Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mardi 18 février 2014 | Mise en ligne à 11h36 | Commenter Commentaires (17)

    Étrange résurgence du caribou forestier au Lac Saint-Jean

    Le caribou forestier est plus rare que l'écotype de la toundra et jouit par conséquent d'un statut protégé. (Image : archives La Presse)

    Le caribou forestier est plus rare que l'écotype de la toundra et jouit par conséquent d'un statut protégé. (Image : archives La Presse)

    Le collègue du Quotidien Louis Tremblay a mis la main sur le dernier inventaire aérien du caribou forestier au Lac Saint-Jean. Et les résultats sont, disons, à moitié encourageants et complètement étonnants : malgré la forte présence de l’industrie forestière là-bas, la population de caribou forestier a presque doublé dans cette région entre 1999 et et 2012.

    Le caribou forestier appartient à la même sous-espèce (Rangifer tarandus caribou) que le «caribou tout court» qui vit dans la toundra du Nunavik, mais constitue un écotype particulier — c’est-à-dire qu’il vit dans un autre environnement. Contrairement à son cousin toundrique, le caribou forestier ne migre pas, demeurant dans la forêt à l’année longue (ce qui n’empêche toutefois pas d’assez grands déplacements). Il est en outre beaucoup plus rare, en partie naturellement et en partie parce que les coupes forestières réduisent ou fragmentent sont habitat, ce qui lui confère le statut d’espèce menacée.

    La zone étudiée. (Source : MDDEP)

    La zone inventoriée. (Source : MDDEP)

    Le MDDEFP suit l’évolution de sa population en faisant périodiquement des inventaires aériens. Le dernier en date remonte à l’hiver 2012 et a trouvé 247 de ces ongulés sur un territoire de quelque 18 000 km2 au nord-est du lac Saint-Jean (voir carte). Par comparaison, le même genre d’exercice sur le même territoire n’avait dénombré que 116 bêtes en 1999, ce qui représente une augmentation de la population de 85 % dans une zone qui a été perturbée par l’activité humaine au cours de la période étudiée.

    Cette croissance est d’autant plus étonnante que les succès reproducteurs de l’espèce ne sont pas particulièrement forts dans cette région : 11 % des caribous forestiers répertoriés étaient des faons en 2012. C’est non seulement moins qu’en 1999 (22 %), mais «même si (le ratio jeunes-adultes) s’était maintenu, le niveau de population en 2012 n’aurait atteint qu’environ 60 % de la population observée», écrit l’auteur de l’inventaire, le biologiste Claude Dussault.

    Les coupes forestières favorisent le bleuet et la framboise, dont l’abondance favorise à son tour l’ours noir, un prédateur important des faons du caribou, remarque l’auteur. Cela pourrait bien expliquer le nombre relativement faible de jeunes recensés, mais quoi qu’il en soit, l’hypothèse qui s’ensuit logiquement est que des caribous provenant de l’extérieur ont migré dans la zone inventoriée entre 1999 et 2012. Mais cela ne reste qu’une hypothèse, insiste M. Dussault, qu’il faudra éventuellement vérifier en inventoriant plusieurs secteurs de la forêt boréale à la fois — et la question serait alors de savoir pourquoi ces animaux ont-ils quitté leur «patelin» pour s’établir dans une zone perturbée par les coupes ?


    • Cher M. Cliche, autant je déteste jouer à “pépère la virgule” autant l’anglicisme “à l’année longue”me donne inexplicablement des crises d’urticaire!

      Permettez que je questionne le fait qu’on considère l’ours noir comme un important prédateur de quoique ce soit sauf de la carpe au moment de la période de fraie de celle-ci au sortir de l’hiver.

      Quant à ce caribou forestier, le mystère semble en effet entier.

    • Je n`ai vraiment plus aucun doute maintenant. Les méthodes de calcul des populations animales sont à revoir. Il s`est produit le même renversement de situation dans le cas des saumons de la Colombie-Britannique ,du caribou dans le nord québécois et dans le cas du cheptel de chevreuil québécois.

      Loin de moi l`idée de prétendre que ca devrait être facile à estimer mais le problème réel c`est que suite à un décompte à la baisse on va se jouer les résultats en catastrophe avec un gros EXCLUSIF rouge pour bien instaurer la panique en la demeure.

      Je crois toutefois que ces chiffres peuvent être réalistes dans le cas ou les habitats furent sérieusement détruits mais rien ne démontre que ces troupeaux ne se sont pas déplacés pour autant.

    • Ne peut-on pas dire que les coupes de bois favorisent le caribou forestier, en créant des espèces d’imitation de toundra, tout au moins dans le sens où les arbres se font rares?

      D’après le document, le caribou a plutôt tendance à éviter les éclaircies, contrairement à l’orignal. Et puis, les coupes récentes favorisent l’ours noir et le loup…
      JFC

    • Comme je suis d’une nature curieuse (ça doit être mon 12.5 % dont parle honorable sur le billet précédent) je suis allé voir ce site.

      http://www.davidsuzuki.org/fr/champs-dintervention/conservation-terrestre/enjeux-et-recherche/especes-critiques/le-caribou-des-forets-boreales/

      Finalement pas grand chose est fait pour la préservation de cet ongulé.

    • Mouais, a lire l’article rapidement, je vois la difference entre l’ingenierie et les scientifiques*:

      Ingenieur:
      Bob: Hymmm Jim, on a un probleme. Selon les derniers chiffres, les resultats sont abbherant.
      Jim: Ouais… est-on sur que nos donnees soient valide?
      Bob: Et bien, il s’agit toujours bien d’une estimation…
      Jim: Okay. Donc comment peut-on ameliorer notre estimation afin de s’assurer que les donnees sur lesquels on se base soient adequates?

      Scientifique:
      Bob: Hymmm Jim, on a un probleme. Selon les derniers chiffres, les resultats sont abbherant.
      Jim: Bah pas de probleme, on a juste a modifier notre hypothese afin d’expliquer le tout.
      Bob: Ouais… mais Jim.. est-on sur que ces chiffres sont valides?
      Jim: C’est sur qu’ils sont valides: ils suivent une courbe statistique utilisee pour determiner le nombre de tete base sur la grosseur du troupeau.

      A preuve que ce n’est pas un fait rare: meme Einstein a “invente” la constante cosmologique pour faire marcher ses equations avec son hypothese puisqu’il FALLAIT un Univers fixe et non un Univers en expansion. Il a bien beau s’etre retracte par la suite grace aux travaus de Hubble, rien n’empeche qu’au lieu de se demander si ses donnees etaient invalides, ou de voir si ses axiomes etaient erronnes, il a choisi d’ajouter une constante pour que tout fonctionne.

      C’est ce que je vois ici: au lieu de chercher a voir si les donnes sont valides ou l’axiome de base (i.e on peut evaluer la taille d’un troupeau avec observation), on trouve une facon de modifier son hypothese pour la faire correspondre: ce doivent etre des caribous qui viennent d’une autre region, et non pas notre systeme de donne sur lequel on se base qui ne vaut rien.

      * Je sais que c’est caricature et generalise, mais de mon experience c’est pas loin de la realite. Je suis peut-etre uniquement malchanceux… mais j’en doute.

    • Jusqu’à quel point est-ce que ces chiffres puissent être précis au point d’être catégorique et de dire que la population a doublé?
      On a repéré 247 caribous vs 116 sur un territoire de 18 000km carrés.

      Les caribous évitent les clairières et on les compte par avion, ça ne doit pas être si facile de tous les repérer.
      Demandons à 10 ornithologues de couvrir un très petit territoire (ex: le Jardin Botanique de Botanique) et vous aurez 10 décomptes différents des espèces et nombre d’oiseaux.

      J’imagine la marge d’erreur de n’importe quel décompte sur 18 000km carrés…

      L’auteur de l’inventaire présume que le vol en avion permet de repérer 85 % des caribous. J’ignore d’où il tient ça, mais il s’y connait infiniment mieux que moi et je ne vois pas pourquoi il prendrait un ratio vu/total irréaliste. De toute manière, cela donne 247 / 0,85 = 298 animaux, et en reportant ce nombre sur 18 000 km2, ça fait 1,6 tête aux 100 km2, ce qui est dans la moyenne pour l’espèce (entre 1 et 3,5 par 100 km2, voir ici, p. 20 sur 86).
      JFC

    • Merci pour la précision et le lien. Et c’est vrai qu’un caribou ça doit laisser des traces repérables…

      Mais ça doit être beaucoup plus facile en Finlande:
      http://www.lapresse.ca/actualites/insolite/201402/18/01-4740128-les-rennes-du-pere-noel-vont-luire-pour-ne-pas-se-faire-ecraser.php

      ;)

    • Il y a de ce type de caribous dans mon coin (réserve de Pakua Shipi à l’extrême est du Qc). Peut-être qu’il y a eu un déplacement ?

      Il n’y a pas de caribou forestier autour de Pakua Shipi normalement ?
      JFC

    • Oui il y en a, c’est un sujet de discorde entre les Innus et les biologistes. Ceux-ci prétendent que les populations ont diminué ces dernières années.

      Ça y est ? J’ai résolu le mystère ?

    • @blade791 Pour avoir travaillé avec des ingénieurs et en avoir formé, je pense que vous pouvez inverser les rôles dans votre histoire. Les ingénieurs ne font souvent que gratter la surface, la compréhension du phénomène est un objectif secondaire. De sorte que l’on se retrouve avec toutes sortes de modèles aberrants qui ne sont que des ajustements polynomiaux sur un intervalle donné. Remarquez que les ingénieurs sont professionnellement obligés de s’en tenir aux normes et aux bonnes pratiques, ce qui a tendance à limiter leur intérêt pour les investigations.

      Dans la vraie vie, la discordance entre les modèles et les données peuvent provenir de plusieurs endroits. La problème peut être au niveau du modèle, de la transformation du modèle en observables ou à l’inverse en transformant les mesures en observable.

      J’ai fait un petit schéma qui illustre tout cela.

      http://www.sciencepresse.qc.ca/sites/www.sciencepresse.qc.ca/files/image/2013/09/methode_complete.jpg

      Ceci dit, tout ce que l’on a à se mettre sous la dent, c’est le résumé d’un rapport écrit par un journaliste. Le rapport lui-même contient très probablement une discussion détaillée de chaque aspect du problème. Malheureusement, il n’est pas possible de donner la mesure du raisonnement du chercheur dans un texte aussi court qu’un article de journal.

    • Tout comme cimequaire je me pose des questions à l’effet que l’ours noir serait le prédateur des faons (veaux?) du caribou. A moins que l’on parle de ces caribous qui se suicident en se jetant dans une rivière. L’ours noir opportuniste se nourrissant de charogne quand il en trouve.

    • @ blade791

      Votre exemple ne cadre pas du tout avec l’expérience que j’ai des ingénieurs et des scientifiques:

      Scientifique:
      Bob: Hymmm Jim, on a un problème. Selon les derniers chiffres, les résultats sont aberrants.
      Jim: L’hypothèse du nombre de faons par adulte semble pas marcher avec l’augmentation; il doit y avoir un facteur supplémentaire qu’on ne considère pas et qui permettrait d’expliquer le tout.
      Bob: Ouais… mais Jim, est-on sûr que ces chiffres sont valides?
      Jim: Pas de raisons d’en douter: ils suivent une courbe statistique utilisée pour déterminer le nombre de têtes basé sur la grosseur du troupeau, et on pas noter de variation de la densité. Les variables concomitantes servent justement à ça. Ça colle avec les chiffres. On devrait vérifier l’hypothèse d’une immigration.

      Ingenieur:
      Bob: Hymmm Jim, on a un problème. Selon les derniers chiffres, les résultats sont aberrants.
      Jim: Ouais…Mais dans le fond, ce n’est pas ça qui est important. Il y en a au moins autant qu’avant, ce qui prouve que l’exploitation forestière ne les dérange pas.
      Bob: Il s’agit uniquement d’une estimation…nos données sont peut-être pas valides?
      Jim: Tiens ça mort; ça a l’air de bien aller, brouille pas les cartes. Le contrat est sur le point d’être signé….

      Vous voyez, la principale différence sera que l’ingénieur s’intéressera aux aspects pragmatiques du contexte, alors que le scientifique aura tendance à les écarter puisqu’ils ne concernent pas son approche scientifique. Mais je vous accorde que l’ingénieur fera beaucoup plus de fautes de français que le scientifique, habitué qu’il est à travailler plutôt avec des dessins ….

    • Le rapport 2012 est inaccessible sur internet. Mais on a celui-ci semble pertinent. Il semble dater de 2011:
      DÉVELOPPEMENT D’UNE TECHNIQUE D’INVENTAIRE AÉRIENADAPTÉE AU CARIBOU FORESTIER

      ftp://ftp.mrnf.gouv.qc.ca/Public/Bibliointer/Mono/2011/07/1080158.pdf

      Le journaliste du Quotidien a dû passer par la Loi sur l’accès à l’information pour obtenir le document. J’ignore totalement pourquoi ils ont resserré l’accès à ce genre d’info…
      JFC

    • @dcsavard
      Dans document ontarien, je note deux phrases :
      “Ces zones n’accueillent généralement pas de densités importantes d’orignaux et de cerfs de Virginie et offrent donc un refuge contre les loups et les ours noirs.”

      “Ces zones permettent au caribou de se séparer des populations denses d’orignaux (Alces alces), de cerfs de Virginie (Odocoileus virginianus), de loups gris (Canus lupus) et d’ours noirs (Ursus americanus), qui sont généralement associées aux forêts mixtes ou caducifoliées au stade pionnier”

      Les caribous ontariens semblent se préoccuper des ours.

      http://www.mnr.gov.on.ca/stdprodconsume/groups/lr/@mnr/@species/documents/document/mnr_sar_ghd_car_fr.pdf

    • On a le rapport en anglais ici :
      http://www.gcc.ca/pdf/Final-Rapport-Status-of-Woodland-Caribou-James-Bay_Eeyou-Istchee.pdf

      “Caribou calves in particular are highly susceptible to black bear predation in the first few weeks
      of life (Pinard et al. 2012),”

      Si c’est signé «Pinard et al.», ce n’est pas le même document que je cite ici.
      JFC

    • @JFC
      En effet. C’est celui de l’article du Quotidien qui ne sortait pas en français.

    • @Blade791,
      Je suis physicien et je travaille davantage avec des ingénieurs… et je constate généralement une réalité bien différente de ce que vous prétendez. L’ingénieur, 99 fois sur 100 prendra une formule, des données et validera les données (comme vous le mentionné dans votre partie sur les ingénieurs) mais sans remettre en question la méthode (la théorie derrière les formules et les prises de données). Les scientifiques arrivent quelques fois avec des données qui changent, mais ils questionnent et améliorent constamment les méthodes (un peu comme le dit Cyclope pour sa partie sur les scientifiques).

      La différence exacte entre ingénieurs et scientifiques se trouvent probablement dans un mélange du texte de Blade et de celui de Cyclope.

      Les objectifs des deux corps de métier ne sont habituellement pas exactement les mêmes.

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