Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

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    Vendredi 12 juillet 2013 | Mise en ligne à 14h32 | Commenter Commentaires (13)

    Des séismes importants liés à la production d’énergie

    Une très intéressante «revue» sur les séismes provoqués par l’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis vient d’être publiée dans Science.

    On savait que la présence de l’industrie des gaz de schiste dans une région était associée à de minuscules tremblements de terre, d’une magnitude généralement inférieure à 2 et qui ne sont pas perceptibles à la surface. Comme la centrale nucléaire Gentilly-2 est située en plein cœur de la région visée par l’industrie du gaz de schiste, cela a soulevé quelques inquiétudes, notamment chez Hydro-Québec et la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

    Or on apprend dans l’étude de Science qu’au milieu des États-Unis, où l’industrie des gaz de schiste a connu une très forte croissance au cours des années 2000, la fréquence des tremblements de terre d’une magnitude supérieure à 3 a été multipliée par neuf — de 21 par an en moyenne de 1967 à 2001 jusqu’à un pic de 188 en 2011 — et la magnitude de l’un d’eux aurait même atteint 5,6 et causé deux blessés, en novembre 2011 en Oklahoma. Cependant, nuance l’auteur de la «revue», le séismologiste du USGS William Ellsworth, ce n’est pas la fracturation elle-même qui est en cause, n’ayant jamais causé de séisme plus fort que 3,6. C’est plutôt cette habitude qu’a l’industrie de se débarrasser de ses eaux de fracturation en l’injectant sous pression dans d’anciens puits ou mines désaffectés qui serait à blâmer.

    Il est en effet bien connu que l’injection de fluides sous haute pression a pour effet de repousser un brin les plaques de sol qui se frottent les unes sur les autres et de «lubrifier» les failles, ce qui facilite les mouvements de sol à la source des séismes. Notons que cela semble aussi valoir, malheureusement, pour la géothermie, du moins la géothermie à grande échelle. (D’autres détails dans ce compte-rendu de Nature.)

    Soulignons malgré tout que seule une très petite minorité de ces «disposal wells» sont sujets aux séismes, et que l’on peut jusqu’à un certain point prévoir lesquels : une autre étude publiée dans Science a trouvé que dans les régions où l’on enregistre une myriade de micro-séismes quand un tremblement de terre énorme (magnitude de 8 ou plus) survient ailleurs dans le monde, le stockage d’eaux de fracturation dans le sol génère plus de secousses. J’ignore si le sud du Québec correspond à cette description, mais disons qu’il vaudra sans doute mieux que l’on dispose des eaux de fracturation autrement si cette industrie prend un jour son essor chez nous…


    • Democracy now a un topo sur le sujet.

      http://www.democracynow.org/2013/7/12/josh_fox_on_gasland_part_2

      Jean Émard

    • ..Le USA Today de ce jour en faisait un résumé. Au lieu de nettoyer ces eaux salies par les produits chimiques ajoutés, on préfère les enfoncer dans les profondeurs. Moins cher je suppose et, comme pour certains dépotoirs, on se dit qu’un problème qu’on ne voit pas n’est pas un problème jusqu’à ce qu’un jour on découvre que ce qu’on a enterré est réapparu sous une forme ou sous une autre. Misère que la courbe d’apprentissage est longue à parcourir pour l’homo économicus.

    • Quand j’ai acheté ma maison, on a dû faire une hydrofracturation dans mon puits pour augmenter sa capacité.
      Dans les mois qui ont suivi, la terre autour de ma propriété a tremblé deux fois et assez fort, merci! Dans les deux cas, il y a eu un bruit d’explosion précédant la secousse.
      Or, il ne s’agissait que d’une hydrofracturation mineure. Je peux aisément imaginer le genre de séisme induit pas la fracturation en profondeur et à grande échelle. Pour moi, il s’agit d’un autre argument contre cette pratique.

    • Et les barrages avec la création de grands réservoirs d’eau. Ca fait tout un poids sur la croute terrestre. Est-ce que ça a déjà été étudié ?

      Il y avait une vieux film de SF des années 60 (70 ?) ou ils creusaient un méga-puit pour rejoindre le manteau. Ca faisait craquer tout l’écorce terrestre. Un beau petit film de peur.

    • @chip D’Après votre description, je pencherais pour un relevé géophysique.

    • Est-ce qu’il existe des mines désaffectées sur le territoire visé par l’exploitation des gaz de schiste dans la vallée du St-Laurent? L’industrie ne pourra donc pas se débarrasser des eaux usées de cette façon.

      Et j’aurais tendance à dire que la même chose prévaut pour les anciens puits. La population s’étant surtout alimentée en eau avec les eaux de surface dans tout le bassin du St-Laurent.

    • Quoi qu’il en soit, l’exploitation des gaz de schiste remet totalement en question la théorie du “peak oil”. On n’est pas à court de pétrole, on en a en abondance.

      Inversement, cela donne du poids à la théorie des scientifiques russes et de Thomas Gold qui prétendent que les hydrocarbures sont présents en grande quantité à l’intérieur de la Terre et à de grandes profondeurs. Ils proviendraient du matériel d’origine du cosmos (ils sont aussi présents dans plusieurs corps planétaires). Cette façon de voir l’origine des hydrocarbures s’oppose à la théorie voulant que les hydrocarbures proviennent des débris des plantes et des animaux transformés par un processus géologique.

      Le gaz et le pétrole de schiste sont présents dans des couches géologiques dont l’origine est connue — et n’a rien à voir avec le cosmos.
      JFC

    • @JohnGalt,

      cela ne remet absolument pas en question le peak de Hubbert. Il n’est pas particulier au pétrole, mais bien à toute forme de ressource d’origine géologique. Le peak de Hubbert n’est pas un pic énonçant la quantité de ressources disponibles, mais bien la capacité de production/extraction de ladite ressource. Les sables bitumineux contiennent une quantité de pétrole gigantesque, c’est connu depuis longtemps, mais la vitesse à laquelle nous pouvons exploiter et extraire ce pétrole ne rencontre absolument pas la demande mondiale. Le pic de Hubbert est un pic de PRODUCTION.

    • Parlant de théorie russes, des source d’hydrogène ”natif”, ou géologique semble de plus en plus confirmé, toute une surprise non?

      http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/11/la-decouverte-de-sources-d-hydrogene-ouvre-la-voie-a-une-nouvelle-energie_3158136_3244.html

      http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/actualites/communiques-de-presse/l-hydrogene-naturel-une-contribution-au-mix-energetique-ifpen-etudie-le-potentiel-des-sources-d-hydrogene-naturel-a-terre

      Dans le deuxième lien l’IFPEN, l’Institut Francais du Pétrole auquel on greffé une fonction Énergie Nouvelle, suit la piste entre autre de ”un dégazage continu de la planète, ce qui bouleverserait la conception usuelle de la composition chimique de l’intérieur des planètes terrestres.”

    • Bonjour monsieur Cliche,

      J’ai une petite question au sujet de ces tremblements de terre, principalement en ce qui concerne la vallée du St-Laurent, le Saguenay et la vallée de la rivière des Outaouais, trois lieux qui présentent un matériau à risque pour la fracturation hydraulique à mon avis, l’argile de Leda

      http://en.wikipedia.org/wiki/Quick_clay

      On se souvient plus particulièrement des glissements de terrain de St-Jean-Vianney en 71, et celui plus récent de St-Jude en 2010 où une famille de 4 personnes avait trouvé la mort.

      Quand cette argile est sursaturée d’eau, un rien peut la liquéfier. Comme ce phénomène de sursaturation se produit à peu près à toutes les années au printemps, les zones qui sont déjà identifiées comme à risque au provincial seraient à mon avis des lieux où la fracturation hydraulique devrait être très sérieusement encadrée. Connaissez-vous des experts qui se sont prononcés à ce sujet?

    • Le gaz et le pétrole de schiste sont présents dans des couches géologiques dont l’origine est connue — et n’a rien à voir avec le cosmos. JFC

      Je ne suis pas du tout un spécialiste, mais selon Thomas Gold dans son livre “The deep hot biosphere”, depuis les années 1940, la présence d’hydrocarbures a été découverte sur plusieurs corps planétaires du système solaire. Aussi, selon lui, on retrouve du pétrole et du gaz non seulement dans les régions sédimentaires mais aussi igneuses, ce qui contredirait la théorie que ce sont des produits biologiques. Il me semble que si ce n’était pas des faits, il n’aurait pas publié ces affirmations, car elles sont faciles à démentir. C’est vraiment difficile de s’y retrouver dans ce débat…

    • Toutes les maisons isolées dans les rangs sont alimentées par des sources souterraines.

      Le Règlement sur la Qualité de l’Eau préconise l’alimentation par sources souterraines pour les petites municipalités car l’utilisation des eaux de surfaces est trop onéreuse et il est pratiquement impossible pour une petite municipalité de se payer du personnel compétant pour opérer des stations de traitement d’eau de surface.

    • @ gl000001 14 juillet 2013 06h33
      «Et les barrages avec la création de grands réservoirs d’eau. Ca fait tout un poids sur la croute terrestre. Est-ce que ça a déjà été étudié ?»

      La réponse est : Oui. Lors de la période de remplissage des grands réservoirs, Hydro-Québec surveille de très près les réactions du sol à une accumulation aussi rapide d’eau sur des surfaces relativement restreintes. Pour plus de détails, consultez le site de l’entreprise :

      http://www.hydroquebec.com/comprendre/hydroelectricite/gestion-eau.html

      https://www.hydroquebec.com/sefco2012/formulaires/fr/a-propos-hydro-quebec/

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