Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Jeudi 7 mars 2013 | Mise en ligne à 11h17 | Commenter Commentaires (35)

    Y a-t-il une «guerre» de la gauche contre la science ?

    Le débat couve dans le web anglophone depuis quelques semaines : la gauche est-elle aussi anti-science que l’est une partie (relativement grande) de la droite ? L’est-elle plus ? Un peu moins ? Pas du tout ?

    La question a été lancée dans le magazine Scientific American par le chroniqueur Michael Shermer, fondateur de la Skeptics Society, en Californie, et (détail important, ici) libertarien affirmé. Son texte, «The Liberal’s War on Science», s’appuie essentiellement sur deux arguments. Le premier fait valoir qu’il y a plus de gauchistes qu’on le croit qui partagent avec les conservateurs purs et durs des opinions témoignant d’une fermeture complète à l’égard de la science. Ainsi, un sondage récent a montré qu’aux États-Unis, pas moins de 41 % des partisans démocrates croient que l’espèce humaine a été créée par Dieu il y a moins de 10 000 ans. La proportion est moindre que celle que l’on observe chez les républicains (58 %), mais pour dire les choses poliment, ça fait quand même un sacré paquet de liberals créationnistes.

    Le second argument de Shermer consiste à dire que la principale différence entre les sentiments antiscience de la gauche et de la droite n’en est pas une d’intensité, mais plutôt d’objet. À chacun ses dadas, quoi : autant la droite se montre butée sur des questions de pureté des mœurs sexuelles, autant la gauche élève au rang de religion la pureté de la nature et des aliments. D’où, écrit Shermer, une fixation sur les OGM et la diabolisation de Monsanto, notamment.

    Le problème, selon lui, résiderait principalement dans les extrêmes, les modérés de chaque camp montrant dans les sondages une ouverture similaire à l’égard de la science, bien que leur attitude change selon le thème abordé.

    Il n’en fallait pas plus pour démarrer une bonne vieille controverse — et pour tout dire, il suffit généralement de pas mal moins que ça. Parmi les diverses répliques et contre-répliques, notons celle de Chris Mooney, auteur du livre à succès The Republican War on Science et publiée il y a quelques jours sur le site du magazine (de gauche) Mother Jones.

    Mooney concède que certains gauchistes ont effectivement une attitude anti-science, notamment sur les OGM et les vaccins, mais il affirme que ce n’est là qu’une frange relativement marginale de la gauche. Malgré l’existence de celle-ci, écrit-il, il demeure significatif que les climatosceptiques et les créationnistes sont systématiquement plus nombreux à droite qu’à gauche, et que les conservateurs montrent d’une étude à l’autre toujours une plus grande méfiance que les liberals.

    En outre, poursuit Mooney, on observerait pas à gauche le même monolithisme contre certaines données scientifiques que l’on note à droite. L’administration Obama se montre plutôt en faveur de l’énergie nucléaire, par exemple, malgré le fait que l’atome n’a vraiment pas la cote chez les progressistes.

    Vous me direz ce que vous pensez de tout cela, mais pour le bien de la conversation, je dirai que je me range ici plutôt du côté de Mooney, à quelques (importantes) nuances près. D’abord, il est tout à fait pertinent de noter que l’on est ici dans une question de «plus que / moins que», où il est inutile de penser en termes absolus, comme le fait Shermer jusqu’à un certain point. Le fait que les conservateurs sont systématiquement, en moyenne, plus créationnistes et plus méfiants à l’égard de la science que les gauchistes est une donnée hautement pertinente qu’on ne peut pas ignorer. De ce point de vue, donc, la droite est bel et bien plus antiscience que la gauche.

    Cela dit, il est tout aussi indubitable que cette dernière a ses lubies bien à elles, et je crois que Mooney s’égare quand il affirme qu’«il n’y a pas, présentement, de dossier où la gauche renie monolithiquement la science de base». Je ne vois franchement pas vraiment de débat sur les OGM à gauche du spectre politique, et à part dans des pays qui ne peuvent se passer du nucléaire (et dont les gouvernements, comme celui d’Obama, sont contraints à un minimum de pragmatisme), le procès du nucléaire me semble pas mal terminé dans cette famille politique.

    Et puis si la méfiance est effectivement plus grande à droite, cela pourrait peut-être s’expliquer en bonne partie par une simple question de timing historique. J’insiste sur le conditionnel, ici, car il s’agit d’une hypothèse de journaliste, et l’on sait tous ce que cela vaut, mais je m’explique… Dans une étude parue l’an dernier et dont je vous parlais ici, le sociologue américain Gordon Gauchat montrait que la confiance à l’égard de la science était, dans les années 70, égale chez les conservateurs et les liberals (autour de 50 %), mais qu’elle avait nettement diminué chez les premiers (37 % en 2010) alors qu’elle s’est maintenue chez les seconds. Cette tendance s’expliquerait par l’apparition, il y a quelque 40 ou 50 ans, d’une «science régulatrice» — notamment en environnement et en sécurité des aliments — qui est intimement liée à l’État, dont la droite se méfie.

    Or à gauche, ce sont les entreprises privées qui sont vues comme des créatures plus ou moins malfaisantes qu’il ne faut jamais laisser sans bride. Et est-ce qu’on ne voit pas apparaître essentiellement le même genre de «méfiance par association» à gauche, avec la montée (et la prise de conscience collective) de ce qu’on appelle maintenant l’économie du savoir ? Un excellent de ce phénomène, en présumant qu’il existe, se trouverait d’ailleurs tout près de nous, dans l’Association science et bien commun, fondée en 2011, pour exercer à l’égard de la science une «vigilance» qui serait rendue nécessaire par l’économie du savoir. Allez voir sur ce site : la science y est clairement, d’abord et avant tout, un objet de méfiance.

    En outre, quand les progressistes ont du mal à accepter des données scientifiques, ils invoquent systématiquement l’influence occulte d’une industrie — Big Pharma, Big Food, etc. — sur la science, les fonctionnaires, etc. Bref, le même genre de conspirationnisme et de connivences imaginées que ce que l’on considérait traditionnellement comme des caractéristiques de la droite.

    Ainsi, si ma futurologie (car c’est ce que c’est) s’avère vraie, on pourrait assister à un déclin de la confiance de la gauche envers la science du même genre que celui qui affecte maintenant la droite. Qu’en dites-vous ?


    • Elle existe, puisque plus ton discours est polarisé, moins il n’y a d’espace pour les propos nuancés et mesurés qui sont l’appanage de la science. Mais comme vous dites la méfiance face a la science est beaucoup plus prononcé du coté de la droite. Probablement en partie comme vous dite car la droite se méfie de l’état. J’ajouterais que la méfiance envers l’éducation publique et l’ingérance de l’état dans l’éducation vient nuire a l’acceptation des idées scientifiques. Mais les 2 cotés ont leur extremistes, autant ceux qui bombe les cliniques d’avortements que ceux qui assassinent des physiciens nucléaires.

    • Très bon texte M. Cliche, rigoureux et objectif.

      Oui il y a une guerre de la gauche, comme de la droite, mais elle porte sur d’autres objets comme vous le mentionnez si bien. Si les créationnistes sont plus nombreux à droite, le débat sur les changements climatiques fait aussi paraître les conservateus comme anti-science, alors qu’un scepticisme sain face au catastrophisme climatique est raisonnable. Réchauffement oui, mais catastrophisme non. Cette nuance pourtant importante est une hérésie pour la gauche.

    • Oui, elle existe et elle possède exactement les mêmes structures mentales qu’à droite. Prenez un débat avec un climatosceptique et vous pouvez quasiment remplacer les mots «changements climatiques» par OGM, nucléaire, vaccins, «champs électromagnétique» et vous allez avoir le discours d’opposant dans l’autre domaine.

      Rien à voir avec le niveau d’éducation ou le niveau de connaissances scientifiques. Les profs d’universités ne pensant pas différemment.

    • Je crois que votre hypothèse de journaliste tient très bien la route. Au fur et à mesure que je lisais c’est exactement l’hypothèse que je me faisais aussi.

      Je pense que le portrait est peut-être différent un peu ici au Québec. Les mouvements de protestation sont normalement issus de la gauche et ont un impact médiatique. Alors, je ne serais pas trop surpris si les chiffres étaient inversés concernant le scepticisme envers la science. La plus large partie de la science au Québec est une affaire d’Etat et pourtant nous voyons assez rarement des conservateurs monter aux barricades. Par contre, dès que quelque chose est issu d’une entreprise privée, la levée de boucliers est pratiquement instantanée.

    • Il y a définitivement une guerre de la gauche contre la science, on peut le voir facilement avec le PQ qui ne compte aucun scientifique dans ses rangs qui a donc délégué Pierre Duchesne comme ministre des sciences, un homme qui n’a pas de formation scientifique et qui n’a fait que couper dans la recherche scientifique. Et comme on l’a vu les universitaires en sciences pures ne se sont pas joints (ou tres peu) au mouvement de greve étudiante organisé par la gauche. Sans compter l’attitude répandue chez des gens très à gauche comme par exemple Pierre Foglia qui sont horrifiés par les gens qui n’ont pas de connaissances en littérature, mais qui avouent candidement n’avoir aucune connaissances en sciences, un dédain répandu qui ne semble pas provoquer aucune honte. Les scientifiques n’ont rien en commun avec les gens très à gauche ou très à droite.

    • Il est très difficile de voir la science d’une manière pure et non biaisée par nos valeurs et notre culture même pour des scientifiques purs et dur si on tente de faire la part des choses il est difficile de se désincarner complètement et d’ignorer la société dans lequel on vit et une grande partie de cette dernière ne s’intéresse que très peu à la science perçu comme un charabia difficile a comprendre. On constate que le préjugé et la bêtise sont probablement assez normalement bien distribués dans la population en général indépendamment des opinions politiques.

      Le conte de fée est toujours aussi présent dans notre éducation moins religieuse mais dont les fondements sont essentiellement les mêmes et ces valeurs sont toujours transmises de la même manière à nos enfants par les médias ou notre imaginaire filmographique encore aujourd’hui … Et certains mouvements gauchistes sont tout autant basé sur une fabulation que sur des données réelles, il n’y a qu’a lire les opinions sur le gluten les OGM et l’argumentaire de certains groupes écolo qui tappent autant sur les nerfs que la droite créationiste pure et dure .

      Dans une vie trop complexe la plupart des gens ont envie de simplifier et retrouvent la paix de l’esprit en retournant en arrière dans des dualités simplistes ou l’Humain se contente de se faire materner ce temps ou un être suprême bon de couleur pale et floue et le Diable était plutôt noir contrasté et poilu qu’il était pratique et simple pour tout expliquer et de tenir pour responsable de tous nos malheur Ces dualités invisibles contribuaient évidemment à faire en sorte de ne pas se sentir responsable des malheur qui nous tombe dessus, qui est en soi finalement plutôt pratique, avouons le, mais qui relève du pur déni de responsabilité une des caractéristique première du Grand Complot, retenons nous on pourrait écrire 50 pages la dessus ! .

      A force de vivre dans un monde imaginaire ou les Chevaliers modernes sont invulnérables et combattent des complots imaginaires en vient–t-on à confondre la réalité avec le monde médiatique. L’esprit chevaleresque si souvent répété existe-t-il vraiment ou est –t-il un résidu de comte de fée du moyen âge qui refuse de vieillir… Pourtant du pur point de vue Historique , rien a voir avec la science , la vérité c’est que les vrais chevaliers ne se battaient pas vraiment en duel mais plutôt en gang et parfois plutôt que de défendre la ‘’gente dame’’ avec qui le mariage arrangé était parfois platonique il se tapaient quelques bergères dociles pour calmer ses ardeurs coupables.. mais comme pour le conte de fée le temps a si bien embelli les choses, et comme tous les histoires de chevalier pour qu’il y ait un bon chevalier Blanc il faut qu’il combatte un méchant le chevalier Noir , celui qui dans le futur passera du coté obscur de ‘’la force’’…

      Juste pour le plaisir examinons le Code de chevalerie version moyen âge :

      Le Chevalier défend les valeurs qui fond l’honneur du genre humain.
      Le Chevalier tient pour sacré non seulement sa vie corporelle, mais celle de l’âme et de l’esprit.
      Le Chevalier maintient la tradition de ses pères.
      Le Chevalier combat pour la justice, l’ordre chrétien et la paix.
      Le Chevalier est obéissant, mais à la condition que rien ni personne n’entache l’honneur d’un être libre.
      Le Chevalier honore et protège les pauvres, les faibles, les déshérités.
      Le Chevalier est le serviteur de toute créature souffrante, le défenseur de tout opprimé.
      Le Chevalier n’attend ni avantage matériel, ni honneur social des causes qu’il sert librement.
      Le Chevalier méprise l’argent et les puissances de ce monde.
      Le Chevalier est humble, magnanime et loyal.

      ET relisez le maintenant en y voyant , un Batman, Zoro , Roky, James , le Terminator, ou même un Chevalier Jedi ou encore n’importe quel super héro de film, ou encore de la pire des légendes celle du Politiciens Honnête et du Pape écologiste plus vert que vert et sans reproche….. et qu’il soit actuel ou futuriste le ‘’code du Chevalier’’ refuse d’évoluer et n’a presque pas varié… normal puisqu’il n’est pas réel, c’est une fable moraliste …mais qu’on aime bien perpétuer et se raconter ..…Et ne me dites pas qu’il vient de la science !

      Il n’y a rien de scientifique dans l’imaginaire qui nous entoure ….mais il est extrêmement présent à chaque moment via les médias qui occupent une très grande part de notre vécu. Et il est probablement difficile de démêler nous influences inconscientes de nos opinions politiques.

    • En fait, la gauche a le monopole de la vérité et a évidemment toujours raison. Tant mieux si la science les conforte dans leur opinion, mais dans le cas contraire, ils n’hésiteront pas à mentionner de fausses études, de faux résultats scientifiques ou mentir totalement pour démontrer leur supériorité (wickipedia regorge de telles faussetée). Certains groupes écolos gauchistes créent même des sites web dont le contenu “scientifique” est totalement fictif. Mais on s’y habitue. Par contre on ne peut pas en dire autant de certains médias qui croient toutes les vérités scientifiques que la gauche affirme, sans rien remettre en question.

    • Je suis méfiant devant les extrêmes… extrême gauche ou droite, combat différent certes, mais définitivement un aveuglement par des doctrines strictes.

    • @adpi Effectivement, la culture scientifiques et technique est beaucoup plus vaste que la culture littéraire, musicale ou artistique. L’inculture y est donc proportionnellement plus grande.

      Ce qui m’écœure cependant c’est quand les littéraires se vantent de leur inculture scientifique. De même, je trouve incroyable que l’on ne voit pas systématiquement des philosophes suivants des cours de l’autre coté du campus afin d’être capable de «penser le monde» avec des informations adéquates.

    • Il y a plusieurs fausses équivalences dans les propos que vous rapportez de Schemer et Mooney, ainsi que dans les vôtres.

      Je me contenterai de souligner le plus important:

      - Être méfiant par rapport à l’application industrielle ou agricole d’un savoir (OGM = brevetage/appropriation par des intérêt privé du vivant) n’est absolument pas la même chose que de renier l’existence de ce savoir (Darwin; changements climatiques).

      Autre exemple pour illustrer mon propos: une bonne partie des gens de gauche ne sont pas contre le nucléaire parce qu’ils nient le fait que cela pourrait réduire les gaz à effet de serres ou augmenter l’indépendence énergétique de leur pays (cela irait à l’encontre de l’état actuel de la science). Ils sont contre, car ils craignent les catastrophes de types Fukoshima/Tchernobyl ou en raison des déchets nucléaires. Il n’y a rien d’anti-science à avoir ce genre d’inquiétudes!

      Ce genre de nuances est très peu présentes lorsqu’il est question de la théorie de la sélection naturelle ou des changements climatiques.

      Il y a bien quelques commentateurs de droit qui reconnaissent que l’état de la science sur changements climatiques (causés par l’homme), tout en affirmant qu’on ne devrait pas s’en occuper pour tel ou tel raison économique. Par contre ce sont clairement des exceptions.

      Quand des militants persistent à croire que les OGM sont poisons en dépit d’un consensus scientifique sur le contraire, ou quand d’autres (ou les mêmes) s’obstinent à voir un danger dans le fait de vivre proche d’une centrale nucléaire alors que cela contredit à peu près toutes les données, ou encore quand d’autres ou les mêmes continuent à agiter le spectre d’un soi-disant électrosmog en dépit de l’avis d’une écrasante majorité d’experts, alors oui, ils «renient l’existence» d’un savoir, pour reprendre votre termes. Pas de fausse équivalence là-dedans.
      JFC

    • humm. attention aux généralisations. On parle justement de sciences ici, on ne peut pas juste lancer des données et des opinions en l’air.

      Faut pas oublier un truc. Si, aux USA, 50 % des républicains et 50 % démocrates se méfient de la science, peu importe la raison, c’est donc que dans les deux cas, il y en a aussi 50 % qui ne s’en méfient pas..

      Sans aller dans les détails des calculs, c’est à peu près, donc, 50 % de la population, ou 150 millions de personnes, qui ne se méfient pas de la science, gauche et droite confondues. Faut dire que dans un système qui n’a deux partis, les extrêmes et les modérés sont tous mélangés. Mais les démocrates ne sont pas tous des communistes et les républicans ne sont pas tous dans le Tea Party

      Je sais que mes chiffres sont au mieux approximatif, mais tout de même.

      @adpi 12h01
      Le PQ est à gauche et il coupe en sciences. Les conservateurs fédéraux sont à droite et ils coupent en sciences. Ce n’est pas propre à la gauche de couper en sciences, on est dans un contexte de coupures, dans tous les domaines
      Ceci dit, je suis bien d’accord avec toi “Les scientifiques n’ont rien en commun avec les gens très à gauche ou très à droite.”

    • Dans la filmographie hollywoodienne « bang, bang, pow, pow », le personnage qui meurent le plus souvent dans les explosions de toutes sortes, ou avalé par le monstre qu’il avait lui-même créé, c’est le scientifique. Et, le plus souvent, le message est : « Ben bon pour lui ! », il l’avait mérité.

    • @unspoken_request

      J’ai aimé votre commentaire jusqu’à ce que j’arrive au dernier paragraphe.
      De soulever des nuances, c’est intéressant

      De sous-entendre que seuls la gauche est capable de nuances…. pas fort

    • @yvan_dutil, adpi : pour avoir eu la chance d’étudier dans des facultés de science, la fierté de ceux qui sont dans le domaine de ne pas s’intéresser aux lettres, à la philosophie, à l’éthique ou autre “sciences molles” est tout aussi forte. La seule différence est qu’ils ont en général moins accès à des tribunes leur laissant la chance de faire entendre leur fierté d’être ignorant. Personne ne devrait être fier d’être ignorant, peu importe le sujet.

      Pour le reste, j’ai l’impression que tout le monde répond à la question en généralisant ses propres perceptions. Je suis à droite, je suis pro-science, ergo la gauche est anti-science (le syllogisme sur le PQ ou sur les votes de grèves des facultés de science… passons). Ou encore : je suis à gauche, je suis capable de discernement et de nuance, ergo la gauche est bien plus capable de faire des nuances.

      De toute façon, au final, la gauche et la droite sont des boîtes qui rassemblent plusieurs courants de pensée fondamentalement très différents, et de tenter de déterminer laquelle des boîtes est plus ci ou plus ça me semble être un exercice qui ne mène pas à grand chose, si ce n’est que d’encourager la polarisation des opinions qui est par les temps qui courent beaucoup trop présente. Si on commence à parler des différents sous-groupes, déjà on pose une meilleure question qui risque éventuellement de fournir une meilleure réponse au-delà de clichés un peu grossier (la droite n’aime pas la science parce que c’est l’État, la gauche n’aime pas la science parce que c’est des entreprises).

    • @jufau,

      Affirmation totalement gratuite. C’est certain que durant les années d’études concentrées sur les sciences pures, l’intérêt peut manquer, mais les étudiants ont tout le reste de leur vies pour se rattraper. D’autant plus, que le CEGEP offre le double dec sciences pures et lettres.

    • @jufau Je connais pas plus de scientifiques qui s’intéresse au théatre, à la littérature, à l’histoire que de gens qui font le chemin inverse. Mon expérience personnelle est que l’on a affaire à une diode. Les scientifiques sont moins intéressé par les disciplines de l’autre coté de la rue, mais ne les rejettent pas nécessairement du revers de la main. Le test le plus simple est de regarder les titres dans les bibliothèques personnelles respectives. Une indice sûr de ce qui intéresse une personne.

    • Oups, au lieu de « Je connais pas plus de scientifiques » Il fallait lire «pas mal plus»

    • @JFC

      Comme vous le dites, pourquoi alors qu’en dépit d’un consensus scientifique, on s’obstine à ne pas vouloir étiqueter les OGM? Que ce sont les grandes entreprises qui en profitent qui ont financées la campagne du “non” (pour l’étiquetage) en Californie?

    • Et si ce n’était pas plutôt le niveau d’éducation qui prédisait la confiance envers la science, comme l’article de Gauchat le laisse entendre : “Findings for demographic characteristics,reported in Model 1, are largely consistent with previous research. Education is associated with greater trust in science, and church attendance predicts lower levels of trust”

    • @yvan_dutil,

      Il faut mentionner que les artistes peintres peuvent être considérés comme étant les premiers chimistes de l’Humanité. En se servant d’eau comme liant, les artistes du Paléolithique savaient utiliser les terres minérales pour peindre.

      Bref, l’art et la science ne sont pas séparés par des cloisons étanches.

    • @ouate de phoque
      «Je suis méfiant devant les extrêmes… extrême gauche ou droite»

      Je me méfie encore plus de l’extrême centre qui n’ose même plus exprimer une opinion de peur de déplaire , vive une bonne vieille dérape sincère et bien sentie de droite ou de gauche, le débat qui en découle est dix fois plus vivant et intéressant …

      Mais même si la science est critiquée il faudrait surtout ne pas victimiser la science comme si elle était désincarnée et tomber dans une nouvelle dualité simpliste du genre :

      Le code de la pureté du Vrai scientifique ( vêtu d’un sarrau blanc) :

      Le Vrai scientifique défend les valeurs fondamentales de la connaissance humaine.
      Le Vrai scientifique tient pour incontournable non seulement la vie corporelle, mais surtout celle de l’esprit.
      Le Vrai scientifique maintient la tradition de ses pères, des publications sérieuses et de ses mentors.
      Le Vrai scientifique combat POUR la justice, le Diplôme et les publications ( avec comité de lecture !),
      Le Vrai scientifique est résilient, mais à la condition que rien n’entache son droit de publier.
      Le Vrai scientifique protège les pauvres (comme lui !) et ses étudiants gradués.
      Le Vrai scientifique est au service de la science et de la connaissance, de la vérité et est le défenseur de tout opprimé.
      Le Vrai scientifique n’attend pas d’avantage matériel de son labeur, sauf l’espoir d’un Nobel de temps en temps, ou d’une chaire de recherche .
      Le Vrai scientifique méprise l’argent, le mensonge et les puissances de ce monde à qui il est forcé de céder ses droits.
      Le Vrai scientifique est Humble ; il cite ses sources, Magnanime ; rend hommage à ses collaborateur et Loyal ; à son institution et ses bailleurs de fonds.

      Mais si il a le malheur de gouter au côté obscur de la Science le savant fou en voiture sport noire :

      Le Savant fou se moque des valeurs qui fondent le code d’honneur des humains ordinaires .
      Le Savant fou n’hésite pas à risquer non seulement sa vie corporelle, mais celle de l’âme et de l’esprit.
      Le Savant fou va à l’encontre de la tradition de ses pères, il doit innover à tout prix.
      Le Savant fou enfreint la justice, déforme les faits et publie des faussetés, pour atteindre son but .
      Le Savant fou ne laisse personne entacher son honneur et argumente au nom de son droit de parole.
      Le Savant fou abuse des pauvres, des faibles, des dépendants, des peureux et des croyants .
      Le Savant fou se débarrasse toute créature inutile, et manipule les tarés et les faibles à ses fins.
      Le Savant fou convoite les avantages matériels, l’honneur social, et y fait étalage de ses diplômes.
      Le Savant fou accumule l’argent, les enveloppes brunes et fréquente les puissances de ce monde.
      Le Savant fou est vantard, s’approprie sans gêne le travail des autres, égocentriste et déloyal.

      Dans le vrai monde comme il faut être un peu fou pour rester en science on trouve une peu des deux comme Dr Jeckyll et M Hide !

    • @walt68,

      exact, nous pouvons aussi retrouver des disciplines scientifiques étroitement liées à la création artistique. Les mathématiques et la physique entre autres choses dans les oeuvres architecturales, les peintures, la sculpture. C’est même parfois sous l’impulsion d’un désir de création artistique que la science vient à la rescousse. Et pour ne nommer que le plus célèbre des artistes-scientifiques: Léonard Da Vinci.

    • La science est faite par des hommes qui ont appris a utiliser la méthode scientifique.

      Certains font preuve d’arrogance en critiquant régulièrement les sciences dites molles qui sont aussi nécessaires. On a beau maitriser les sciences dites dures dans une société mais si on a aucune connaissance sur les relations dans la société et si on fait beaucoup de raccourcis en ne citant toujours qu’une des deux lois du marché, on se comporte comme beaucoup de gens qui ne font pas preuve de nuance et surtout de doute et qui fonctionne aux préjugés.

      D’autres sont malhonnêtes et font des fraudes. Ou font des études complaisantes envers ceux qui les finances.

      Ils est normal qu’on ait des doutes non sur la science mais sur les gens qui la font.

      Un autre aspect de la réalité, est que des gens ont des formations tellement pointus qu’en dehors de leur spécialité, leur opinions ne vaut pas grand chose. J’ai le souvenir d’un biologiste avec qui j’ai travaillé qui était fier de dire que la seule chose qui le préoccupait dans la vie était la biologie et qu’il se foutait du reste.

      Ce qui est positif c’est qu’il y ait des critiques des gens de gauche et de droite, cela pourrait et j’insiste sur le pourrait indiquer que la science n’est pas biaisée à gauche ou à droite.

    • @walt68 Honnêtement, je ne pense pas que ce qui s’est passé au néolithique n’est guère pertinent dans la discussion actuelle. Ceci dit la séparation entre la science et la culture classique c’est un phénomène récent. Il y a 250 ans, être un intellectuel, cela voulait dire aussi dire connaître les mathématiques, la physique et la biologie. Cela faisait partie du curriculum normal. On le voit très bien dans la pensée de Condorcet par exemple.

      Déjà au temps de Newton, la séparation a commencé entre la science et la philosophie. C’est d’ailleurs un reproche que l’on faisait à Newton. Puis, à mesure des progrès scientifiques, l’écart s’est accru et depuis la seconde guerre mondiale, la séparation est quasiment complète.

      Selon moi, la dernière contribution significative d’un littéraire à la science date de 1848 alors qu’Edgard Allan Poe a proposé une explication au paradoxe d’Olbers.

    • @yvan dutil
      “Selon moi, la dernière contribution significative d’un littéraire à la science date de 1848 alors qu’Edgard Allan Poe a proposé une explication au paradoxe d’Olbers”

      Bin voyons donc… n’importe quoi
      Isaac Asinov, biochimiste et auteur, il a écrit des livres sur la physique, mais a probablement eu une plus forte contribution à la science grâce à sa série de science fiction “fondation” qui a été lue par des millions de personnes et qui a interessé des générations de lecteur à la science.

      Arthur C. Clarke, auteur et inventeur, crédité pour sa contribution à la popularisation de l’idée de l’orbite géostationnaire, que de nombreuses personnes appellent l’orbite clark, gagnant du prix Kalinga de l’Unesco pour sa contribution à la popularisation de la science…

      ce sont probablement les plus célèbres mais il y en a d’autre.

      La plus grande contribution que la littérature peut avoir à la science, c’est justement de faire découvrir la science aux lecteurs

    • Il me semble en tout cas que la droite est beaucoup mieux organisée dans son “anti-scientifisme”. Il existe des milliers de blogues qui relaient des nouvelles qui peuvent sembler sérieuses scientifiquement à première vue mais qui ne tiennent pas la route quand on gratte un peu. Sur ces blogues on peut apprendre par exemple que le réchauffement climatique n’existe pas, ou encore que l’histoire du trou dans la couche d’ozone était un gros complot de l’ONU pour s’enrichir. On en a quelques uns ici même au Québec, un bon exemple étant http://crioux.wordpress.com.

      Du côté de la gauche ça me semble beaucoup plus dirigé vers les OGM mais ce sont plus des contributions individuelles.

    • @legada Le problème n’est pas tant les sciences molles, qui ne sont molles que pour des raisons commerciales. Il s’agit d’ailleurs d’un modèle économique qui tire à sa fin, car les sciences molles sont elles-mêmes en train de se «durcir» à une vitesse grand V. La psychologie, la géographie, la sociologie et la linguistique en sont les exemples les plus frappant.

      Le véritable problème provient des «littéraires» qui sont de plus en plus isolés dans leur champs culturel. Un problème culturel majeur véhiculé est la la prédominance des forces sociales dans le discours. Ceci a pour effet de croire qu’il suffit de sortir dans la rue pour faire des gains sociaux. Or, il est de plus en plus clair, que les forces sociales ne sont que les conséquences d’autres phénomènes qui n’étaient pas au départ causés par des changements sociaux.

    • Plusieurs gauchistes se méfient de la science des mathématiques lorsqu’elle s’applique à l’argent.

      Bien sûr, l’économie n’est pas une science exacte, mais même lorsque certains chiffres sont très clairs, certains s’en méfient quand même.

      Un exemple: Une augmentation des frais de scolarité assortie d’une hausse importante des prêts (et surtout) bourses pour les plus démunis. Un économiste a démontré que les étudiants concernés étaient clairement gagnants, mais ce n’était pas convaincant pour eux.

    • @yvan_dutil,

      Vous avez raison, je m’en confesse, j’ai erré. Mais, dans la grande magnanimité qui est vôtre, vous avez daigné sortir des points qui vont nourrir mon esprit : 1) Condorcet 2) Paradoxe d’Olbers 3) Edgar Allan Poe. Merci !

      Sur ce, je part à la recherche d’informations.

    • @macmac Vous avez compris à l’envers la phrase.

      Les deux exemples que vous avez donné, ce sont des scientifiques de formation qui ont donné dans la littérature ou les arts. Vous auriez pu ajouter Hubert Reeves, Trinh Xuan Thuan et Carl Sagan. Des exemples comme cela, il y en a des milliers, car il s’agit d’une transition relativement facile.

      Ce qui n’existe à peu près pas, c’est des gens qui ont fait le chemin inverse qui sont passé de la littérature et qui ont une contribution significative sciences naturelles. Mis à part Edgar Allan Poe, il y a peut-être Louis de Broglie. En encore, il a d’abord étudié en histoire et ensuite en sciences.

      Comme je disais, il n’y a aucune symétrie, ce qui indique clairement l’existence d’une barrière intellectuelle. Comme on dirais à l’université Laval, les gens marchent de l’est vers l’ouest et pas le contraire.

    • @yvan_dutil

      Votre diode, je ne crois pas que c’est un manque d’ouverture. C’est tout simplement un cheminement peu probable. Si la personne veut faire carrière en sciences, elle doit s’y mettre dès le départ.

      Pour les autres ? Ils peuvent s’y intéresser mais surtout par la vulgarisation scientifique.

      Et puis la personne qui fait les deux depuis toujours ? Est-elle scientifique ou littéraire et artistique ?

      Puis, je reviens à ,om exemple d’une femme de McGill, études en musique d,aboord pour ensuite aller en médecine. Et je verrais mal faire le contraire…

      Une vocation tardive pour la science cela doit être rare. Pour les arts ou la littérature ? En avoir le goût cela est une chose mais y réussir cela est rare aussi mais si la personne est douée et a le talent, c’est pas mal plus probable, à mon avis.

      Ce qui ne veut aucunement dire que la science est supérieure !

    • La confiance envers la science n’a rien à voir avec le débat gauche-droite,
      mais plutôt avec le degré d’éducation…comme le dit “ppierluc” !

    • @ Jean-François Cliche Je suis à gauche et j’ai passé ma vie à m’opposer à des militants dogmatiques de gauche que ce soit dans le communautaire, dans le politique, dans l’écologie, mais il n’y a aucune équivalence avec le gouvernement conservateur qui s’attaque à la science, bâillonne les scientifiques, nomme un ministre de la science créationniste et remplace les ONG par des organismes religieux. Le NPD, le PQ, Québec solidaire, ne demandent pas l’interdiction de la vaccination. Et l’opposition au nucléaire est avant tout économique et politique.
      Je cite Mooney : « only 6 percent of American Association for the Advancement of Science members being Republicans ». Elle est où l’équivalence ?

    • @grandlecteur: votre vision du gouvernement conservateur me semble très dogmatique. Votre citation sur les Républicains semble peu pertinente puisqu’un analyste dirait sans doute que le gouvernement conservateur du Canada est, dans la pratique, plus proche des Démocrates américains que des Républicains américains.

      On pourrait aisément argumenter que les dogmatiques de gauche ont causé plus de dommage, sur Terre, que les dogmatiques de droite. Mais ce serait sans doute un débat sans fin où on ne s’entendrait pas sur les faits…

    • @honorable
      Je pense aussi que de chercher qui des dogmatiques de droite ou de gauche a causé le plus de dommage est un exercice peu productif.
      En fait, peut-être que le véritable problème est le dogmatisme lui-même. La propension de certains systèmes, régimes ou individus à donner à leurs principes, opinions ou raisonnements un caractère affirmatif, impérieux, péremptoire, rigide, n’admettant pas la discussion a causé bien des dégâts au cours de l’histoire humaine. Ce qui fait dire à François Jacob (Le jeu des possibles, Fayard, 1981) que «rien n’est aussi dangereux que la certitude d’avoir raison». Cultivons l’humilité, la réalité est infiniment plus complexe que ce qu’on en pense ou en dit.

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