Sciences dessus dessous

Archive, août 2013

Vendredi 30 août 2013 | Mise en ligne à 10h00 | Commenter Commentaires (35)

Commission sur l’énergie : 96 pages sans «H»…

La Commission sur les enjeux énergétiques tiendra ses premières audiences la semaine prochaine. Cela s’annonce absolument passionnant, d’ailleurs, tant parce que le sujet lui-même est à la fois fascinant et crucial que parce que ses deux coprésidents sont des gens brillants et sérieux. Mais en préparant un dossier là-dessus qui paraîtra ce week-end, j’ai remarqué un petit détail, ou plutôt une absence dans le document de consultation : malgré une belle qualité d’ensemble, le texte de 96 pages ne contient pas la moindre mention du mot hydrogène. Nulle part. Zéro absolu.

Pour une commission qui est partie pour ratisser assez large, merci, voilà qui est un brin étonnant, au moins a priori, pour plusieurs raisons. D’abord parce que l’exercice visera à discuter des moyens d’atteindre divers objectifs pré-établis, dont celui très ambitieux de réduire de 25 % d’ici 2020  nos émissions de gaz à effet de serre par rapport à ce qu’elles étaient en 1990 — ce qui s’enligne pour être extrêmement difficile même en exploitant toutes les technologies vertes disponibles, alors imaginez si on choisit d’en laisser de côté. Ensuite parce que nous avons un Institut de recherche sur l’hydrogène (IRH) à l’UQTR et que le document insiste justement beaucoup sur le savoir-faire québécois afin de transformer ce projet en opportunité de développement économique. Et enfin parce qu’une part particulièrement grande de nos émissions proviennent des transport et que dans ce secteur, certains acteurs très importants comme Toyota ne croient pas trop aux voitures à batterie, voyant un meilleur avenir pour la pile à hydrogène — notamment parce qu’elle donne une meilleure autonomie, fait «le plein» plus rapidement et permet de déplacer autre chose que des sous-compactes.

La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet, de qui relève ce dossier, m’a dit à ce sujet plus tôt cette semaine qu’elle voit des applications pour les piles à combustible, mais que dans le contexte québécois, les batteries rechargeables sont une meilleure option. «Ça prend de l’énergie pour faire de l’hydrogène et au Québec, on produit déjà beaucoup d’énergie sous forme d’électricité, alors on a avantage à utiliser directement l’électricité», m’a-t-elle dit.

Elle a un point, ici, remarquez. Quand on convertit de l’eau en hydrogène, on perd environ 25 % de notre énergie de départ. On garderait ainsi plus d’énergie si l’on évitait cette conversion grâce aux batteries. C’est par ailleurs en partie pour cette même raison, en plus des problèmes de stockage et de production, que le coprésident de la Commission Normand Mousseau, physicien à l’UdeM, se montrait très sceptique à l’égard de l’hydrogène dans son livre Au bout du pétrole. Même Richard Chahine, directeur de l’IRH, concède ce point…

Mais il signale aussi que l’hydrogène pourrait servir à d’autres choses, comme de stocker l’électricité produite en trop par les éoliennes en période de pointe — un problème épineux des sources d’énergie intermittentes dont nous parlions ici récemment. Et puis, ajoute M. Chahine, «c’est dommage parce que oui, la voiture électrique a une niche, mais l’hydrogène n’empiètera pas sur cette niche-là. La voiture à hydrogène aura une autre niche et, au final, cela va étendre l’électrification des transports».

En outre, enchaîne-t-il, «le marché des batteries pour voiture est complètement dominé par la Chine. Même les Américains ont tenté d’y entrer à coup de milliards $, mais ça n’a pas fonctionné. Alors on peut cesser d’envoyer des milliards $ à l’étranger en achetant moins de pétrole, mais si c’est pour en envoyer autant en Chine en achetant des véhicules à batterie, on ne sera pas plus avancé».

Alors qu’en pensez-vous ? Manque-t-il un «H» dans le document de consultation de la Commission, ou est-ce que l’hydrogène a trop de défauts pour servir de «monnaie énergétique» universelle ?

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Quels sont les indices qui permettent d’accuser le régime syrien d’avoir «gazé» sa propre population ? Que cherchent au juste les inspecteurs de l’ONU envoyés sur le terrain, quelles questions posent-ils aux survivants, quels genres d’échantillons prennent-ils, et pourquoi ?

Il y a beaucoup de science dans ces allégations et l’enquête qui s’ensuit, et quiconque s’intéresse à la chose se doit de jeter un œil à cet excellent texte paru hier sur le site de Science. On y explique, par exemple, que c’est du gaz sarin (qui agit sur les nerfs) que l’on soupçonne le régime de Bachar Al-Assad d’avoir utilisé, parce que les victimes montraient des symptômes de paralysie et de convulsion, mais n’avaient pas de cloques comme en aurait laissé un produit corrosif comme le gaz-moutarde. Il serait en outre étonnant que l’armée ait répandu un innervant encore plus mortel, le gaz VX, parce que celui-ci étant moins volatile que le sarin, il aurait laissé des résidus sur les équipements qui auraient pu rendre les soldats malades.

Dans leurs interviews, lit-on sur le site de Sciences, les inspecteurs tenteront de savoir si les victimes avaient les pupilles des yeux très petites, car le sarin force la contraction des muscles, dont ceux qui contrôlent l’iris. Ils chercheront aussi un produit de dégradation que laisse le gaz sarin (qui lui-même ne persiste pas longtemps) en réagissant avec l’eau, l’acide isopropylméthylphosphonique, qui peut rester deux ou trois semaines dans l’environnement et le corps des victimes.

À lire, vraiment.

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Mercredi 28 août 2013 | Mise en ligne à 13h34 | Commenter Commentaires (29)

Quand Freud en prend plein le cigare

La psychanalyse passe un bien sale quart d’heure dans le dernier numéro de la Revue de psychoéducation. Le professeur Serge Larivée, de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, et son collaborateur Éric Coulombe s’y livrent en effet à une charge à fond de train envers la discipline mise au monde par Sigmund Freud, qu’il décrivent comme inefficace, dogmatique et fondée sur des cas frauduleux que Freud lui-même a traficotés — chose qu’il n’avait pas le choix de faire car il n’aurait jamais guéri personne…

Sigmund_Freud_LIFELe texte lui-même n’est pas disponible en ligne, mais on en trouve un bon compte-rendu ici. Les auteurs n’y présentent pas de résultats originaux, mais passent en revue une abondante littérature scientifique très critique de la psychanalyse. Ainsi, lit-on dans l’article, des chercheurs qui ont examiné 31 patients «traités» par Freud ont conclu que le «père de la psychologie» n’avait dans une majorité de cas été d’aucune aide, l’état de ses patients ne s’améliorant pas. Pendant longtemps, dénoncent bien des savants cités par MM. Larivée et Coulombe, la psychanalyse s’est refusée à toute remise en question de ses prémisses et toute évaluation quantitative de son efficacité, et bien que ses tenants affirment maintenant que leur discipline a bien changé et qu’elle a peu à voir avec ce que Freud pratiquait, «tel n’est pas nécessairement le cas», écrivent les auteurs, citant quelques études et textes de psychanalystes contemporains à l’appui.

M. Larivée n’en est pas, notons-le, à ses premières passes d’armes avec la psychanalyse. L’an dernier, dans ce très bon papier de ma collègue Marie Allard, il avait décrit cette forme de thérapie comme «l’une des plus grosses fraudes depuis le début de l’univers. Freud a menti toute sa vie, il n’a guéri absolument personne. Ce n’est pas un scientifique, c’est un littéraire. J’attends toujours des preuves de l’efficacité de cette méthode, il n’existe aucun cas de guérison connue.»

Mais il n’est pas le premier non plus à critiquer le côté «ascientifique», pardonnez le néologisme, de la psychanalyse. En 2004, dans une looongue revue de littérature mesurant l’efficacité de trois approches en santé mentale, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, en France, avait conclu qu’il n’existait des preuves fortes d’efficacité de la psychanalyse que pour les «troubles de la personnalité, en particulier trouble de la personnalité borderline», et une «présomption» d’efficacité pour le «trouble panique sous antidépresseurs (et le) stress post-traumatique» (voir p. 502/533). Le document confirmait en outre que les efforts de mesure de l’efficacité de la psychanalyse sont souvent très récents — ce qui, pour une discipline qui se veut scientifique, est une aberration sans nom — et constatait que la thérapie cognitivo-comportementale (donnée par les branches plus scientifiques de la psychologie) donnait de meilleurs résultats dans le traitement de la plupart des problèmes mentaux.

Le rapport fait plus de 550 pages, mais vous irez lire la synthèse en fin de texte — ne serait-ce que par intérêt anthropologique, car il n’y a que des Français, à ma connaissance, pour faire une «synthèse» de presque 60 pages.

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