Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 5 juin 2013 | Mise en ligne à 15h06 | Commenter Commentaires (8)

    Agrile du frêne : les ennemis de mes ennemis sont mes amis

    L'agrile du frêne. (Image : ACIA)

    L'agrile du frêne. (Image : ACIA)

    Les nouvelles du front sont plutôt bonnes dans la «guerre» que l’on mène contre l’agrile du frêne (Agrilus planipennis). D’après une étude américaine publiée dans le prochain numéro du Journal of Economic Entomology, l’introduction de prédateurs naturels de cette espèce envahissante semble bien fonctionner.

    Originaire d’Asie, l’agrile du frêne a été introduit en Amérique du Nord probablement dans les années 90. L’insecte pond ses œuf sous l’écorce des frênes, où ses larves éclosent et se nourrissent du phloème, soit la «couche» de l’arbre qui transporte la sève. Contrairement aux essences d’Asie, qui ont coévolué avec A. planipennis depuis des millions d’années, les frênes d’Amérique ont été pris de court par l’arrivée de ce parasite. Sans défense, un spécimen infecté mourra en quelques années, ce qui a d’ailleurs été le sort de dizaines de millions de frênes jusqu’ici — et l’agrile est présent au Québec depuis 2008.

    Or la progression de l’espèce, bien qu’elle se déplace lentement, est très difficile à arrêter, en partie parce que des citoyens achètent et déplacent des cordes de bois infectées sans le savoir. Les autorités ontariennes ont même tenté, en 2004, d’abattre 70 000 frênes pour créer une sorte de «désert» infranchissable pour A. planipennis, mais rien n’y fait. L’espèce a continué sa marche.

    Pour cette raison, les États-Unis ont commencé en 2007, à titre expérimental, à introduire certains des «ennemis» de l’agrile qui en contrôlent la population en Asie — surtout des guêpes parasitoïdes qui pondent leurs œufs sur lui. Et il semble maintenant que la «greffe» prenne, comme on dit : en quelques années, ces guêpes ont colonisé presque tous les arbres (92 % de ceux échantillonnés en 2012 l’étaient), et la proportion d’agriles infectés est passé de 1,2 % l’année de l’introduction à 21,2 % l’an dernier.

    Cela étant dit, il y a une sorte de fuite en avant dans cette façon de faire : pour lutter contre une espèce étrangère, on introduit d’autres espèces étrangères. C’est d’autant plus inquiétant que, parmi les guêpes asiatiques relâchées dans la nature, certaines se sont montrées capables de parasiter des espèces indigènes. Des experts à qui j’ai parlé de tout cela m’ont déjà dit qu’à leurs yeux, ajouter des espèces invasives n’était pas une très bonne idée ; ils auraient a priori préféré que l’on trouve un prédateur naturel parmi les insectes/microbes/champignons américains et que l’on bâtisse là-dessus.


    • Saperlipopette ! Je viens d’en planter deux. Donnés pour le jour de la Terre par ma municipalité.

      Toujours un plaisir de lire vos billets Monsieur Cliche. En espérant que le climat assez rude de mon coin perdu de pays décourage cet envahisseur. Vous parlez de sélection naturelle…. on laissera donc la nature décider.

      Elle a souvent le dernier mot.

      J’espère pour vous que vous vivez assez au nord. La Ville de Québec a cessé de planter des frênes en 2010…
      JFC

    • Une autre espèce invasive venue d’Europe est arrivée en amérique depuis beaucoup plus longtemps et comme elle n’a pas d’ennemis naturels ici, elle a envahi tout le continent en quelques décennies. Elle a complètement modifié l’équillibre naturel; Elle a ravagé des forêts entières et décimé plusieurs espèces animales locales. Sa population augmente exponentiellement et, étant son propre parasite naturel, il semble que rien n’arrêtera sa progression tant qu’il lui restera des ressources à exploiter.

    • Il faut freiner la plantation du Frêne!

      Avez vous des problèmes avec les coccinelles asiatiques, importées pour mener une lutte «biologique» aux pucerons du sud des USA dans les années 90.

      Elles sont chez nous depuis plus de 10 ans et nos espèces de coccinelles indigènes sont en voie d’extinction…

      RIP Coccinella duodecimpunctata, Adalia bipunctata, etc…

      @pensez-y

      D’accord, notre espèce est la pire menace à notre espèce. Misère!

      Sauf que l’espèce humaine était moins «invasive» quand elle est venue d’Asie en Amérique il y a 20 à 30 mille ans… Et notre espèce est essentiellement d’origine africaine.

      Quand les «Européens» sont arrivés ici il y a 500 ans, ils ont «découvert» (et détruit en grande partie) une civilisation au stade du néolithique.

      Mais qui voudrait vivre dans des conditions «néolithiques»?

    • c’est en 2008 que l’agrile est apparue au Québec, en 2011 c’est a Montréal.

      Oups, en effet, j’avais oublié son arrivée à Carignan avant Montréal. corrigé, merci !
      JFC

    • Une petite recherche indique que les guêpes dont il est question sont tetrastichus planipennisi, oobius agrili et spathius agrili, mais la première serait la plus efficace.

      Moins apeurant que les vespa velutina dont on dit qu’il “capture des insectes (chenilles, fourmis, papillons et surtout pucerons) et plus particulièrement des abeilles” !!!!! Et dont la piqûre peut provoquer un choc respiratoire ou un choc anaphylactique.

      Mais je partage vos inquiétudes, monsieur Cliche. Qui paiera les pots cassés s’il y en a? On sait bien que tout ce qui se retrouve aux USA finit par se retrouver ici.

    • Sauvez mon frêne s.v.p. C’est mon parasol naturel dans ma cour arrière. Il attire les cardinaux et autre oiseaux chanteurs. J’ai un pic flamboyant qui tourne dans mon coin. Mange-t-il de ces bibittes ? Pourrait-on les entrainer à les trouver et les manger ?

      @goupil
      Et nos conditions “néolibéralistes” sont meilleures ? ;-)

    • @JFC

      “J’espère pour vous que vous vivez assez au nord. La Ville de Québec a cessé de planter des frênes en 2010…
      JFC”

      Alors je suis “foutu” je suis près des douanes du Maine (massif du sud) … mais comment se fait-il que le ministère des Ressources naturelles ait fourni ces arbres à ma Mun. sachant qu’il y a un problème ? (C’est ce qu’ils m’ont dit.)

      Merci ! :)

    • Dernières nouvelles:

      L’Agence canadienne d’Inspection des aliments viendrait d’autoriser l’introduction de 2 des guêpes parasitoïdes mentionnées ci-haut, sans toutefois préciser lesquelles (http://www.cbc.ca/news/canada/ottawa/story/2013/06/06/ottawa-wasp-invasive-species-ash-borer.html)

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