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  • Jean-François Cliche

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    Mardi 16 avril 2013 | Mise en ligne à 10h50 | Commenter Commentaires (10)

    Pollution au nickel : la preuve contre le Port de Québec est accablante

    On sait maintenant qui saupoudre du nickel sur la basse-ville de Québec : d’après les analyse du ministère de l’Environnement (MDDEP), il s’agit, sans grande surprise, du Port de Québec, qui est le plus important terminal de nickel en Amérique du Nord, et plus particulièrement de l’entreprise Arrimage Québec, qui fait du transbordement de vrac solide.

    Rappelons que les concentrations de nickel mesurées dans l’air, là-bas, étaient de 52 nanogramme par mètres cube (ng/m3) de 2010 à 2012, alors que la norme québécoise est de 12 ng/m3. Le nickel est considéré comme cancérigène ou possiblement cancérigène par la plupart des autorités sanitaires dans le monde. (Pour ceux que cela intéresse, d’ailleurs, notons que le rapport et toutes les données d’analyse d’air sont disponibles ici, sur le site du MDDEP ; beau geste de transparence de sa part.)

    Jusqu’à maintenant, les deux «accusés» se défendaient en disant que la preuve formelle de leur culpabilité n’avait encore jamais été faite, ce qui était vrai, et qu’il y avait d’autres sources possibles de poussières de nickel dans les environs — ce qui était aussi vrai, du moins a priori. Et les deux se gardent encore un petit doute aujourd’hui, disant vouloir analyser les données par eux-mêmes avant d’accepter les conclusions du MDDEP. C’est de bonne guerre, j’imagine, mais à moins de déceler de grosses erreurs dans le travail des fonctionnaires Pierre Walsh et Jean-François Brière, auteurs du rapport, on voit bien mal comment ils pourront s’en sortir cette fois-ci.

    MM. Walsh et Brière se basent en effet sur trois points qui, à mes yeux de profanes à tout le moins, laissent bien peu de doute :

    1) Le nickel échantillonné dans Limoilou, un quartier de la basse-ville de Québec où résident des dizaines de milliers de personnes, se présente «très principalement» sous forme de pentlandite, qui est le minerai — (Ni,Fe)9S8 — que l’on extrait des mines de nickel. La pentlandite étant instable à long terme à l’air libre, les activités minières sont la seule source possible. L’immense majorité du temps, ce sont des oxydes et des sulfates de nickel que l’on trouve dans l’air des villes. Il faut toutefois préciser ici que les fonctionnaires n’ont pas pu me dire précisément quelle proportion du Ni était de la pentlandite.

    Concentrations de nickel dans l'air de Limoilou selon le nombre d'heures dans une journée où les vents proviennent du Port de Québec. (Image : MDDEP)

    Concentrations de nickel dans l'air de Limoilou selon le nombre d'heures dans une journée où les vents proviennent du Port de Québec. (Image : MDDEP)

    2) La direction des vents a une forte incidence sur les concentrations de nickel mesurées. Le graphique ci-contre montre, dans deux stations d’échantillonnage du quartier Limoilou, la relation entre les quantités de nickel (en ordonnées) et le nombre d’heures dans une journée où le vent provient du port (abscisses). Et le résultat, on le voit, est on ne peut plus clair : quand le vent ne vient pas du tout du port (0 heure/jour, barre de gauche), on trouve 12 à 15 ng/m3 de nickel, contre 77 à 202 ng/m3 quand le vent souffle dans la «bonne» direction la majorité du temps (barre de droite).

    3) Le nickel prélevé a une sorte de «signature chimique», c’est-à-dire que le ratio nickel-cobalt est remarquablement constant dans tous les échantillons, à environ 25:1, ce qui suggère fortement une source unique.

    Ajoutons à tout cela que les échantillons de poussière contenaient aussi de la chalcopyrite (CuFeS2), qui est un minerai de cuivre que l’on extrait des mêmes mines d’où provient la pentlandite qui transite par Québec.

    Alors, férus de science : voyez-vous dans tout cela une échappatoire, un défaut dans la preuve qui pourrait l’affaiblir au point où l’on pourrait sérieusement douter de la responsabilité du port et d’Arrimage Québec ?


    • S’ils s’obstinent à nier, ils peuvent toujours faire une analyse par activation nucléaire aux neutrons et obtenir la signature des éléments à l’état de trace dans les échantillons et les sources. Mais, à ce stade-ci, ça ne serait que pour gagner du temps.

    • Quelle gestion de crise merdique de la part du port! Une super étude de cas pour le MBA!

      Pourtant comment comprendre ce genre d’ attitude quasi cléricale originant du temps ou “les droits de l’homme viennent directement des droits de Rome”.. époque qu’on croyait pourtant révolu….

      En ordre le dix commandement de la négation corporative ::

      1 Nier

      2 Jouer les vierges offencsées

      3 Discréditer ceux qui cherchent

      4 Pointer des coupables potentiels

      5 Minimiser et banaliser les conséquences

      6 Tente de prouver que c’est faux ( presse, visites)

      7 Faire semblant de collaborer pour ganger du temps

      8 Il ne manque plus que l’argumentaire final de mitigation : «finalement c’est pas si grave que ça , y a pas de quoi fouetter un chat …» et probablement que c’est ce qu’on va nous servir!

      9 Pour boucler la boucle on y ajoute l’habituel chantage économique et la menace en cas de récidive :
      «Ben on va déménager pis vous allez perdre des emplois…»

      10 mais on ose rarement le dernier: Ppour être sur de bien discréditer ceux qui chialent inutilement on crie au socialistes aux activistes ou en hissant d’une coche le degré de mépris aux pôvres BS en mal d’attention…

      Toutes les étapes classiques de la BÊTISE CORPORATIVE y sont passées!
      Mais lorsque le voile tombe et qu’on a si mal géré une telle crise…. il devient alors beaucoup plus difficile de rester crédible. On a pris soin de bien creuser le précipice et il sera encore plus difficile de ne pas continuer de s’y enfoncer et d’en sortir .

      TRouvez vous pas que Ça ressemble beaucoup à la théorie des enveloppes brunes …

      1 Non on jamais reçu d’enveloppes brunes!
      2 Pis a part de ça les enveloppes y étaient même pas brunes!
      3 Pis en plus y avait même pas de billets de 100 $ dedans…
      4 En plus on les donnait toutes à chose….nous on a jamais rien eu …

      Ben Oui chose : c’est tellement crédible !

      Comment pensaient –t-il s’en sortie en tentant la manœuvre désespérée de rendre les autres responsable ou encore d’inventer un élément environnemental inconnu aussi pratique pour appuyer un mensonge que la bienveillante «main invisible» des économistes anglais qui régulerait le marché libre, ou «La fameuse Conjoncture économique» un bouc émissaire choyé des politiciens irresponsables.

      Le scénario suivi est celui classique et trop bête du conflit qui se résume comme l’analyse des droits du couple “infernal” privé/public, qu’on présente top souvent comme totalement incompatible et pourtant l’un ne va pas sans l’autre…

      Un citoyen corporatif est un citoyen comme les autre mais avec juste souvent plus de moyens .

      Alors qu’ en gestion de crise efficacement, a moins d’être sur a 100 % de son innocence, il est nettement beaucoup efficace de simplement :

      1 Admettre rapidement les faits.,
      2 S’excuser humblement et de manière crédible.
      3 Collaborer à corriger le problème rapidement si c’est possible.
      4 Anticiper en terme de prévention et prendre l’initiative pour l’avenir en rassurant sur sa capacité à se comporter en bon citoyen corporatif.

      Exactement ce qu’a fait la banque Royale quand il se sont fait prendre les culottes baissées. Ça ne les excuse pas mais au moins il démontré qu’il pouvaient compter au CA sur bon gestionnaires efficace et ça pour une banque …..

      De toute urgence un nouveau directeur des com….poste à pourvoir au port de Québec!

    • En ce qui me concerne – à partir du moment où la preuve est faite que le nickel se promène sous forme de pentlandite accompagnée de trace de chalcopyrite, et qui plus avec avec un ratio Ni:Co à peu près constant, c’est pas mal réglé. La source est caractérisée et correspond à un seul site possible. Demander plus sortirait des limites de ce qui constitue un doute raisonnable, n’en déplaise à Arrimage Québec. À la limite, on pourrait demander des raffinements additionnels quant à savoir si les poussières proviennent du minerai de Raglan ou de Voisey Bay, mais je ne sais pas si cette discrimination est possible. Peut-être avec les isotopes du souffre, et encore (je me sens trop paresseux pour vérifier les signatures déjà publiées de ces deux gisements: çà pourrait se ressembler pas mal).

      La vraie question maintenant reste quelles mesures de mitigation propose le port? En attendant les preuves ils ont réussi à acheter du temps; espérons qu’ils l’ont utilisé pour être proactifs quant aux suites à donner lesquelles devront être bien autre chose que du simple monitoring…

    • .
      Si j’ai bien compris, le MDDEP ou Environnement Canada suivait le dossier depuis un certain temps !
      Les activités de transbordement au port sont soumises aux exigences de la Loi Canadienne d’évaluation environnementale depuis la création de l’autorité portuaire.
      Un autre client du port (IMTT) a aussi eu des démêlés avec le MDDEP
      http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/environnement/201112/14/01-4477987-des-reservoirs-construits-en-2007-etudies-par-le-bape-en-2012.php
      http://www.vigilanceportdequebec.com/2012/10/16/le-ministre-de-lenvironnement-contraint-de-retirer-le-mandat-confie-au-bape/
      Tout le dossier du transbordement de vrac peut-être relié à un éventuel expansion des quais dans la Baie de Beauport …. un dossier qui soulève de la controverse.

      J’ai l’impression que les enjeux sont nombreux et peuvent devenir embarrassant pour plusieurs intervenants/investisseurs !
      Ceci rend bien du monde frileux et précautionneux et avant de faire des affirmations ou d’agir, ça prend des études de différentes natures !

    • Petit bémol, l’analyse de la direction du vent laisse à désirer du point de vue méthodologique. Il aurait été plus parlant d’empiler les concentrations observées chaque jour podéreée en fonction de direction du vent pendant la journée. De cette façon, aucune donnée auraient été négligées et on aurait eu un beau graphe pointant vers le port. Avec deux sites aurait pû trianguler.

      Pour ce qui de la preuve, il me semble que l’on pourrait partir du bon pieds avec un binoculaire et des échantillons des sources potentielles.

    • Évidement, la facture sera refilée aux contribuables et Arrimage va s’en laver les mains. Misère…

      Sylvain Pelletier

    • Nous avions aussi fait le lien avec les vents, différemment en essayant de trianguler. Le résultat est assez concluant voir http://www.vigilanceportdequebec.com/wp-content/uploads/2012/12/RapportProvenanceNickel_VigilancePortdeQu%C3%A9bec.pdf

      et démontre aussi qu’on devrait documenter la problématique pour l’ensemble des territoires autour des installations portuaires avec à tout le moins une modélisation du panache digne de ce nom.

      C’est néanmoins une victoire douce-amère, le vrai travail commence maintenant. À tous les citoyens de notre communauté, mobilisez-vous et exigez des comptes!

      Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec

    • Avoir le temps, je ferais une carte de concentration des sources possibles, mais je n’ai pas le temps en ce moment. Ce ne serait pas très difficile, mais juste formater les données correctement prend pas mal de temps.

    • C’est ce que j’avais suggéré de regarder il y a 2 semaines. Ce n’est donc pas du nickel, mais bien de la pentlandite qui est un minéral(sulfure de nickel et fer ). Et c’est ce minéral qu’on exploite à Raglan et Voisey’s Bay. C’est important de faire la différence. C’est comme si on disait qu’on vient de trouver plein d’hydrogène dans le fleuve St-Laurent et que cet hydrogène se présente sous forme d’eau (H2O)!!!! C’est de l’eau qu’il y a dans le fleuve, pas de l’hydrogène comme c’est de la pentlandite qu’il y a dans le port, pas du nickel. Le nickel, il sort de la fonderie de Sudbury, là où on l’a séparé du fer (Fe) et du souffre(S). Quant à l’affirmation que vous faites à l’effet que le nickel est cancérigène, je me demande alors pourquoi le MDDEP ne recommande pas aux citoyens de se débarrasser de leurs casserolles et de leurs ustensiles qui contiennent beaucoup de nickel!!!!!! C’est d’ailleurs ce même MDDEP qui affirme que le cuivre est un métal lourd dangereux, mais qui continue de permettre l’installation de tuyaux et de cuivre dans les maisons?????? De plus, si le nickel et le cuivre sont si dangereux, comment font les citoyens de Sudbury ou de Rouyn-Noranda pour survivre???

    • @ jpthoma1

      “De plus, si le nickel et le cuivre sont si dangereux, comment font les citoyens de Sudbury ou de Rouyn-Noranda pour survivre???”

      Les préoccupations sanitaires ont effectivement opéré dans ces 2 camps miniers. Au début, les émissions acides et les métaux lourds ont effectivement eu un impact très lourd sur l’environnement local, tant et tellement que les astronautes d’Apollo allaient s’y entrainer pour se familiarisert avec un paysage lunaire (voir: http://en.wikipedia.org/wiki/Greater_Sudbury#Geography). Éventuellement, les compagnies impliquées ont choisi d’investir dans la qualité de vie de leurs employés en bâtissant les titanesques cheminées qui ornent aujourd’hui le bati industriel de ces villes. Ces cheminées ont permi d’assainir l’air local, mais au prix de rejeter les métaux lours et l’acide plus loin. Depuis, le temps a fait son oeuvre et Sudbury et Rouyn sont redevenues des villes verdoyantes.

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