Sciences dessus dessous

Archive, avril 2014

Mardi 29 avril 2014 | Mise en ligne à 16h50 | Commenter Commentaires (41)

Le paradoxe de l’obésité

On fait grand cas de l’étude publiée hier par l’Institut Fraser, qui conclut que les interventions étatiques en matière d’obésité sont inutiles. Et cela se comprend aisément puisque, après tout, avec toutes les campagnes pour une alimentation saine, l’activité physique et une taxe sur la malbouffe dont on nous bombarde, il ne manquerait plus que cela ne serve à rien.

Je ne commenterai pas directement ces conclusions. Pas parce que ce n’est pas important ou intéressant, mais simplement parce que l’Institut Fraser qui conclut à l’inefficacité de l’action de l’État, c’est comme d’entendre le pape dire que Dieu existe. On savait déjà que telle serait sa conclusion, que celle-ci soit valable (car ça arrive) ou non (ça aussi, ça arrive).

Il y a une couple de choses qui me chicotent, cependant, dans ce document. D’abord, ses auteurs Nadeem Esmail et Patrick Basham arguent qu’il «n’y a pas vraiment d’épidémie d’obésité» au Canada, se basant sur certaines mesures d’indice de masse corporelle — IMC, soit grosso modo le ratio de la masse sur la taille, où le célèbre «poids santé» se situe entre 18 et 25, l’embonpoint entre 25 et 30, et l’obésité au-dessus de 30. Ainsi, font-ils valoir, le taux d’embonpoint chez les adultes n’a pas changé de façon statistiquement significative entre 2003 et 2012, l’obésité chez les hommes n’augmente plus depuis 2007, les 12-17 n’engraissent plus depuis 2005 et en bout de ligne, il n’y a «que» chez les femmes où la tendance est toujours à la hausse.

«Dans l’ensemble, bien que la prévalence de l’embonpoint et de l’obésité puisse se maintenir à des niveaux historiquement assez élevés, le tour de taille des Canadiens ne continue de s’accroître que chez les femmes adultes», tranchent MM. Esmail et Basham.

Dit comme ça, évidemment…

Or quand on regarde les chiffres, on se demande comment les auteurs font pour présenter les chiffres de cette manière. D’abord, si le surpoids (embonpoint + obésité) ne progresse effectivement plus chez les hommes, c’est à 60 % que le taux s’est stabilisé. Donc trois hommes sur cinq ont un poids trop élevé qui accroit leurs chances d’avoir toutes sortes de problèmes de santé — haute pression, diabète, maladie cardio-vasculaire, etc. Et puis, la dernière fois que j’ai regardé un tableau de distribution des sexes chez l’espèce humaine, le fait que l’obésité ne gagne encore du terrain «que» chez les femmes voulait quand même bien dire que la moitié (et même un peu plus) de la population adulte était de plus en plus grosse.

Non vraiment, j’ai beaucoup de mal à voir comment on peut regarder ces chiffres-là et se dire que l’épidémie d’obésité n’existe pas vraiment.

Bien sûr, l’Institut Fraser souligne également que le surpoids n’est pas nécessairement une aussi mauvaise chose qu’on le croirait — et ne serait donc pas une «épidémie» à proprement parler. Et ici, Esmail et Basham tiennent peut-être une moitié de bon point. Peut-être…

Car il est vrai, comme ils le soulignent, que plusieurs études suggèrent que les taux de mortalité des gens qui font de l’embonpoint ou une obésité légère ne sont pas plus élevés que ceux des gens qui ont un poids santé. Cela peut sembler incroyable, et ce n’est pas pour rien que ce phénomène est appelé «paradoxe de l’obésité», mais c’est pourtant le cas. Une méta-analyse regroupant toutes ces études et publiée l’an dernier a conclu que l’embonpoint semble même avoir un certain effet protecteur — taux de mortalité 6 % sous celui du poids santé.

En soi, c’est un phénomène extrêmement intéressant. À tel point, d’ailleurs, que j’aurai un dossier à ce sujet qui paraîtra ce week-end. Cependant, c’est un argument qui est beaucoup moins fort qu’il n’y paraît à première vue. D’abord, bien que les mécanismes par lesquels le gras protégerait soient encore un peu flous (à ce que j’ai pu lire, du moins), il semble que ce «paradoxe» soit en bonne partie un artifice statistique créé par divers facteurs confondants. Par exemple, la maladie a souvent pour effet de faire perdre du poids, ce qui inverse alors la cause et l’effet, en plus de gonfler artificiellement la mortalité des plus maigres. De même, il est possible que les gens en surpoids soient mieux suivis par leurs médecins, ceux-ci les sachant plus à risque.

En outre, il ne faut pas perdre de vue que, si la mortalité est un assez bon indicateur de santé, ce n’est pas parce qu’on ne meurt pas qu’on se porte bien. La prévalence de toutes sortes de maladies causées par l’obésité, ou même simplement le surpoids, est certainement un indicateur tout aussi pertinent que la mortalité, du point de vue de la santé publique. Et ici, les chiffres sont pas mal moins rassurants : même si l’on ne considère que l’embonpoint, on arrive quand même à des risques nettement plus élevés pour le diabète de type 2 (+ 140 % plus pour les hommes, + 290 % pour les femmes), pour l’hypertension (H : + 30 % fois, F : + 70 %), les crises cardiaques (H : + 23 %, F : + 15 %), et ainsi de suite. Ces chiffres sont bien sûr nettement plus élevés pour l’obésité — voir cette méta-analyse pour plus de détails.

L’Institut Fraser n’a pas mentionné ces données, il va sans dire.

Taux de mortalité, toutes causes confondues, selon le groupe d'âge (20-29 ans en rouge, 30-39 en vert, 40-49 en jaune, 50-59 en pourpre, 60-69 en magenta et 70 et plus en bleu). Image : DK Childers et DB Allison, International Journal of Obesity, 2010

Taux de mortalité, toutes causes confondues, selon le groupe d'âge (20-29 ans en rouge, 30-39 en vert, 40-49 en jaune, 50-59 en pourpre, 60-69 en magenta et 70 et plus en bleu). Image : DK Childers et DB Allison, International Journal of Obesity, 2010

Cela dit, il reste possible qu’une partie du paradoxe de l’obésité tienne à un authentique effet protecteur. Il semble qu’un certain taux de gras puisse rendre certaines maladies du cœur et des reins moins fatales (voir ici, p. 12 sur 18), et que les cellules adipeuses aient un rôle à jouer dans la réponse immunitaire. Mais c’est encore très contesté (une équipe de recherche de Harvard, notamment, conteste que l’obésité puisse avoir quelque avantage que ce soit) et, comme le montre le graphique ci-contre, il semble que le surpoids protège surtout passé 50 ans, la mortalité des plus jeunes étant clairement plus basses à un poids santé.

Bref, il y a certainement là une, et même des questions extrêmement intéressantes pour notre compréhension du corps humain. Mais de là à se servir de ces données (incomplètes) pour dire que l’obésité n’est pas un problème de santé publique sous un IMC de 35, il y a une sacrée marge, il me semble. Non ?

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Lundi 28 avril 2014 | Mise en ligne à 14h25 | Commenter Commentaires (13)

Ça fait moins mal quand ça sent l’homme…

Si j’étais responsable d’un labo de recherche médicale, je crois que je grincerais un peu des dents en ce moment. Et il se pourrait que je continue cette nuit, pendant mon sommeil. Une équipe de McGill vient en effet de publier une étude dans Nature Methods où il est démontré que la présence d’un expérimentateur masculin, mais pas d’une femme, induit un stress intense chez les souris de labo, stress qui peut diminuer de 40 % la perception de la douleur chez le rongeur. (Voir ici pour le communiqué en français.)

C’est une théorie qui circulait officieusement depuis un certain temps déjà, mais l’équipe menée par Jeffrey Mogil, spécialiste de la douleur de McGill, en a fait la démonstration. M. Mogil et al. ont fait des injections à la cheville de souris et de rats en présence de différentes personnes ou dans une salle vide (les gens quittaient alors rapidement). Et en mesurant la douleur ressentie par les rongeurs grâce à une «échelle des grimaces murines» (voir ici), ils ont conclu qu’elle était 40 % moindre quand un homme se trouvait dans la pièce.

Des analyses sanguines ont révélé de fortes concentrations de corticostérone, une hormone liée au stress. Ce serait donc en mettant les animaux «sur les dents» qu’une présence masculine les désensibilisarait.

Pour être sûr de ses résultats, l’équipe de M. Mogil a décliné ses essais de différentes manières, obtenant des résultats similaires avec un t-shirt porté par un homme la veille et avec des composés que l’on retrouve dans les excrétions sous les aisselles. De plus, les chercheurs ont reproduit le même effet avec des mâles d’autres espèces (chats, chiens, rats et cochons d’Inde).

J’ignore le nombre d’expériences dont les résultats viennent d’être, sinon invalidés, du moins remis en question. D’un côté, je me dis que si le bruit court depuis un certain temps, des chercheurs ont pu s’ajuster. Mais de l’autre, si la présence d’un «mâle» est un stresseur aussi puissant que le suggèrent les chercheurs de McGill, on peut supposer que les effets ne se feront pas sentir uniquement sur la perception de la douleur. Et d’après ce que je comprends du compte-rendu de Nature, le sexe des expérimentateurs n’est pas, à l’heure actuelle, considéré comme un point de méthode qu’il vaut la peine d’inclure dans un article savant…

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Le véhicule mis au point par des étudiants de l'UL. (Image : Jack Thompson/AP Images for Shell)

Le véhicule mis au point par des étudiants de l'UL. (Image : Jack Thompson/AP Images for Shell)

Il aura fallu la peau des dents et celle du derrière réunies, mais l’Université Laval a conservé son titre à l’Écomarathon Shell, une compétition d’économie d’essence qui avait lieu en fin de semaine à Houston. Grâce à un prototype mis au point par des étudiants en génie mécanique, les Alérions ont réussi une performance de 1200 kilomètres au litre, coiffant de justesse l’Université de Toronto (1150 km/l), a annoncé la pétrolière ce matin.

L’UL s’est bâti une belle tradition ces dernières années, remportant cette épreuve de 2009 à 2011, puis reprenant son titre l’an dernier avec un record (1506 km/l). C’est toutefois à l’arrachée que cette victoire a été remportée car, comme on peut le lire sur le blogue de l’équipe, les Alérions n’avaient réussi «que» 932 et 1081 km/l en fin de journée, samedi, ce qui les classait alors second — et ce qui n’aurait pas été une honte, disons-le, dans une catégorie (à essence) mettant aux prises de futurs ingénieurs provenant de 120 universités nord-américaines. Des problèmes de friction plus forte que prévu, de même que des pépins électroniques, leur ont presque coûté la 1re place.

La performance est d’autant plus remarquable que, me disait récemment la capitaine des Alérions Audrey Lainé, le roulement est toujours important d’une année à l’autre dans les équipes d’étudiants et qu’une vingtaine de recrues (sur une trentaine de membres en tout) ont été intégrés cette année.

Soulignons également les résultats plus qu’honorables de l’équipe de l’Université de Sherbrooke, qui a remporté la catégorie «batterie électrique» avec une performance de 202 kilomètres par kilowatt-heure. (Le communiqué de presse de Shell donne des chiffres différents de ceux qui sont sur la page Facebook de l’équipe E-Volve, je tenterai d’éclaircir tout cela au cours de la journée.) Notons qu’il s’agit d’un nouveau record qui déclasse, et pas juste un peu, l’ancienne marque de l’épreuve (126 km/kWh), ce qui n’est pas un mince accomplissement pour une équipe recrue !

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