du Nord comme plante ornementale, et sa présence est confirmée au Québec depuis les années 90. Il s’agit d’une plante qui fait beaucoup, beaucoup de graines — et encore pire, des graines qui ont un excellent taux de germination et qui peuvent rester viables dans le sol pendant des années. Les graines ne tombant jamais loin, H. mantegazzianum forme des colonies serrées d’où sont de facto expulsées les autres espèces. Bref, des habitudes de reproduction tirées du manuel de la parfaite petite emmerdeuse envahisseuse.

    Photo : Ville de Lévis

    Photo : Ville de Lévis

    Et pour être bien sûr de ne pas être trop sympathique, la berce du Caucase provoque des brûlures chimiques. En elles-mêmes, la tige et les feuilles ne sont pas dangereuses, mais si on les brise et qu’elles libèrent de la sève, on risque de le regretter. La sève contient en effet des composés qui, lorsqu’ils sont activés par des ultraviolets, provoque des brûlures pouvant aller jusqu’au deuxième degré. Les malchanceux qui s’y frottent peuvent en outre garder des taches brunes ou blanches sur la peau pendant des mois, voire des années.

    Photo : Ville de Lévis

    Photo : Ville de Lévis

    Alors, comment la reconnaître pour l’éviter ? Les photos ci-contre montrent la berce du Caucase à trois stades de son développement — lequel s’étale sur plusieurs années. À maturité, c’est une plante impressionnante qui dépasse facilement les 2 mètres de hauteur et peut se rendre jusqu’à 5 mètres. Plus jeune, elle est bien sûr beaucoup plus petite, mais la grande taille de ses feuilles est assez frappante même lorsqu’elle ne mesure qu’une cinquantaine de cm. (Note : si vous voyez des fleurs très semblables à celles de la berce du Caucase sur des plantes de 30 à 50 cm de haut, vous n’avez pas affaire à une berce ; celle-ci ne fait ses fleurs que lorsqu’elle est beaucoup plus grande.)

    Une autre espèce de berce vit en Amérique du Nord — indigène, celle-là. C’est la berce laineuse, qui ne cause aucune irritation mais qui ressemble à s’y méprendre à sa cousine européenne. La «laineuse» est généralement plus petite (moins de 3 mètres), mais on ne peut pas se fier là-dessus pour les distinguer, les tailles des deux espèces pouvant se chevaucher.

    On peut tout de même les différencier à coup sûr, pour peu que l’on sache où regarder, c’est-à-dire sur la tige et sous les feuilles, m’a dit hier un technicien de la Ville de Lévis, qui vient de lancer une campagne d’éradication :

    – Berce du Caucase : pas de poils sous les feuilles, et présence de taches pourpres sur la tige.

    – Berce laineuse : présence de poils blancs et souples sous les feuilles, mais pas de taches pourpres sur la tige.

    Alors vous saurez maintenant quoi regarder et de quoi vous méfiez cet été, lorsque vous marcherez en lisière de forêt ou sur un terrain vague, où la berce établit ses colonies.

    P.S. Preuve que la vie est, par défaut, mal faite, la saison de la berce du Caucase coïncide avec celle des vacances. Les miennes commenceront ce soir, en principe vers 17h mais en pratique quand j’aurai fini d’écrire tous les textes que j’ai à rendre pour le week-end. Et, avec un peu de chance et une couple de bonnes ondées dans les prochaines semaines, elles se mélangeront en partie avec le début de la saison des chanterelles communes…

    Je continuerai à modérer les commentaires du blogue pendant quelques jours avant de décrocher d’une manière à la fois totale, complète et entière, comme on dit quand on veut être «sûr et certain» d’être clair.

    Alors bon été, et on se revoit (relit) en août !


    • Bonnes vacances

    • On en vient à se poser la question : “c’est qui le comique qui trouvait que ça faisait beau dans son entrée?”

    • Bonnes vacances, sans berce! Merci pour l’information. Là où je vais le plus me promener (Île-de-la-Visitation), il y a – je crois – la berce indigène. Justement hier, remarqué combien celle-là aussi se propage à grande vitesse.

      Beaucoup de beau temps pour vos vacances!

    • A lire absolument pendant vos vacances ou pas longtemps après: “Rescuing US biomedical research from its systemic flaws”, par les célèbres scientifiques Bruce Alberts, Mark Kirschner,Shirley Tilghham and Harry Varmus

      Dans: Proceedings of the National Academy of Sciences (USA) 111: 5773-5777 (2014)

      Ce pourrait être un bon sujet de billet: vous pourriez sauver la vie de certaines jeunes âmes égarées qui ignorent ce qu’est réellement la vie de scientifique dans les conditions actuelles.

      Vous verrez des diagnostics faits ici depuis longtemps par Dutil et moi-même, ainsi que des solutions qui incluent celles que j’ai proposées.

    • Il y a une chanson de Genesis sur cette calamité (qui peut rendre aveugle si on se frotte les yeux après avoir touché à la plante ou à la sève): https://www.youtube.com/watch?v=gTuJQL8GBqY

    • Bonnes vacances. Laissez-vous “bercer” par le doux vent d’un été amplement mérité, histoire de nous revenir reposé et… prêt à partager tout plein de nouveaux sujets scientifiquement contrôlés.

    • L’année dernière j’avais une plante indigène qui poussait parmi mes vivaces soigneusement entretenues. Comme elle avait des feuilles jolies et que je voyais poindre quelque fleurs jaunes non moins jolies, je l’ai laissée pousser.

      C’était de l’herbe à poux.

      Jamais vue de Berce du Caucase dans mon coin de pays mais si j’en vois je vous le signale illico.

      Bonne vacances et marchez droit !
      :)

    • Méfiez-vous aussi de l’herbe à la puce (Rhus radicans) . Feuilles de 20 cm de haut, à trois folioles ovées dentées, une fructification sous forme de petits pois verdatres sur une tige de même couleur de 50 cm; elle a l’air banale, tant qu’on ne l’a pas expérimentée….

      C’est à partir du constat qu’il y en a sur ma terre que le Roundup est devenu mon ami.

    • Ha, oui; il suffit de l’effleurer et votre compte est bon….

    • @JF: Bonne vacances et merci pour un blogue dont on sort toujours enrichi et qui, quel bonheur, n’est pas squatté par la variante humaine des «Berces du machin», i.e. le Troll.

      @jedu qui demande:: “c’est qui le comique qui trouvait que ça faisait beau dans son entrée?”

      Probablement le même qui a planté de la salicaire pourpre et du roseau commun, ce dernier devenu une plaie le long des autoroutes et qui a détrôné la «quenouille», pas mal moins envahissante, plus jolie et plus ouverte à la biodiversité. Quoique dans le cas plus ancien de la salicaire, je pencherais pour un lointain ancêtre.

    • La berce du Caucase, l’herbe a poux, le polen, la canicule , les mouches noires , les maringoins , les frapabords 4 moteurs, les montées de laits d’Honorable, nos politiciens pourris, Pénélope McQuaid, les ouragans, …Il reste quelques places pour le voyage sur Mars aller seulement…

      Pour les autres qui malgré tout apprécient la grosse boule bleu , on attend les perséides du 10 au 14 Aout dans la nature au grand air par une elle nuit fraiche dans les montagnes de Charlevoix ( ou ailleurs loin du tumulte…), dernier record personnel a battre 35…. bonne vacances !

    • @mononke, 08h59: ..Satané pays n’est-ce pas? Des plantes qui brûlent, qui font tousser, qui iritent mais, comme le dit si bien un cousin de ma femme: «Un pays d’huile! Eh oui! Six mois d’huile à chauffage et six mois d’huile à mouches». Naturellement, le cousin ne parlait donc pas de l’huile et du gaz de schiste. Allez, bon été tout le monde.

      Mais à sa défense, il faut bien avouer que Pénélope est pas mal moins pire qu’à sa première saison.

    • @unholy_ghost

      Je pensais que ça racontait l’histoire d’un géant nommé Hogweed ! ;-)

      Finalement, c’est le même principe que pour “Puff The Magic Dragon” …

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