Sciences dessus dessous

Archive, mars 2014

Lundi 31 mars 2014 | Mise en ligne à 11h56 | Commenter Commentaires (48)

Autisme : trois fois plus qu’il y a 15 ans ?

Les données les plus récentes sur la prévalence de l’autisme aux États-Unis, divulguées il y a quelques jours par le Center for Disease Control, font couler beaucoup d’encre. Et pour cause : elles font état d’une augmentation de 30 % du nombre d’enfants autistes en seulement deux ans, et de près de 250 % entre 2000 et 2010, pour atteindre maintenant 1 enfant sur 68. Cette croissance, constante depuis des années, est souvent mise de l’avant par différents groupes de parents et/ou de pression pour montrer que «quelque chose ne tourne pas rond» (l’explication peut changer selon le groupe), et ces données ne feront rien pour calmer le jeu. Mais ce «trouble envahissant du développement» est-il vraiment plus fréquent qu’avant ?

Le CDC et tous les experts cités par les médias (notamment dans ce compte-rendu de Science) doutent fortement que ce soit le cas. Si plusieurs disent qu’on ne comprend pas encore avec certitude le phénomène, l’hypothèse qui revient toujours — y compris dans le texte du CDC — est que nous sommes tout simplement meilleurs pour détecter les TED. Ceux-ci ne seraient donc pas plus fréquents qu’avant, mais nos sociétés y sont plus sensibilisées, donc plus susceptibles de consulter pour ce motif, le personnel soignant y est plus sensibilisé, donc plus à même d’en voir, les réseaux scolaires sont mieux équipés (avec des classes ou des services spéciaux), et ainsi de suite.

Dans les données du CDC, le fait que des états urbains, mieux outillés pour déceler le problème et le traiter, comme le New Jersey (1 enfant par 45 !) soient nettement plus «touchés» par l’autisme que des états ruraux comme l’Alabama (1 par 175) suggèrent que la détection joue un gros rôle dans cette «épidémie». Les différences «raciales» montrant que les enfants blancs, en moyenne plus favorisés et qui ont donc un meilleur accès aux services de santé, sont plus souvent diagnostiqués (1 par 63) que les noirs (1 par 81) et les latinos (1 par 93) plaident dans le même sens.

Au Québec, le Réseau national d’expertise en TED a fait une revue de littérature en 2011 qui arrivait aux mêmes conclusions. D’abord, les prévalences sont en hausse spectaculaire chez nous aussi : une étude faite à la commission scolaire English-Montreal a trouvé que l’autisme était nettement plus rare chez les enfants nés avant 1996 (1 par 261) que ceux qui sont nés après cette année-là (1 par 88). Mais rien ne permet de penser que la source se situe hors de causes banales comme «le diagnostic plus précoce, la commutation diagnostique [et] la sensibilisation des professionnels et de la population».

Bref, tout indique que ce qui a augmenté spectaculairement n’est pas le nombre d’enfants autistes, mais plutôt notre capacité à les trouver.

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Mercredi 26 mars 2014 | Mise en ligne à 14h12 | Commenter Commentaires (24)

Pour sauver le patient, commencez par le tuer…

A priori, quand un accidenté entre la vie et la mort arrive à l’urgence, on s’attend à ce que médecins et infirmières tentent de le ramener vers le plus possible vers la vie, pas à le maintenir sciemment dans son état de mort-vivant pendant des heures. À stimuler son cœur si besoin est, pas à le laisser à l’arrêt. À lui faire des transfusions sanguines, et non à remplacer son sang, tout son sang, par une solution saline. Mais c’est pourtant bien ce qu’une équipe médicale de Pittsburgh s’apprête à faire avec 10 patients qui entreront dans son urgence. Et cela pourrait bien les sauver…

L’idée, explique cet article captivant du New Scientist, est de donner plus de temps aux médecins. Il arrive en effet que des patients leur arrivent en si mauvais point — la poitrine ouverte, le cœur inerte et après avoir perdu la moitié de leur sang, par exemple — que les urgentologues ou les chirurgiens n’ont que quelques minutes pour recoudre les blessures avant de tenter de redémarrer le cœur. Nos cellules, et en particulier nos neurones, ne peuvent pas survivre longtemps sans oxygène, ce qui limite beaucoup les possibilités d’intervention.

En remplaçant le sang par de l’eau salée et froide, l’équipe de Pittsburgh n’améliorera pas immédiatement l’état des patients, c’est évident. C’est même plutôt le contraire, puisqu’elle les placera carrément dans un état de mort clinique. Mais comme l’activité cellulaire ralentit énormément avec le froid, les chercheurs espèrent se donner ainsi plus de temps. Cette stratégie est déjà utilisée par des chirurgiens lors d’opérations au cerveau ou au cœur, ce qui donne une fenêtre d’environ 45 minutes. Mais cela prend beaucoup de temps et de préparation, ce que les médecins d’urgence n’ont pas.

La technique plus «extrême» consistant à carrément remplacer le sang par une solution froide a déjà été testée sur des porcs, que l’on avait anesthésiés avant de leur infliger une hémorragie massive et incontrôlée. On avait ensuite remplacé leur sang par une solution à 4°C afin d’abaisser et de maintenir leur température corporelle à 10°C. Vingt-et-un animaux sur 24 avaient survécu sans séquelle physiologique ni neurologique. Le cœur de plusieurs d’entre eux s’était d’ailleurs spontanément remis à battre, sans besoin de réanimation.

Cela n’a toutefois jamais été testé sur des humains — et il n’est pas difficile d’imaginer le genre de questions éthiques qu’une telle expérience peut soulever. L’hôpital de Pittsburgh attend ses premiers sujets, qui seront des patients dont les blessures auront provoqué un arrêt cardiaque et qui n’auront pas répondu aux tentatives de réanimation. Ils n’auront donc rien à perdre, ou si peu : les chances de survies dans de tels cas sont de 7 %. Les résultats seront comparés à un autre groupe de 10 patients ayant les mêmes caractéristiques, mais qui seront arrivés à l’urgence quand l’équipe formée pour «suspendre la vie» sera absente. La technique sera ensuite améliorée sur 10 autres patients.

On verra bien ce que cela donne. Mais il y a vraiment des jours où les scénarios de Hollywood ont l’air très, très straight

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Vendredi 21 mars 2014 | Mise en ligne à 14h20 | Commenter Commentaires (123)

Seulement 13 % des candidats ont une formation scientifique

On se plaint souvent de ce que la science ne percole pas, ou du moins pas assez vite, vers le monde politique. Même si, dans l’ensemble, je crois qu’il demeure relativement rare qu’un ministre ou un gouvernement contredise la science de plein fouet, il reste quand même facile de trouver des exemples du contraire. Que l’on songe simplement à l’absurde «sceau» qu’accole Santé Canada sur des «produits de santé naturelle» pour s’en convaincre.

Alors, quel genre de bagage scientifique ont les candidats des partis en lice ? Pour le savoir, j’ai épluché la biographie de tous les candidats des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale (PQ, PLQ, CAQ et QS). J’ai compté comme «scientifique» quiconque avait complété une formation universitaire en science ou était en train de le faire — et par «science», j’entends les quatre disciplines classiques (maths, physique, chimie et bio), tous les génies, la médecine/pharmacie/dentisterie, l’informatique, la psychologie, les formations en environnement et les bacs en enseignement des sciences.

J’ai laissé de côté certaines techniques et quelques formations universitaires (sciences infirmières, notamment) malgré leur teneur évidente en science. On pourra me le reprocher, mais il fallait tracer une ligne à quelque part et, dans ce genre d’exercice, on se retrouve toujours devant le même genre de dilemme, il me semble : on bien on applique des critères très (trop?) sévères qui nous assurent de ne rien inclure d’autre que de la science stricto sensu, quitte à échapper des morceaux de science ici et là ; ou alors on prend des critères plus larges qui, s’ils n’échappent rien, font en même entrer d’autres choses que ce qu’on veut mesurer. Bref, il n’y a à peu près jamais moyen de tracer une ligne parfaite. On pourra en débattre, remarquez, je ne suis pas fermé à l’idée de modifier ma démarche.

À cet égard, d’ailleurs, notez que malgré ce qui précède,  j’ai compté le candidat caquiste dans Gatineau André Paradis comme un «scientifique», même s’il n’a pas de formation universitaire. M. Paradis a deux techniques très clairement scientifiques (technologies physiques et génie mécanique) et il est coordonnateur de l’ingénierie dans une compagnie d’électronique. En regardant l’ensemble de son parcours, il m’est apparu absurde de l’exclure.

Alors sans plus attendre, voici les résultats… Comme en 2012, la CAQ se classe première, avec 17 candidatures scientifiques (elle en présentait 18 au dernier scrutin). Mais cette fois-ci, la Coalition a de la compagnie au sommet du classement, puisque le PQ et QS comptent eux aussi dans son équipe 17 candidats ayant une formation scientifique (deux mieux qu’en 2012 pour le PQ, trois pour QS).

Le PLQ figure de nouveau au dernier rang de cette compilation avec 14 scientifiques dans son équipe (possiblement 16, j’attends des nouvelles de leur service de presse sur deux candidats). C’est deux de mieux qu’en 2012, mais l’amélioration n’est pas suffisante pour leur faire quitter la «cave», si l’on me prête un peu de vocabulaire sportif.

Il faut cependant souligner ci que cette différence est extrêmement mince — 11,2 % de scientifiques contre 13,6 % pour les trois autres formations réunies, ce qui n’est pas statistiquement significatif. Alors dans l’ensemble, la conclusion qui s’impose, il me semble, est que les candidats qui ont des formations scientifiques sont relativement rares dans tous les partis. À 13 % en moyenne (65 sur 500), on peut sans doute se dire que cela pourrait être pire. Mais compte tenu de la place que la science et la technologie occupe dans nos sociétés en général, et en particulier dans plusieurs des dossiers les plus «chauds» que le ou les prochains gouvernements devront trancher (hydrocarbures québécois, pipelines, surplus d’électricité, OGM, fluoration de l’eau, etc.), j’aurais plutôt envie de dire que le verre est à moitié vide…

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