Sciences dessus dessous

Archive, novembre 2013

Vendredi 29 novembre 2013 | Mise en ligne à 10h29 | Commenter Commentaires (8)

La comète-zombie

Morale du jour #387 : ne jamais, jamais faire confiance à une comète. Même quand elle est déclarée cliniquement morte par des astrophysiciens patentés, il faut toujours continuer de s’en méfier. Surtout si vous êtes journaliste…

C’est ce qui ressort de la journée d’hier, au terme de laquelle la comète ISON avait été à toute fin utile enterrée. Vers 16h, l’Agence spatiale européenne a prononcé l’arrêt de mort sur son fil Twitter : «Our #SOHO scientists have confirmed, comet #IISON is gone , thanks for sharing this comet-watching night with us». Traduction libre : la comète a cramé, merci d’avoir magasiné chez nous, revenez nous voir…

Et on comprend aisément pourquoi les experts de l’ESA — ainsi que tous ceux qui ont participé à l’excellent HangOut de la NASA sur le sujet hier — ont tiré une telle conclusion. Les images laissaient peu de place au doute : la vidéo ci-dessous montre clairement ce qui a toutes les allures d’une désintégration (telle que vue par deux satellites d’observation solaire, SOHO et STEREO).

Mais… mais… ISON est une comète, c’est-à-dire une petite bête horriblement capricieuse, malfaisante et puérile qui se plaît à faire mentir le plus grand nombre de gens possible. Alors surprise, quand plus personne n’attendait quoi que ce soit — et bien sûr, juste après que j’eus envoyé mon texte et quitté le bureau —, la voilà qui rapplique.

On vit d’abord ce qui ressemble à une traînée sans noyau :

(Image : SOHO/NASA/ESA)

(Image : SOHO/NASA/ESA)

Puis apparut ce qui ressemblait à un noyau cométaire :

zombies-hand-dark-night-HD-desktop-background-wallpapers

Oups, pardon, erreur d’image. Voici la bonne :

(Image : SOHO/NASA/ESA)

(Image : SOHO/NASA/ESA)

Notez que cette espèce de «zombie» de comète a une drôle de forme — la queue d’une comète normale et authentiquement vivante partirait en direction opposée du Soleil et serait plus allongée que la forme d’éventail qu’elle a maintenant. Ce qui fait dire à certains astronomes qu’en fait, ISON est bel et bien morte et que ce ne sont là que des débris, qui ont continué de voyager. D’autres prononcent au contraire sa survie — notamment dans ma boîte de courriel, mais passons.

Entendons-nous pour la déclarer morte-vivante. Pour l’instant…

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Jeudi 28 novembre 2013 | Mise en ligne à 12h01 | Commenter Commentaires (53)

Le papier de Séralini sur les OGM est retiré

Un peu plus d’un an après sa publication, la revue Food and Chemical Toxicology a finalement décidé de retirer l’étude extrêmement controversée (et presque unanimement dénoncée par la communauté scientifique) dans laquelle le biologiste et militant anti-OGM français Gilles-Éric Séralini prétendait avoir trouvé un lien entre la consommation de maïs génétiquement modifié et le cancer.

L’étude avait eu un retentissement planétaire, en partie parce que les OGM sont en eux-mêmes un sujet extrêmement politisé, mais aussi parce que la publication de l’étude avait fait l’objet d’une mise en scène médiatique adroitement ficelée, coïncidant avec le lancements de deux livres et d’un documentaire. Les journalistes qui l’avaient obtenue sous embargo — une pratique courante en sciences, qui vise à donner le temps aux médias de consulter des experts indépendants de l’étude — avaient en outre dû signer une entente de confidentialité les empêchant de communiquer le document à d’autres chercheurs, ce qui transformaient essentiellement les médias en meneuses de claque. Un rôle que certains avaient d’ailleurs embrassé avec un enthousiasme désarmant.

L’ennui, c’est qu’il est très vite apparu que le travail du labo de M. Séralini souffrait de très graves lacunes. Le groupe-contrôle — soit celui qui n’avait pas été nourri au maïs Round-Up et qui servait de point de comparaison, de «norme» en quelque sorte — était ridiculement petit, comptant seulement 10 mâles et 10 femelles, ce qui limitait énormément la portée statistique de l’étude. Le nombre de variables testées et de combinaisons de diètes (11 % à 33 % d’OGM, trois doses différentes du pesticide associé au Round-Up, le glyphosate, et des mélanges d’OGM et de pesticide) avait également eu pour effet de diminuer la taille des groupes-test à 10 mâles et 10 femelles, ce qui limitait encore la puissance statistique de l’étude — jusqu’à l’insignifiance. En outre, la souche de rats utilisés dans l’expérience était connue pour développer facilement des cancers en fin de vie, soit en plein ce que Séralini et al. avaient «trouvé».

C’est essentiellement pour ces deux raisons qu’un panel de Food and Chemical Toxicology, qui a examiné récemment les données brutes de l’expérience (une procédure exceptionnelle), a demandé au chercheur/activiste français de retirer de lui-même son article — ce qu’il a refusé très publiquement —, faute de quoi la revue savante le fera unilatéralement.

Comme le fait remarquer le blogue Retraction Watch, cette rétraction provoquera inévitablement beaucoup de remous, parce que ces faiblesses étaient connues de FCT depuis le début, mais la revue avait décidé de publier le papier quand même parce qu’elle lui trouvait malgré tout, à travers ses lacunes, un certain «mérite».

L’examen des données brutes de Séralini et al. n’a pas permis de trouver la moindre indication de fraude ou de manipulation. La décision peut donc effectivement paraître assez étrange, mais la lettre de FCT invoque également la «revue par les pairs post-publication» comme un motif de sa décision. Et force est d’admettre que c’est une pluie de critiques très drue qui est tombé sur cet article depuis un an : la liste des commentaires (presque tous assassins) publiés dans FCT en dit long là-dessus, tout comme les commentaires très durs formulés notamment par six académies scientifiques françaises, le Haut conseil des biotechnologies, l’Agence européenne de sécurité des aliments, l’Agence nationale de sécurité sanitaire françaises ainsi que ses homologues allemande, néerlandaise et danoise.

Peut-être que c’est une mauvaise raison de retirer un papier. Peut-être que les rétractations devraient être réservées aux cas de fraudes ou d’erreurs grossières. On peut en débattre. Mais certains acteurs et médias vont beaucoup plus loin que ça et, c’était à prévoir, voient dans ce revirement l’«ombre de Monsanto» car, font-ils valoir, un ancien employé de l’entreprise a été nommé en mai dernier sur le comité éditorial de FCT. Le chercheur en question, Richard Goodman, un spécialiste des allergies alimentaires de l’Université du Nebraska, a effectivement déjà travaillé chez Monsanto, mais il a quitté l’entreprise en 2004 — bien lire «2004», comme dans «ça fait presque 10 ans». Pour l’accuser de conflit d’intérêt ou y voir une «prise de contrôle» de FCT par Monsanto après tout ce temps, il faut y mettre une sacrée dose de mauvaise foi, ou alors porter des œillères épaisses comme ça.

Car les appels à la rétractation fusent de toutes parts depuis le tout début de cette affaire, bien avant la nomination de M. Goodman. La liste des commentaires citée ci-haut ainsi que diverses autres sources en témoignent éloquemment. Alors je ne peux m’empêcher de penser que si certains observateurs, et en particulier les médias qui se sont fait rouler dans la farine en 2012, embarquent si facilement dans cette histoire de complot, c’est parce qu’elle leur permet de sauver les apparences — à défaut, malheureusement, de tirer les leçons qui s’imposent de cette histoire.

Si le Nouvel Obs (journal que j’aime bien, par ailleurs) a en bonne partie raison de dire que cette rétractation est un «coup dur pour Gilles-Eric Séralini (et…) pour la légitimité des grandes revues scientifiques et le débat scientifique grand public en général», il oublie convenablement de dire que cette histoire est aussi un gros œil au beurre noir pour les médias qui avaient accepté sans sourciller de jouer le jeu du CRIIGEN.

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Mercredi 27 novembre 2013 | Mise en ligne à 13h55 | Commenter Commentaires (17)

Comète ISON : plus de peur que de mal (pour l’instant)

Les astronomes amateurs ont eu une petite frousse ces derniers jours, quand divers observateurs ont rapporté que la comète ISON avait connu un sursaut de luminosité suivi d’une baisse marquée et d’éjections de poussières autour du 20 au 23 novembre. Ce comportement laissait croire qu’ISON, que l’on annonce comme la comète du siècle si elle survit à son passage tout proche du Soleil, avait peut-être commencé à se désintégrer. Or il semble qu’il ne s’agissait que d’une petite «crise de hoquet», si je puis dire : sa brillance a recommencé à s’intensifier au cours des 36 dernières heures et le satellite d’observation du Soleil STEREO-a a pris de magnifiques images de la bête (voir ci haut, et lire la note * ci-bas).

ISON n’est toutefois pas encore tirée d’affaire, elle qui s’approchera de notre étoile jusqu’à seulement 1% de la distance Terre-Soleil demain (jeudi), endroit où elle devra résister à une gravité et des températures (dans les milliers de degrés) peu recommandables pour ce qui est essentiellement une «boule de neige sale», comme me la décrivait ce matin l’astronome de l’Université de Montréal Robert Lamontagne lors d’un entretien téléphonique. Ce n’est qu’après ce rase-mottes solaires, dont les moments les plus critiques surviendront demain, que la comète (re)deviendra observable — dans le ciel terrestre, elle apparaît présentement trop proche du Soleil pour cela. Selon les sources, le moment où l’on pourra recommencer à l’admirer dans le ciel (si elle n’est pas broyée/fondue/sublimée/disloquée/anéantie d’ici là) varie du 1er au 3 décembre.

Il y a cependant une mauvaise nouvelle, en tout ce ci : ce n’est pas la première fois qu’ISON nous fait ce genre de peur, dit M. Lamontagne. «Ça fait quelques fois qu’elle fait ça (sursaut de brillance, éjection brutale de matière) depuis qu’on a commencé à l’observer, il y a environ un an. Et ça peut vouloir dire que c’est un objet assez friable.»

Bref, si vous êtes capable d’allumer des cierges les doigts croisés, faites-le…

*Note : dans la vidéo ci-haut, si Mercure apparaît plus loin du Soleil que la Terre, c’est à cause de la position de STEREO-a sur son orbite. En ce moment, le satellite est presque complètement de l’autre côté du Soleil par rapport à la Terre (angle d’environ 150°, à l’œil) alors que l’angle Terre-Soleil-Mercure est plus prononcé. D’où l’illusion ci-haut. Remarquez aussi que les lignes que l’on voit «transpercer» les deux planètes ne représentent pas leurs trajectoires ; il s’agit plutôt de «lignes de saturation» qui apparaissent quand les instruments captent plus de lumière que ce qu’ils sont faits pour «gérer». Pour en voir un autre exemple, regardez cette image prise par un autre satellite d’observation du Soleil, SOHO, qui montre la comète (à droite) sur laquelle l’on voit clairement une petite ligne horizontale «sortir» par la gauche : c’est une ligne de saturation.

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