Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
  • Lire la suite »

    Partage

    Jeudi 6 juin 2013 | Mise en ligne à 11h59 | Commenter Commentaires (22)

    Les bio-patenteux

    Si votre voisin est du genre «do-it-yourselfer», comme on dit, et qu’il décide de bâtir lui-même sa rallonge de maison, ou encore de réparer lui-même sa tondeuse, vous n’y verrez sans doute pas d’inconvénient. Mais si votre voisin était diplômé en microbiologie et qu’il vous disait qu’il fait lui-même ses propres OGM dans son garage, quelle serait votre réaction ?

    La question est un brin caricaturale, mais elle illustre les craintes soulevées par le projet Glowing Plant, l’aventure un peu fo-folle de trois jeunes scientifiques (deux biochimistes et un mathématicien/MBA) américains qui veulent mettre au point et distribuer des plantes luisant dans le noir. Ce sera loin d’être la première plante génétiquement modifiée pour produire sa propre lumière, mais ce sera l’éclatante démonstration qu’avec les technologies actuelles et les connaissances qu’il faut, le génie génétique peut sortir des labos universitaires ou commerciaux et se faire dans un garage, ou presque.

    Le trio calculait initialement que leur idée nécessiterait 65 000 $. Pour lever les fonds, ils ont lancé une campagne de financement en avril dernier sur le site kickstarter.com — campagne qui s’achève d’ailleurs aujourd’hui. Ils ont déjà dépassé leur objectif de départ par plus de 400 000 $, et projettent déjà de mettre au point une deuxième plante bioluminescente, qui sera une rose. Mais l’idée initiale est d’insérer dans l’ADN d’une plante fort commune, Arabidopsis thaliana, le gène d’une bactérie de la famille Agrobacterium connue pour faire sa propre lumière. Ceux qui contribuent au financement recevront notamment (s’ils vivent aux État-Unis) entre 50 et 100 graines de la plante GM.

    La technique que le trio projette d’utiliser n’est pas particulièrement compliquée, ni même nouvelle — elle date des années 80. Le gène ne sera pas transporté par un virus ou la bactérie elle-même, mais plutôt implanté à l’aide d’un «canon génétique», technique qui consiste grosso modo à enrober de minuscules billes de métal avec les gènes que l’on veut livrer, puis à propulser ces billes à grande vitesse sur les cellules afin qu’elles y pénètrent. Le gène, lui, sera littéralement «imprimé» par des techniques beaucoup plus récentes. Or, comme ni ce «canon», ni l’imprimante ne demande de manipuler des pathogènes (pas lors des dernières phases du projet, du moins), il semble que le projet tombe entre les craques du plancher réglementaire américain.

    En lui-même, l’OGM en devenir ne pose pas de risque sanitaire ou environnemental, selon les experts interviewés ici par Nature. Mais le «trou» de juridiction qu’il met en lumière (pardon pour le jeu de mot), lui, en inquiète plus d’un. Le groupe écolo ETC a envoyé une lettre au gouvernement américain l’enjoignant «de mettre un terme à cette entreprise risquée et sans règle», et d’aucuns craignent que d’autres projets, plus dangereux, voient le jour — après tout, il y a déjà des sites internet de «biologistes DIY».

    Les défenseurs de la «biologie amateure», quant à eux, font valoir que beaucoup de problèmes pourraient bien trouver leurs solutions si l’on multiplie le nombre de «bio-bricoleurs». Ce n’est sans doute pas faux, remarquez. Mais il reste, à mon sens, que les conséquences environnementales possibles qu’il y a à «patenter» une nouvelle plante dans son garage, puis à en disséminer les graines, sont autrement plus grandes que ce qui peut arriver quand votre voisin modifie sa tondeuse. Ce qui, sans condamner le bio-bricolage amateur, justifie une certaine surveillance — au bas mot un examen avant de distribuer un produit au grand public.

    À votre avis ?


    • Comme on dit, le diable est sorti de la boîte, bien malin qui pourra le rentrer.

      Il est inévitable que les technologies biogénétiques seront à plus ou moins brève échéance accessibles au commun des mortels. Nous pouvons y voir un méfait, comme c’est le cas de ce groupe écolo qui enjoint le gouvernement de faire quelque chose, comme s’il suffisait de passer une loi pour enrayer le phénomène. D’un autre côté, il y a la démocratisation des techniques biogénétique là-dedans, qui serait justement un pied de nez à Monsanto et autres en ouvrant la porte à une compétition dans ce domaine dont quelques entreprises détiennent le monopole.

      Dans tous les cas de figure, je ne crois pas que nous puissions faire marche arrière. D’ailleurs, ce ne sera pas la première fois que les manipulations génétiques se démocratisent. Depuis l’aube des temps que l’homme élève et sélectionne les animaux dans le but de produire des animaux aux caractéristiques spécifiques. La plupart des races domestiques d’animaux sont totalement produite par l’homme et certaines existent depuis des millénaires.

    • Ils pourraient au moins patenter quelque chose d’utile. Comme un chevreuil qui luit dans le noir. On les verrait sur le bord des routes en Montérégie.

      Et on arrêterait de foncer dedans en auto… ;-)
      JFC

    • En tout cas, si les plantes bio-luminescentes deviennent courantes, les municipalités pourraient en mettre un peu partout pour éclairer les rues et réduire leur facture d’électricité. Par contre, suivront un jour, par contamination, des champs lumineux, des boisés lumineux et des cimetières lumineux. Tout cela sera du plus bel effet.
      Blague à part, c’est l’histoire de l’apprenti sorcier qui se répète. On a déjà vu des bombes et des drogues chimiques faites maison par des chimistes amateurs. Verrons-nous bientôt des armes biologiques maison ou des champignons magiques fluorescents faire leur apparition?
      Les jeux de chimie seront bientôt moins populaires que les jeux biologiques dans les magasins de jouets. Monsanto va se lancer là-dedans à coup sûr, et les produits créés par vos tout-petits pourront être testés sur le chien ou le chat de la maison.
      C’est plutôt fascinant mais un petit encadrement stratégique ne ferait pas de mal.

    • Il y a lieu de s’inquiéter oui à cause du vide juridique qui entoure ce genre de “patentage”.
      Mais ce qui m’inquiète le plus c’est l’engouement des gens pour ce genre de bêtises ! Après les nains de jardin, les sapins lumineux ! J’imagine mon village la nuit… Ahhhhrrggg !

    • “Mais il reste, à mon sens, que les conséquences environnementales possibles qu’il y a à «patenter» une nouvelle plante dans son garage, puis à en disséminer les graines, sont autrement plus grandes que ce qui peut arriver quand votre voisin modifie sa tondeuse.”

      ===

      L’exemple que donnent les États face à la protection de l’environnement est saprement plus inquiétant que des expériences de cuisines, à mon humble avis.

      Jean Émard

    • Pas trop pratique en camping en tout cas. «Chéri, éteint la forêt j’arrive pas à dormir!»

    • AAAAAAh, quant-est-ce que les humains cesseront-ils de jouer à Dieu ! Je vous en conjure, Tesla, retournez dans votre tombeau ! Dr Moreau et Dr Frankeinstein, retournez dans vos livres…

    • J’ai hâte que ça arrive chez Canadian Tire, un kit de gene splicing/cloning MasterCraft!

    • @jeffypop,

      Vous avez oublié : 2000.

      @q.terreux,

      Il y en a qui vont déchanter lorsqu’ils s’apercevront que la lumière attire les mouches et les maringouins le soir.

    • @jeffypop,

      Il y a pire : Le cas de David Hahn (17 ans) qui a vu le FBI faire une descente chez lui car il a essayé de se construire un réacteur nucléaire (en.wikipedia.org|wiki|David_Hahn).

    • @Walt68 même sur Costco.com il n’y a pas encore d’Uranium enrichi. Question pourquoi 2000?

    • @jeffypop,

      Pour faire plus tendance… Quant à la matière radioactive, on en trouve, entre autres, dans les alarmes à incendie.

      Je vous invite à aller consulter Wiki anglais à propos de : David Hann. Il a su quoi faire.

    • @jeffypop,

      Je m’excuse, ce n’est pas David Hann, mais David HAHN. Allez constater les ravages sur son visage. Taper dans un moteur de recherche.

    • @walt68,

      si vous en voulez une bonne de la même eau: http://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_nucl%C3%A9aire_de_Goi%C3%A2nia

    • @walt68
      David Hahn travaillait en Solo ?

    • David Hahn … on dirait Chewbacca qui s’est rasé.

    • “L’exemple que donnent les États face à la protection de l’environnement est saprement plus inquiétant que des expériences de cuisines, à mon humble avis.” ramses2.1

      Correction:

      L’exemple que donnent les États et les Corporations face à la protection de l’environnement est saprement plus inquiétant que des expériences de cuisines, à mon humble avis.

      Jean Émard

    • Ça va être super beau dans la nuit.

      Tu lâches des millions de graines depuis un petit coucou au dessus d’un parc national et tu te retrouve au beau milieu d’Avatar sur la planète Pandora… Ne reste plus qu’à trouver comment faire “flotter” les montagnes.

      Benoît Duhamel.

    • @gl000001,

      Je n’en suis pas certain, vous n’avez qu’à trouver un article. Le plus inquiétant, c’est qu’il y a d’autres cas comme celui du suésois Richard Handl.

      Sur ce, bon dimanche soir.

    • @walt68
      C’était une blague. Comme dans Han Solo :-)

    • On ne peut pas comparer des essais de modifications mécaniques dans un garage, des essais de réacteurs nucléaires dans le sous-sol à des essais de modifications biologiques dans sa cuisine.

      Pour obtenir un réacteur ou une bombe nucléaire, il faut une quantité minimale de matière radioactive et on ne peut pas prendre n’importe quelle substance nucléaire. On peut faire un gâchis, irradier plusieurs personnes, provoquer plusieurs cancer, etc. Mais cela restera limité parce que ça prend des matières difficiles à avoir pour vraiment faire quelque chose de significatif.

      En biologie, ce qui peut être un résultat malheureux, s’il peut se reproduire, pourrait modifier de grands écosystèmes. L’histoire récente comporte plusieurs exemples, l’agrile du frêne est un exemple récent.

      Si on se met à expérimenter toutes sortes de choses biologiques dans des conditions de sécurité douteuse, on va finir par erreur à perturber encore plus les écosystèmes qu’ils ne le sont présentement.

      L’Homme dépend de ces écosystèmes pour sa survie. Si en tant qu’espèces et société nous ne sommes pas assez brillant pour avoir un minimum de prudence, nous disparaitrons ou nous vivrons dans un monde très différent du monde actuel. Il est fort probable que ce ne sera pas très agréable.

      La protection de l’Environnement, ce n’est pas la protection des petits oiseaux et des plantes mais c’est la protection de notre milieu de vie. L’Homme et ses sociétés peuvent aussi avoir de la difficulté à s’adapter à des changements trop rapide pas seulement les ours polaires.

      Et on sait qu’il est peut probable qu’on aille vivre sur la planète Mars.

    • @gl000001,

      Ha, Ha, Ha ! Je viens de la comprendre.

    Vous désirez commenter cet article?   Ouvrez une session  |  Inscrivez-vous

    publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    juin 2013
    D L Ma Me J V S
    « mai   juil »
     1
    2345678
    9101112131415
    16171819202122
    23242526272829
    30  
  • Archives

  • publicité