Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 17 avril 2013 | Mise en ligne à 14h43 | Commenter Commentaires (19)

    Un petit «scan» du cerveau avant de sortir de prison ?

    Les gens qui siègent sur des commissions de libération conditionnelle se butent toujours à la même question : quelles sont les chances pour que l’individu ci-devant profite de sa liberté conditionnelle pour commettre un nouveau crime ? Et malheureusement pour eux, il s’agit souvent d’une question beaucoup plus facile à poser qu’à résoudre.

    On sait que certaines caractéristiques des détenus augmentent beaucoup les risques de récidives une fois leur peine purgée. L’abus de drogue et d’alcool figure parmi les plus importantes, mais un trait de personnalité s’avère être un prédicteur particulièrement efficace : l’impulsivité, c’est-à-dire une difficulté plus ou moins grande à contrôler ses pulsions et/ou à apprendre de ses erreurs. La psychologie et sa discipline-sœur, la criminologie, ont accouché de plusieurs tests pour la mesurer, non sans succès d’ailleurs. Mais, écrivent des neurologues américains dans un article paru récemment dans les PNAS (compte-rendu en français ici), ce sont là des mesures indirectes du «système de contrôle» du cerveau fondées sur des comportements observés ou des réponses à des questionnaires — mesures qui sont toujours plus ou moins manipulables par les détenus.

    Taux de «survie» (lire : non-réarrestation) des détenus après 4 ans, selon le niveau d'activité du cortex cingulaire antérieur. Une forte activité (ligne verte) de cette région du cerveau, associée au contrôle de soi, est clairement préférable à une faible activité (ligne rouge). (Image : PNAS)

    Taux de «survie» (lire : non-réarrestation) des détenus après 4 ans, selon le niveau d'activité du cortex cingulaire antérieur. Une forte activité (ligne verte) de cette région du cerveau, associée au contrôle de soi, est clairement préférable à une faible activité (ligne rouge). (Image : PNAS)

    Les auteurs de l’article, menés par Eyal Aharoni du Lovelace Biomedical and Environmental Research Institute, ont donc fait une expérience très intéressante sur 96 détenus et 102 «non criminels». Ils leur ont donné une tâche de type «go/no go» (soit peser rapidement sur un «K» quand il apparaît à l’écran, tout en sachant que ce sont souvent des «X» qui apparaissent) et ont mesuré, par résonance magnétique, le niveau d’activité d’une partie du cerveau (le cortex cingulaire antérieur, CCA) cruciale dans pour les mécanismes d’autocontrôle pendant l’expérience. Ils ont ensuite attendu quatre ans, puis ont comparé les «scans» avec les taux de récidives.

    Et comme le montre le graphique ci-contre, les résultats semblent très prometteurs : au bout de quatre ans, la plupart de ceux qui avaient montré une forte activité du CCA étaient restés tranquilles, environ 15 % seulement ayant été réarrêtés, mais chez ceux dont le CCA avait une faible activité, près de 60 % avaient été réarrêtés au moins une fois.

    Il va falloir encore raffiner cet outil énormément, j’imagine, avant de pouvoir s’en servir pour jauger les détenus qui demandent une libération conditionnelle, et il serait intéressant de comparer l’efficacité de ces MRI avec celle des méthodes actuelles. Mais, ne serait-ce que parce que les mesures directes sont toujours meilleures que les indirectes, cela pourrait finir par s’avérer très utile.

    Qu’en dites-vous ?


    • L’aspect scientifique est intéressant, mais au plan éthique, on s’aventure sur un terrain glissant. On garderait en prison des individus basé sur un simple calcul de probabilités. Et tant qu’à y être, pourquoi ne pas arrêter n’importe qui dont la probabilité de commettre un crime est élevée, avant même qu’il y ait crime?

      Ce qui me rappelle un très bon film, Minority Report, que je recommande à ceux qui s’intéressent au sujet.

      N’est-ce pas déjà ce qu’on fait (un calcul de probabilités de récidive) quand on décide d’accorder une liberté conditionnelle sur la base d’un comportement en prison, d’une entrevue et/ou de résultats de tests psychologiques ? Je pense que oui, et le faire avec de meilleurs outils ne soulève pas de question d’éthique (pas de nouvelle, en tout cas)…
      JFC

    • “la plupart de ceux qui avaient montré une forte activité du CCA étaient restés tranquilles, environ 15 % seulement ayant été réarrêtés, mais chez ceux dont le CCA avait une faible activité, près de 60 % avaient été réarrêtés au moins une fois.”

      ===

      Rester tranquille et ne pas se faire prendre ne sont pas synonyme.

      Jean Émard

    • Certains prisonniers vont même jusqu’à cacher de la drogue dans leur ceveau.

    • M.Émard: Vous avez 100% raison lorsque vous insinuez que certains ne se font pas prendre malgré qu’ils aient récidivé.

      Malheureusement, ni la commission des libérations conditionnelles ni les chercheur n’ont pour l’instant trouvé d’outils (légaux) pour identifier les criminels les plus intelligents qui réussissent à tromper le système d’une fois à l’autre. heureusement, ils sont fortement minoritaires.

      On peut par contre écarter du public ceux qui sont moins intelligents, qui commettent des crimes d’opportunité par qu’incapables de ou trop bêtes pour de se contrôler. Il est important de réaliser que la très grande majorité des criminels incarcérés ne sont pas des “cerveaux du crime”. Leurs délits n’ont que très rarement été réalisé suite à un plan bien établi et leur capture a plus souvent qu’autrement été réalisée suite à une enquête relativement courte (comme suivre les traces de pas dans la neige …)

      Bref, si ce test permet d’identifier les moins brillants qui sont incapable de se contrôler, on a quand même un bon pourcentage de la population carcérale …

    • @fassaclack,

      Il faudrait aussi identifier ceux qui n’ont pas intérêt à évoluer à l’intérieur de la légalité. Par exemple
      les membres d’organisations criminelles. La majorité d’entre eux savent se contrôler.

    • Petit détail, l’IRM est aussi un outil qui mesure indirectement l’activité du cerveau.

      Sinon, par rapport à l’article, les auteurs devraient se garder une petite gène en affirmant avoir trouvé une mesure plus sensible que le Go-NoGo. On parle ici d’un seul test pour évaluer l’impulsivité et la récidive, ce qui en clinique ne se produit jamais, l’évaluateur administrant toujours une panoplie de tests pour évaluer une même fonction.

      Enfin, non seulement il y a ceux qui ne sont pas arrêtés, mais il ne faut pas oublier ceux qui pourraient erronément (faux-positifs) être “étiquetés” comme récidivistes probables…

    • Comme l’a déjà mentionné JFC, les cas faussement étiquetés comme récidivistes probables peuvent aussi se produire sans ce test.

      La seule question à se poser est de savoir si nous pouvons arriver à une meilleure évaluation d’un candidat à la libération.

      Tous les tests psychométriques sont basés sur des calculs de probabilités et tentent de classifier les individus en fonction de réponses statistiques. Alors, dire que ce test n’est pas acceptable parce que probabiliste n’est pas un argument valable. Personne non plus ne dit que ce seul test est suffisant. Pour l’heur, ce serait un outil parmi d’autres pour évaluer la probabilité de récidive.

    • Il semble que beaucoup voudrait que l’on dise au libre-arbitre : Oust, du balai !

    • @dcsavard

      Bien sûr. Aucun outil est fiable à 100%. Et c’est la combinaison de plusieurs éléments qui permet de faire un jugement favorable ou défavorable concernant la libération. Toutefois, ce sont les auteurs eux-mêmes qui doutent que les marqueurs biologiques puissent avoir une meilleure sensibilité et spécificité que les tests actuellement utilisés (et qui coûtent beaucoup moins chers).

      Qui plus est, ça dépend de ce que vous entendez par tests psychométriques, mais tout dépendamment de la personne qui l’administre, on obtient beaucoup plus qu’une “probabilité”. Outre les nombreuses informations qualitatives qui peuvent en découler, il y a aussi la manière d’interpréter les résultats quantitatifs. Par exemple ici, dans le cas du Go-NoGo, une absence de commissions n’indique pas nécessairement l’absence d’impulsivité. En fait, une personne peut se “retenir”, ne faisant aucun commission, mais lorsqu’on analyse ces temps de réaction aux réponses, on s’aperçoit qu’ils sont beaucoup plus lents. Mis en relation avec d’autres tests, on peut alors dégager une interprétation globale d’impulsivité…

    • @walt68 En fait, le livre arbitre c’est une illusion.

    • @yvan_dutil,

      Je ne suis pas d’accord avec vous. Si ce n’est pas par bonté, un criminel potentiel peut toujours faire des calculs entre faire de l’argent facilement et rapidement ou rester dans le droit chemin et ramasser une petite fortune au fil du temps.

      Mais j’en conviens, il y a des individus qui ne peuvent même pas se soumettre à une discipline de vie, et le MOI finit toujours par prendre le dessus.

      P.S. Je suis désolé d’avoir dû jouer le Freud des PÔVRRRE…

    • @yvan_dutil
      Une illusion comme les arbitres au hockey qui favorisent tel ou tel club. “C’est toute arrangé” comme disait mon grand-père.

    • @walt68 @gl000001 C’est une illusion dans le sens que votre cerveau obéit aux lois de la physique. Donc, le libre arbitre est soit un processus aléatoire ou déterministe, mais ne peut pas être le produit d’une volonté propre de l’individu.

    • @yvan_dutil
      Nous sommes condamnés à être libre comme disait Sartre. Le processus aléatoire ou déterministe est influencé par la volonté de l’individu. Ce n’est pas tout le monde qui aura la même réaction face à une situation mais une personne aura probablement toujours la même réaction.
      La conscience humaine est basée sur un cerveau physique elle ne semble pas obéir aux lois physiques. C’est une valeur ajouté inquantifiable.

    • @dutil: où tracez-vous la ligne entre l’illusion dont on est responsable et l’illusion dont on n’est pas responsable. Je ne conteste pas votre concept d’illusion quant au libre arbitre, mais il ne faut pas le prendre littéralement, sinon on ne devient responsable de rien.

    • @gl000001 Vous avez tord. À moins de croire à la parapsychologie, le cerveau humain comme tout le reste de l’univers est soumis aux lois de la physique. Par conséquent, on ne peut avoir aucune prise sur lui.

    • @honorable En fait, ceux qui se sont posé la question sont arrivés à la conclusion que le libre arbitre n’existait effectivement pas, mais qu’en pratique cela n’a pas vraiment d’importance. Kant, Vigenstein et Gödel sont arrivés à des conclusions similaires dans d’autres domaines.

      Cependant, il faut être tout aussi conscient que l’on a relativement peu de contrôle sur nos vies et que la chance y joue un TRÈS grand rôle.

    • @dutil: je suis d’accord,mais reste que toutes les sociétés, incluant les plus influencées par la science, admettent qu’il y a de nombreux domaines où nous sommes responsables de nos actions. Je vous relance donc: où tracer la ligne, dans un monde où le libre-abitre n’existe pas, entre les cas où on fait semblant qu’il existe et ceux ou on admet qu’il n’existe pas?

      Je vous répondrais par une analogie avec le mouvement brownien. On serait responsable de tout mouvement qui est de l’ordre de grandeur du mouvement brownien (utilisé au sens figuré pour l’homme, bien sûr), et non responsable de tout mouvement qui le dépasse largement.

      J’admets, évidemment, que je réponds mal à ma propre question puisque je n’ai pas défini l’ordre de grandeur que représente ce mouvement brownien appliqué à l’humain.

      Je dirai que choisir entre manger du brocolli ou une carmilk fait partie de ce mouvement brownien. Ou choisir, seul dans sa chambre d’hôtel, entre l’émission Nova, un film porno, et la Bible du tiroir.

    • @yvan_dutil
      Je n’ai jamais “tord” mais j’ai souvent “tort” ;-)

      Comment les lois physiques expliquent la conscience ?
      Le chaos d’expérience que j’ai vécu et que mon cerveau a subi l’a “formatté” d’une telle façon qu’il répond à des stimulis d’une certaine façon. Et il change tout le temps. C’est le “mouvement” brownien” de Honorable.
      Hors le chaos est régi par les lois physiques pour chacun de ces événements, mais s’appliquent-elles sur l’ensemble infini de ces événements ? C’est la valeur ajoutée ou les propriétés enlevées à ces lois.

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