Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Lundi 10 mars 2014 | Mise en ligne à 11h39 | Commenter Commentaires (8)

    Cellules souche : de gros espoir à grosse déception ?

    La nouvelle avait fait beaucoup de bruit, pas plus tard qu’en janvier : une équipe japonaise était parvenue à reprogrammer des cellules matures en cellules souche pluripotentes en utilisant une méthode d’une simplicité déconcertante. Et qui, en prime, fournissait beaucoup plus de cellules souches que les méthodes fastidieuses d’aujourd’hui, lisait-on dans leur article publié dans la prestigieuse revue Nature (j’en parlais ici). Mais le papier commence à avoir pas mal de plomb dans l’aile : si le scepticisme qu’a affiché la communauté scientifique à sa publication était une sorte de passage obligé, voilà toutefois qu’un des co-signataires du papier demande sa rétractation…

    La médecine fonde de grands espoirs sur les cellules-souche pluripotentes, parce qu’elles sont capables de se «spécialiser» et de devenir n’importe quelle sorte de cellule mature. Cela pourrait bien sûr guérir des maladies qui détruisent des cellules incapables de se multiplier (comme les neurones et les cellules cardiaques), mais on pense aussi pouvoir traiter des maladies héréditaires comme la dystrophie. Beaucoup de progrès ont été accomplis en ce sens ces dernières années — pour une bonne vue d’ensemble de la question, voir notamment ce texte du chercheur de l’UL Jacques P. Tremblay. Cependant, les cellules-souches sont difficiles à produire. On peut en prélever dans du sang de cordon, mais cela pose des problèmes d’éthique pour certains. Et autrement, leur «production» implique soit de remplacer le noyau d’une cellule mature, soit de lui ajouter quelques gènes — opérations dont le taux de réussite ne dépasse pas 1  %.

    Dans son papier de janvier, l’équipe japonaise expliquait qu’elle y parvenait simplement en exposant des cellules matures à diverses contraintes assez sévères, comme une solution acide ou trituration. Une grande partie des matures en mouraient, mais cela permettait d’obtenir beaucoup plus de cellules souche — environ 7 % de «rendement».

    En février, cependant, le labo en question, le Centre RIKEN de biologie du développement, à Kobe, a annoncé qu’il ouvrait une enquête au sujet de la «découverte». Des chercheurs avaient en effet noté (et écrit sur des blogues) des irrégularités dans les articles de Nature et dans un article précédent de l’auteure principale, la biologiste Haruko Obokata. Il s’agissait de problèmes avec des images, comme une inversion de tableaux et deux photos de placenta sensées provenir d’expériences différentes mais qui semblent étonnamment pareilles.

    Et voilà que le co-signataire des papiers de Nature Teruhiko Wakayama, chercheur à l’Université de Yamanashi, vient de déclarer à l’agence Reuters que «ce n’est plus clair, ce qui est vrai». D’autres labos dans le monde ont en effet tenté de reproduire les résultats de Mme Obokata et al., mais ont annoncé qu’ils n’y sont pas parvenus.

    «Quand nous menions les expériences, je croyais que c’était absolument exact. Mais maintenant que plusieurs erreurs ont été décelées, je crois qu’il est préférable que l’on retire le papier et que, en utilisant les bonnes données et les bonnes images, que l’on prouve de nouveau que l’article était valable. S’il s’avère que nous avions tort, il faudra que nous expliquions clairement pourquoi c’est arrivé», a dit M. Wakamaya.

    Bref, on va se garder une petite gêne avant d’écarter ces travaux du revers de la main, puisque les papiers n’ont pas (encore) été retirés par Nature, mais disons, pour reprendre la formule consacrée, que tout se passe comme si on se dirigeait vers une grosse déception…

    AJOUT (13h15) : le site de Nature vient de publier un texte sur cette histoire.


    • L’article sent maintenant la fraude à plein nez. On y retrouve le même genre de pattern que les autres cas célèbres, où plus l’on fouille, plus l’on trouve des anomalies et irrégularités. D’autant plus que l’auteur semble avoir un historique qui parait pour le moins douteux. Bien qu’une erreur d’édition de figure peut arriver à n’importe qui, ça ne devrait pas non plus arriver 2-3 fois par article dans plusieurs articles. Lorsque ce type « d’erreurs de bonne foi» devient une habitude, il faut se questionner sur la motivation première de l’auteur.

      Mais bon, le problème majeur de cette découverte est surtout que personne n’a réussi à reproduire les résultats de cette méthode supposément simple.

      D’ailleurs, vous pouvez aussi ajouter à la liste des anomalies la présence de photographies, dans l’article de 2014, exactement identiques à d’autres publiées dans sa thèse en 2011, de cellules d’origine différente. Ca commence à être difficile à expliquer…

    • Ça me rappelle en 1989 les scientifiques qui avaient annoncé avoir fait de la fusion nucléaire dans une baignoire. Finalement c’était faux.

    • Parfois en science, il y a des avancées spectaculaires. Mais c’est rare. La science avance beaucoup à l’huile de bras, à la répétition pour confirmer les résultats, etc.

      Lorsqu’il y a une découverte spectaculaire, il faut souvent faire preuve de patience avant d’accepter cette découverte.

    • De nos jours, vous pouvez prendre votre titre et y placer presque n’importe quoi au début.

      Elections provinciales : de gros espoir à grosse déception ?
      Denis Coderre : de gros espoir à grosse déception ?
      Daniel Brière : de gros espoir à grosse déception ?

      Patience et longueur de temps, font plus qu’acides et triturations … dedans.

    • Il est probablement faux de croire que pour les hommes de science, forgés aux rationnel , les faits priment par-dessus tout . Avant de crier à la malhonnêteté et à la fraude calculée il faut prendre le temps de comprendre comment on en arrive la. La science est une activité humaine comme les autres mue par l’espoir, les préjugés culturels et la recherche de la gloire, qui a parfois un prix…..

      Honnêteté dirons certains, manque de courage dirons d’autres , peur de se faire prendre et de risquer pire… Sous pression et l’occasion se présentant, à peu près tous les individus ont un potentiel de fraudeur, la ligne est parfois mince pour passer de Héro à Escroc comme le montre les profils généraux tirés des grand escroc de la finance qui un jour sont passé du coté obscur de la bourse… .

      Les escrocs sont en général qualifiés, intuitif, cultivés parfois verbomoteurs et certainement sûr d’eux mêmes et séducteurs nés qui savent en plus exploiter vos vulnérabilités pour d’atteindre leurs objectifs. Les profils types des grands escroc financier démontre que ce sont malgré tout des gens plutôt ordinaire pas beaucoup plus malhonnête que monsieur tous le monde …et que l’attitude passive des victimes leur facilite drôlement les choses …

      En science comme ailleurs nous avons tous le potentiel pour passer facilement de Héro à Escroc. , avec la complicité parfois passives des victimes en se basant à grand traits sur leur réactions :

      1. La Distraction
      Ceux que l’on qualifie, après coup, d’arnaqueurs savent détourner l’attention et diverger quand ça chauffe sur des détails anodins. Ils possèdent un bon bagage de PORTES DE SORTIES. L’escroc sait faire miroiter et sonder vos défenses. Il plonge la victime dans un univers où les objets sont transformés en images et lui donne le sentiment qu’ils sont à sa merci et a le POUVOIR de les maitriser, ce qui produit une féerie dans laquelle les choses deviennent les reflets de vos désir parfois non avoués .

      2. Le Conformisme social
      Nous avons tous tendance à être obéissants quand nous demandons des informations a une personne réputé ayant autorité sur un sujet. Très tôt en sociétéon nous apprend à Obéir pour survivre. L’abus de confiance est sans doute la catégorie qui compte le plus grand nombre de délinquants d’occasion. L’escroc sait qu’il peut vous convaincre, c’est un « créatif » qui connait son sujet mieux que vous et pour cette raison il n’hésite pas subtilement à faire ressortir le risque de le remettre en cause …et va tout mettre en oeuvre pour édifier et faire exister le contexte, afin d’exposer la situation dont il escompte tirer profit.

      3. L’habitude de suivre le troupeau
      L’effet d’imitation est la norme pour la plupart des gens. Socialement le fait fonctionner comme une masse ou un troupeau a assuré la survie d’un animal fragile et faible mais intelligent. Les escroc pour se rendre plus crédibles vous citerons des gens connus qui ont embarqués dans son groupe ou qui sont d’accord avec sa façon de voir le monde ( publications, sites internet vrais ou factices etc)I …et vous incitent a faire comme eux . Les gens aiment faire ce que les autres font …au risque du rejet social. Tous le monde le fait fais le donc!

      4. Jouer sur la peur et l’insécurité ;
      L’escroc n’hésite jamais à jouer avec la peur des gens et mesurer leur vulnérabilité . Ainsi l’escroc est sûr que tout le monde peut par peur ou envie potentiellement devenir comme lui malhonnête. Lui prétend juste «jouer sur la ligne»… Ses victimes ne le dénonceront pas car il ont accepté de jouer son jeu . De nombreux fraudeurs savent que les gens ont peur d’avouer avoir été dupé, pour ne pas passer pour des naifs.

      5. Deviner votre comportement .

      Les arnaqueurs profitent du fait que la plupart des gens répondent a un stress de manière apprise et extrêmement prévisible. En société les comportements qui font l’objet de l’acceptation sociale sont appris par imitation et répétition et convenus et chacun de nous possède partiellement les dispositions pour la tromperie en cas de nécessité. Dans la majorité des cas la réalité extérieure fournit quelquefois les circonstances nécessaires au jaillissement de l’étincelle. C’est l’Opportunité.

      6. Aviver la nécessité et l’avidité .
      Si vous n’avez pas de job ou d’argent ou vous n’êtes par socialement RECONNU vous êtes prêt a prendre des risques pour en avoir ou l’être, vous êtes a risque. Malheureusement, plus les gens sont désespérés ou insatisfaits de leur sort …plus ils sont faciles à manipuler, prêt a prendre des raccourcis et prêt à croire n’importe quoi et n’importe qui .

      7. Utiliser ou accentuer la Pression du temps
      Les études sur la façon dont les gens prennent des décisions sous la PRESSION montre qu’ils appréhendent l’erreur et les conséquences… mais malgré tout qu’il n’ont pas pris le temps de véritablement les analyser avant que les décisions hâtives soient irréversibles, un fois le pied dans l’engrenage le reste suit irréversiblement. Le moto du fraudeur est de vous faire croire que le temps joue contre vous qu’il y a urgence et de vous forcer à prendre une décision en minimisant le risque et les conséquences ou pour «saisir l’occasion qui ne reviendra pas », être le premier dans une nouvelle voie, ou manquer la chance de suivre une avenue prometteuse…

      Il y a des limites tout à fait humaines à être un scientifique. Lucre, notoriété, peur, avidités et quelques autres. L’effet de la pression et l’existence de portes de sorties sont probablement à l’origine de bien des fraudes.

      Et probablement pas juste en science biomédicale comme le mentionnait HONORABLE dans un blogue précédent…
      «La PRESSION sur étudiants et postdocs, sont forcés de donner l’illusion de faire partie du premier tiers de leur cohorte de doctorants ou postdocs, et ne soyez pas surpris que des coins ronds soient tournés».
      «De toute manière, bof, si les résultats ne sont pas reproductibles, on pourra toujours dire que c’est parce que la souche utilisée, les conditions exactes, etc. ne sont pas les mêmes. …. les paramètres variables sont tellement nombreux que les chercheurs négligents ont toujours cette PORTE DE SORTIE.».

      L’occasion fait le larron dit –on ! ET on risque simplement de le vérifier une fois de plus…..

    • Qu’on me corrige si je dis des connerie mais…

      Même si l’on arrive à déspécialiser une cellule quelconque puis à la respécialiser dans la variété souhaitée, demeure le problème des télomères. Si ceux-ci ne sont pas renouvelés, on court vers un vieillissement prématuré et au désastre.
      C’est la raison pour laquelle les cellules souches valent de l’or. Celles-ci ne sont pas «usées» par le temps et les multiplications successives, de fait, leurs télomères sont intacts. Celles-ci pourraient théoriquement régénérer [cloner?] n’importe quel tissu, incluant un cerveau endommagé par le Parkinson, l’Alzheimer et autres types de maladie/lésion.

      Or, le sang de cordon ombilical en regorge. Pour cette raison, je compte faire un beau cadeau à mes enfants : conserver le sang de leur cordon ombilical pour un usage future. Le coût d’entreposage est cependant prohibitif.

    • @dr_strange: ce ne sont pas des conneries, mais la réalité est complexe – on associe les télomères rognés à un vieillissement cellulaire prématuré, et chaque cycle de réplication cause une petite perte (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Telomere#Shortening) mais il existe des techniques pour limiter, voire inverser le phénomène. Et même si on a une “vieille” cellule souche, sa re-prgammabilité peut malgré tout la rendre très utile, surtout que l’organisme qui en profiterais est lui aussi déjà âgé.

      Je travaille dans un labo où on fait (aussi) de la micro-biologie. Quand les résultats sont brillants, notre réaction est toujours “où est l’erreur” et tout de suite après “on reprend tout du début”. Et parfois, nous publions dans Nature…

    • @mazigada
      Merci.

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