Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 20 février 2013 | Mise en ligne à 12h04 | Commenter Commentaires (7)

    L’OMS sonne l’alarme sur un énorme «édifice chimique»

    L’Organisation mondiale de la santé a changé son fusil d’épaule hier au sujet des perturbateurs endocriniens, ces substances qui imitent plus ou moins bien certaines de nos hormones et qui peuvent ainsi «dérégler» plusieurs de nos systèmes. Alors que l’OMS qualifiait de «faibles», en 2002, les preuves d’un effet sur la santé de ces perturbateurs (même si leurs quantités augmentent constamment depuis des décennies), sa dernière mise à jour scientifique à ce propos sonne l’alarme : nous avons désormais de bonnes raisons de croire que toutes sortes de maladies reliées à des problèmes hormonaux sont de plus en plus répandues, et que leurs augmentation est liée à ces imitateurs d’hormones.

    Un mal qui illustre bien ce phénomène est la cryptorchidie, qui survient quand un ou les deux testicules d’un garçon restent dans son bas-ventre au lieu de descendre dans le scrotum. C’est un problème qui peut être causé par divers facteurs, mais plusieurs de ceux-ci tournent autour de l’idée d’une surexposition à des hormones féminines dans le ventre de la mère, ce qui peut arriver lorsque celle-ci est exposée à des substances qui imitent l’œstrogène — divers pesticides ont cette propriété par exemple, de même que des sous-produits de la dégradation des plastiques. Dans les années 50 et 60, les taux de cryptorchidie tournaient autour de 2 % (p. 89 sur 289 dans le document) ; or dans les études faites au cours des années 2000, les prévalences tournent plutôt autour de 5 %.

    Ce n’est pas, en soi, un signe convaincant, mais quand les chercheurs de l’OMS l’ajoutent à plusieurs autres du même acabit, tant chez l’humain que chez les animaux, ils en concluent qu’il y a de bonnes raisons (sans que ce soit une preuve formelle) de croire que les perturbateurs endocriniens ont un effet sur la santé humaine.

    Maintenant, quelles substances doit-on blâmer ? Eh bien c’est ici que les choses se compliquent, car il y en a potentiellement un sacré paquet — et c’est aussi ici que le timing du rapport de l’OMS est intéressant. Pas plus tard que la semaine dernière, une étude américaine concluait justement au sujet d’un perturbateur désormais célèbre, le bisphénol A (BPA), que les concentrations auxquelles nous sommes exposés sont des dizaines, voire des milliers de fois trop faibles pour avoir le moindre effet. Il existe bien de nombreuses études qui prétendent examiner les effets du BPA à «très faibles doses», mais ces doses sont extrêmement mal définies et très variables d’une étude à l’autre. Par exemple, dans cette étude parue le mois dernier dans PLoS-ONE, les auteurs concluaient que le BPA commençait à avoir des effets sur des cellules de testicule humain (cultivées en labo) à partir de concentrations de 10 parties par milliard (ppb) ; or, l’étude américaine révèle que les concentrations dans le sang humain sont généralement 10 000 fois moindres, soit 1 partie par trillion (10–12), ou 0,001 ppb.

    Rappelons aussi que Santé Canada calculait l’an dernier que l’exposition des nourrissons aux BPA tournait autour de 0,1 microgramme par kg de poids corporel et par jour, ce qui correspondrait, si tous les BPA passaient dans le sang, à une concentration d’environ 0,1 ppb — et comme le BPA est éliminé rapidement par l’organisme, je crois qu’on peut voir ces valeurs comme une sorte d’«exposition maximale théorique» (qu’on me corrige si je me trompe).

    A priori, donc, il faut disculper le BPA… Mais il y a un «mais». Ce que le rapport de l’OMS dit surtout, c’est qu’il y a d’innombrables substances qui peuvent s’accrocher aux mêmes récepteurs cellulaires que nos hormones, et que le problème résiderait dans une sorte d’«édifice chimique», et non dans l’une de ses briques en particulier. En d’autres termes, peut-être que le BPA, qui imite l’œstrogène (bien qu’assez mal, notons-le), ne cause à lui seul aucun problème, mais s’il y a des centaines de composés dans notre environnement qui tapent sur le ou les mêmes récepteurs cellulaires, alors leur somme est peut-être nocive — et le BPA devrait alors être blâmé, puisqu’il est une brique de l’«édifice».

    Cela risque, à vue de nez, d’être une preuve scientifique extrêmement difficile à faire. Et si on parvient à la faire (en présumant qu’il s’agit bien de la cause principale), l’entreprise de «lavage» s’annonce absolument titanesque, car l’«édifice chimique» dont on parle ici est intimement lié à notre mode de vie moderne, aux produits que nous achetons et aux processus par lesquels ils sont fabriqués. Mais si l’on a de bonnes raisons de croire que cela pourrait être le nœud du problème, il vaut certainement la peine de poursuivre les recherches en ce sens.


    • Très intéressant, M. Cliche !

      J’espère qu’on poussera l’investigation parce que c’est quand même inquiétant.

    • Aux doses ou on pourrait percevoir des effets on en est presque avec cette notion «d’édifice chimique» en train de définir une nouvelle Pollution simili-Homéopatique! On frise la «mémoire hormonale»!

      Beaucoup de produits ont été mis en marché sans qu’on sache quels étaient leur effets sur l’organisme humain , dans un labo les cies indiquaient de manière automatique sur les flacon de la quasi totalité des produit que les effets sur la santé du produit dans le contenant n’avait pas été évalué… Dans les années soixante dix on se rincait les mains avec le benzène avec lequel on finissait les chromatographies de manière courante sans aucunes précautions et ça nettoyait assez bien merci jusqu’a ce qu’on nous avertisse 10 ans plus tard que c’était un puissant cancérigène pour la peau … trop tard …mais vaut mieux tard que jamais …

      Alors la dissémination à qui mieux mieux de produit dont pour la plupart on ignore les effets à long terme tel quel ou en résidus dans notre environnment mérite qu’on prenne très au sérieux les effets potentiels à long terme de ce qui nous entoure et bien sur on ne peut compter sur les fabricants pour faire ce travail …et c’est possible prenons le monde des peintures on ne le réalise pas mais on est à des années lumières des produits commercialisé il y a à peine trente ans …

      Pas nécessaire de virer sur le top en créant une paranoia de tout ce qui nous entoure mais c’est un travail de long terme qu’on doit prendre au sérieux….

    • Tous les produits chimiques devraient être systématiquement testés pour leur immunogénécité. Ça serait déjà un bon début.

    • Oups… Je voulais parler de mutagénèse et pas d’immunogénécité. Ah la maudite vieillesse!

    • “le BPA devrait alors être blâmé, puisqu’il est une brique de l’«édifice»”
      Another brick in the wall. Hey, Monsanto, leave them kids alone.

      @mononke
      Combien de mécaniciens se lavent les mains avec du “thinner” ou pire, le produit dans lequel ils placent des pièces mécaniques pour dissoudre les graisses et le cambouis (je ne me souviens plus du nom). Un cousin mécanicien dit que ce produit nettoie tellement bien que les mains te chauffent pendant quelques minutes !!!

      Ou l’autre qui travaille en réfrigération. Il dit prendre régulièrement et accidentellement (mais pas trop) des bonnes bouffées d’ammoniac. Ca doit être bon pour le corps de travailler toute une vie là-dedans.

    • @gl000001
      «Un cousin mécanicien dit que ce produit nettoie tellement bien que les mains te chauffent pendant quelques minutes !!!»

      1 Il s’agit probablement de CCl4 tétrachlorure de carbone un excellent dégraisseur demandez aux gens de Shannon ! procès en cours ) interdit au Canada depuis le protocole de Montréal ( il servait à fabriquer des réfrigérants) son importation est cependant légale comme dégraisseur… contrairement à la plupart des solvants il est totalement incombustible…. un must dans les ateliers …( il y a longtemps il servait dans les extincteurs !!!) Considéré comme cancérigène pour les animaux il ne l’est pas encore pour l’humain en raison…. d’un MANQUE de données !!!!… il suffirait de sacrifier encore quelques «cousins» supplémentaires… mais ç’est un peu délicat !…

      2 Le chauffage de main est en réalité une engelure temporaire du à l’évaporation du solvant (comme quand on met de l’alcool ou simplement lorsqu’on sue) ..l’évaporation est un phénomène physique naturel de refroidissement…

      «Ou l’autre qui travaille en réfrigération. Il dit prendre régulièrement et accidentellement (mais pas trop) des bonnes bouffées d’ammoniac.»

      L’ammoniac était utilisé autrefois pour ranimer les gens en cas de perte de conscience.. ça claque en titi pas à peu près j’en ai malheureusement accidentellement déjà respiré…. selon la dose …et un peu trop c’est MORTEL…totalement à éviter … Longtemps utilisé pour débloquer les sinus dans les anciens sirop pour le rhume… ou pour truquer les courses de chevaux ( liqueur ammoniacale !)

      Comme tous les médicaments qui sont pour la plupart poisons c’est toujours une question de DOSAGE …et faut pas se tromper comme ce cas d’empoisonnement de chien du voisin à la strychnine à faible dose c’est poison… mais si pour être sûr de tuer le chien on en met un peu plus… il vomit et n’est que très malade …,( quand on sait que la strychnine et tiré de la noix VOMIQUE…) au lieu de se débarrasser du chien… le voisin c’est ramassé avec un procès au CRIMINEL de voie de fait…

      Or bien peu de gens sont conscients que : «tuer, empoisonner ou blesser un animal qui appartient à quelqu’un constitue une atteinte à l’intégrité physique ou psychologique d’un individu», ce qui est défini dans le code criminel comme une voie de fait…

    • C’est intéressant. Lors d’une conférence sur les risques reliés à l’eau potable l’an passé, la conférencière disait que les micro-polluants émergeant (toute cette soupe chimique) avaient eu trop d’attention. L’OMS vient de changer d’idée.

      Le risque est toute l’interaction de ces produits ensemble dont nous ne pourrons jamais évaluer la toxicité avec précision sauf avec le temps et la mise en contact de ces produits avec toute notre population.

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