Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
  • Lire la suite »

    Partage

    Jeudi 13 mars 2014 | Mise en ligne à 11h35 | Commenter Commentaires (16)

    L’œuf ou la poule, la pourriture ou le dégoût…

    Quand on voit et sent un fruit pourri, tout ramolli et d’où des champignons microscopiques (souvent bleus) lancent leurs ignobles filaments de pourriture, l’origine de notre dégoût semble évident : nous avons dû évoluer pour trouver repoussants les aliments avariés qui, si nous les mangions, nous rendraient malades. Ça tombe sous le sens et, à défaut de plaire au papille, ça «plaît à l’esprit», disons.

    Mais… Mais il se pourrait que cette hypothèse pourtant «évidente» soit en fait une erreur anthropocentriste — ou à tout le monde, «vertébrocentriste», rappelez-vous que vous avez lu cet élégant néologisme ici en premier svp. La tendance qu’a le cerveau humain à se placer au contre de l’Univers nous fait spontanément croire que notre dégoût vient de notre propre évolution et présumer que les microbes décomposeurs n’y sont pour rien, mais qu’est-ce qui nous le prouve, au fond ?

    Bien sûr, cela signifierait que nous sommes plus ou moins «manipulés», d’un point de vue évolutif s’entend, par de vulgaires unicellulaires, ce qui donnerait une sacrée claque à notre orgueil de prédateur dominant, mais c’est pourtant ce qu’a trouvé une étude paru récemment dans les Proceedings of the Royal Society – Biological Sciences.

    L’hypothèse explorée par le papier, dont le premier auteur est le biologiste Graeme Ruxton, de l’Université St Andrews, date des années 70, lit-on dans ce compte-rendu du site de Science. Elle dit grosso modo que les décomposeurs ont tout intérêt à rendre la nourriture sur laquelle ils se trouvent aussi dégoûtante que possible pour les vertébrés, et aussi vite que possible. Car autrement, ils risquent non seulement de perdre leur «butin», mais aussi d’être digéré avec…

    En 2006, des chercheurs américains avaient testé cette hypothèse en déposant dans la mer des pièges à crabes appâtés avec du poisson frais dans certains cas et du poisson avarié dans d’autres. Ils avaient trouvé que les premiers attiraient plus d’animaux. Cependant, d’autres biologistes avaient tenté de modéliser ce phénomène et se butaient à un gros problème : dans leurs simulations, les microbes qui consacraient des ressources à rendre la nourriture dégoûtante se faisaient «tasser» par d’autres microbes qui se contentaient de s’en nourrir.

    Ces chercheurs ont toutefois poursuivi leurs travaux, qui a donné l’article des PRS-BS. Contrairement à leur ancien modèle, dans lequel toute la nourriture à dégrader était systématiquement colonisé par toutes les sortes possibles de décomposeurs, leur nouvelle simulation part du principe que ceux-ci ne sont pas distribués de façon homogène dans l’espace, ce qui donne une chance à ceux qui «empoisonnent» la nourriture de proliférer.


    • Comme m’a déjà dit un maître-fromager: “Si les gens connaissaient la recette que j’utilise pour “donner ce goût si particulier” à mon fromage, ils n’en achèteraient pas!!”

    • . . . L’évolution de la vie sous toutes ses formes est pleine de surprise. Il faut savoir doser le mélange des approches appliquées par Charles Darwin et Sherlock Holmes.

      “Lorsque l’on a écarté toutes les hypothèses impossibles, ce qui reste, aussi improbable soit-il, ne peut être que la vérité.”

      Le problème c’est notre capacité à imaginer et identifier toutes les hypothèses. Quoique dans certaines situations, quand on parle d’événements liés étroitement à l’humain, on devient vraiment créatif … comme on peut le voir avec le vol MH370 de Malaysian Airlines.

    • Comme tous ces cabochons qui s’imaginent qu’il se passe quelque chose d’extraordinaire, d’inattendu, de mystérieux dans leur pot de yaourt à la date de préemption inscrite sur le contenant. Sans réfléchir, ce sont des tonnes de nourriture qui prennent ainsi le chemin du dépotoir. Au delà de la vue et de l’odorat, c’est à notre jugement dont on devrait faire appel dans ce genres de situation.

    • Cette soi-disant compétition micro/macro n’est tout de même qu’un aspect de l’équation. De nombreux macro-organismes (Sciaridae, Erotylidae, mycetophagidae) co-optent ce même méchanisme fongique et exploitent les ressources offertes par la croissance de moisissures et de champignons. Juste parce que çà écoeure les uns n’implique pas que çà écoeure les autres.

      Même à l’intérieur de notre propre espèce on note des attitudes variables. Ainsi, l’attaque du maïs par les champignons du genre Ustilago génère des réactions mixtes. Pour certains c’est une horreur qui nous force à jeter le maïs (et peut-être à sauter un repas, le temps que l’appétit revienne), pour d’autres l’Huitlacoche est un mets fin et délicat qui justifie de payer une surprime. Le malheur des uns fait le bonheur des autres…

    • J’y connais rien mais… des mandarines du Maroc achetées (en trop) pendant les fêtes et qui sont maintenant noires dans leur jolie boîte en bois.
      Coupées en deux, vous serez surpris du jus extraordinaire qui en sort et dans une salade au mois de mars, ca vous remplace n’importe quel vinaigre balsamique. Vitamines en prime.
      Ca fait trois fois que je m’en sers et suis pas encore mort.

    • Je ne comprends pas. Si la mauvaise odeur est venue avant le sentiment de dégoût face à la mauvaise odeur, qu’est-ce qui a causé, au départ, le sentiment de dégoût?

    • @igreck,

      «[...] ce sont des tonnes de nourriture qui prennent le chemin du dépotoir». Revenez sur Terre, le compost existe… Puis, vous seriez sûrement le premier à vous plaindre si, sur votre yogourt, de la moisissure surnageait.

      ****
      Mais il ne faudrait pas généraliser, il y a des espèces qui se nourrissent de viande avariée. Par exemple, il y a le crocodile qui laisse une proie morte macérer avant de la dévorer.

    • @kakousse,

      «Lorsque l’on a écarté toutes les hypothèses impossibles, ce qui reste, aussi improbable soit-elle, ne peut être que la vérité».

      Cet énoncé est faux. C’est pour cela que plupart des hypothèses demeurent que des hypothèses.

    • À ce sujet, je suggère de visionner cette entrevue du Dr. Gary Ruvkun, du Harvard Medical School. La partie portant sur le dégoût (il parle en anglais de nausea) débute vers la 14e minute. À partir de travaux sur un organisme modèle très utilisé en recherche biomédicale, un ver de terre nommé Caenorhabditis elegans, il propose une hypothèse génétique pour expliquer cette réaction.

      http://thesciencenetwork.org/programs/the-glenn-foundation-symposium-on-aging/gary-ruvkun

      C. elegans n’est pas un «vers de terre». C’est un nématode, une famille de «vers ronds» souvent très petits (de l’ordre de 1 mm de long) et habituellement parasitaires. Le lombric fait partie d’une autre famille, pas vraiment apparentée aux nématodes si ma mémoire est bonne, nommée «annélidés» (qui regroupe, comme le nom l’indique, les vers dont le corps est constitué de segments en forme d’anneau).
      JFC

    • @walt68
      14 mars 2014 07h28
      Sur ma planète, il se fait très peu de compostage. Ce qu’on appelle le “bac brun” a énormément de difficulté à s’implanter dans les habitudes citadines. Quant à la poubelle perçée derrière la maison je ne connais pas beaucoup de mes concitoyens terriens qui “trippent” là-dessus comme vous.

    • @JFC
      Effectivement, je voulais dire ver qui vit dans la terre, désolé. C. elegans n’est pas parasitaire, contrairement à plusieurs autres espèces de nématodes.

    • @igreck,

      Je suppose que vous n’êtes pas un amateur de toilettes sèches ; ni un partisan de la transplantation fécale (www.utne.com/mind-and-body/fecal-transplants-zmOz12mjzros.aspx#axzz2vxhvxch) ; et encore moins un friand renifleur de la arum titan… (www.sudinfo.be/763195/article/fun/insolite/2013-07-03/la-fleur-qui-pue-pousse-abruxeles-video).

    • Pourquoi passer d’un extrême à l’autre? L’hypothèse « évidente » n’est-elle pas plutôt que l’évolution s’est faite autant du côté des animaux que du côté des champignons?

      Je ne formulerai donc pas l’hypothèse que nous sommes « manipulés », mais plutôt que notre propre évolution a été « exploitée » par d’autres organismes.

      Bon, après avoir lu un article sur la toxoplamose, je retourne sur YouTube pour regarder des vidéos de chatons… Ils sont tellement mignons! (Je plaisante)

    • L’hypothèse soulevée par l’article est intéressante. D’autant plus qu’il y a des précédents similaires dans le monde animal. Il y a, de mémoire, des espèces d’insectes (ou de d’amphibiens, me souviens plus trop exactement) qui ont développé leur mauvais goût comme moyen de défense. Les prédateurs potentiels apprennent rapidement que “la bibitte verte à picots rouge fluo = beurk” et les laissent tranquilles. Je ne vois ce qui empêcherais un mécanisme similaire d’être apparu chez les microorganismes.

    • @walt68
      14 mars 2014 14h44
      J’avoue ne pas comprendre où vous voulez en venir avec vos propos scatologiques mais vous vous éloignez drôlement (pas dans le sens comique) du propos. Les chemins de travers peuvent conduire à des pentes glissantes, “excrément” dangereuses !

    • @89170
      Donc votre évolution évidente du coté des animaux ferait en sorte qu’on se soit coupé de sources de nourriture. L’évolution ne semble pas fonctionner comme ça d’habitude !!

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    juin 2012
    D L Ma Me J V S
    « mai   juil »
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
  • Archives

  • publicité