Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mardi 5 mars 2013 | Mise en ligne à 14h09 | Commenter Commentaires (5)

    Combien de maladies mentales peut-on faire entrer dans un seul gène ?

    Dans la série il-reste-tant-et-tant-à-découvrir, celle-là est fameuse… L’idée selon laquelle beaucoup de maladies mentales ont des racines génétiques est une évidence banale, mais une étude publiée dans le dernier numéro de la revue médicale The Lancet vient d’y ajouter une autre tournure : une même mutation dans le génome peut mener à plusieurs troubles différents qui, à vue de nez, n’ont rien à voir les uns avec les autres.

    Une vaste équipe internationale, le Groupe inter-trouble du Consortium international de génomique psychiatrique, a en effet analysé le génome de plus de 33 000 personnes atteintes de l’un ou l’autre de cinq problèmes mentaux — autisme, trouble bipolaire, hyperactivité, dépression majeure et schizophrénie —, et celui de près de 28 000 sujets qui n’en souffraient pas, à la recherche petites variations génétiques nommées SNP, pour single nucleotide polymorphism. Et ce travail (immense, s’il faut le spécifier) leur a permis d’identifier quatre zones où les SNP augmentent les chances d’avoir l’une des cinq maladies mentales étudiées.

    Deux de ces quatre régions sont associées au fonctionnement des canaux calciques, qui sont des espèces de portes, sur la membrane des cellules, qui laissent entrer des ions calcium. Selon le type de cellule et le type de canal, ces ions peuvent alors faire se contracter des cellules musculaires ou encore mener à la libération de neurotransmetteurs par des neurones.

    Cela ne signifie pas que ces maladies ont des causes simples, avertit cependant ce compte-rendu du New York Times. Des centaines d’autres gènes sont certainement à l’œuvre. On peut aussi penser que des combinaisons gènes-environnement peuvent s’avérer particulièrement nocives ou, au contraire, protectrices. Mais cela demeure apparemment la plus vaste étude du genre à ce jour, et elle confirme la direction que prennent de plus en plus la recherche en santé mentale — c’est-à-dire de comprendre et classer les problèmes en fonction de leurs causes premières, et non à partir des symptômes.

    Ces symptômes, notons-le, furent pendant très longtemps la seule, ou à tout le moins la principale «porte d’entrée» que nous avions sur ce qui se passe dans le cerveau, et il était donc historiquement inévitable que la psychiatrie et la psychologie commencent à se construire là-dessus. Mais causes et symptômes sont deux notions complètement différentes : la toux, par exemple, est un symptôme extrêmement fréquent qui ne se traite évidemment pas de la même façon s’il est provoqué par un virus, une bactérie, un polluant ou une tumeur.

    Et il en va de même pour les maladies mentales — ce qui est un sacré problème quand on ne connait pas les causes du mal. Le lithium, par exemple, est le médicament par excellence pour le trouble bipolaire, mais il y a des patients sur lesquels il ne fonctionne pas du tout, ce qui suggère que la maladie bipolaire pourrait n’être qu’un symptôme commun de deux (ou plus) maladies distinctes.

    Démêler tous ces facteurs est un chantier qui s’annonce titanesque, mais l’étude de The Lancet représente tout de même un pas significatif dans la bonne direction.


    • J’avais cru que le titre était combien on peut faire rentré de maladie mentale dans un seul cerveau. Je plain celui qui a toutes les maladies causées par ce gêne simultanément…

    • Il serait intéressant de savoir dans quelle proportion ceux qui ont les variations génétiques SNP n’ont pas l’une des cinq maladies mentales étudiées et dans quelle proportion ceux qui ont ces maladies mentales n’ont pas ces variations génétiques; ou dans quelle proportion ceux qui n’ont pas ces maladies mentales ont ces variations génétiques et dans quelle proportion ceux qui n’ont pas ces variations génétiques ont ces maladies mentales. On pourrait mieux juger si réellement ces maladies ont une cause génétique ou non. J’ai déjà fait cet exercice détaillé dans le passé suite à l’article d’un autre chercheur et j’ai été surpris de constater que dans la majorité des cas, il n’y avait pas d’association entre la variation génétique et la maladie. La variation génétique n’était qu’un facteurs mineur et secondaire de risque qui ne prouvait donc pas l’origine génétique des maladies mentales. Le diable est dans les détails comme on dit parfois.

    • Mon grand-père paternel était un obsessif-compulsif, son épouse une anxieuse maladive. Mon père était plus que probablement bipolaire, une de ses soeurs était obsessive-compulsive (et a été la première lobotomisée au Québec), l’autre a été une anxieuse et peureuse. Dieu merci! je suis adoptée! (Et tout ça est vrai.)

    • C’est là une observation intéressante qui pourrait orienter la recherche. On verra si çà se traduit par des traitements plus efficaces en bout de piste; si je retenais mon souffle à chaque fois que la recherche fondamentale changeait de paradigme, je serais mauve foncé depuis longtemps.

      Toujours que dans ce cas bien précis, çà me rappelle quand les avancées sur la compréhension des méchanismes inflamatoires se sont traduites par une foule de percées dans des maladies qu’on ne leur associait pas nécessairement à première vue.

    • Bravo pour votre esprit critique face à cette étude fumeuse, mais vous devriez aller plus loin et remettre en question “L’idée selon laquelle beaucoup de maladies mentales ont des racines génétiques est une évidence banale”: ce n’est absolument pas une évidence! Ce n’est pas pour rien que les chercheurs ne cessent de tenter de le montrer: ça ne marche pas, mais les psychiatres, financés par les fabriquants d’antidépresseurs et d’antipsychotiques, s’évertuent à chercher les origines génétiques de la souffrance psychique, au lieu d’interroger les conditions de vie, l’histoire personnelle, les conditions environnementales, etc. Lisez Tous fous. L’influence de l’industrie pharmaceutique sur la psychiatrie (Jean-Claude St-Onge, 2013) pour comprendre les limites de la biopsychiatrie et de l’envie de tout expliquer par la génétique.

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