Sciences dessus dessous

Archive du 16 février 2013

Samedi 16 février 2013 | Mise en ligne à 13h46 | Commenter Commentaires (32)

Anatomie de l’adultère

Le chimpanzé est notre plus proche parent toujours en vie, mais il semble que nous n'ayons jamais partagé son «régime matrimonial», dit multimâle-multi-femelle.  PHOTO TIMOTHY CHONG, REUTERS

Le chimpanzé est notre plus proche parent toujours en vie, mais il semble que nous n'ayons jamais partagé son «régime matrimonial», dit multimâle-multi-femelle. PHOTO TIMOTHY CHONG, REUTERS

La Saint-Valentin est, en théorie, une excellente occasion de soulever ce genre de question. Quand on fête l’amour, il est légitime de penser aussi à ses travers, aux amours qui vont mal. Mais pour cette question-ci en particulier, il était sans doute plus sage d’attendre que le 14 février soit passé : l’Homo sapiens est-il fait pour la monogamie ? Son évolution l’a-t-elle adapté pour la vie dans une couple durable ?

Mon projet de départ était d’explorer les traces que cette évolution a laissé sur le corps humain, traces qui peuvent apporter des éléments de réponse. Cet aspect a fini par être résumé dans une infographie. Pour le reste, la réponse est essentiellement : oui, nous sommes une espèce plutôt monogame, mais avec des «petits bouts qui retroussent», pour ainsi dire. D’après les lectures et les entrevues que j’ai faites, il semble qu’un de nos ancêtres, possiblement Australopithecus afarensis, était une espèce polygyne — c’est-à-dire que les mâles rassemblaient autour d’eux des harems, comme le font par exemple les gorilles.

Chez ces espèces, la compétition entre les mâles est très intense, sinon brutale, ce qui explique pourquoi ils sont beaucoup plus gros que les femelles (jusqu’à deux fois plus chez le gorille). Chez les espèces monogames, comme le gibbon (un grand singe d’Asie), la taille des individus des deux sexes est égale. Or bien qu’il reste encore un petit débat là-dessus, il semble assez bien établi, m’a-t-on dit, qu’un de nos ancêtres, l’australopithèque afarensis, avait un dimorphisme sexuel marqué, les mâles étant environ 1,5 fois plus lourds que les femelles. Il s’agissait donc d’une espèce polygyne. Par comparaison, ce ratio est d’environ 1,2 chez nous, ce qui pourrait signifier qu’une pression de sélection nous aurait poussé vers la monogamie — possiblement, m’a-t-on dit, parce les enfants humains demandent un investissement parental plus long que les grands singes, mais ce n’est qu’une hypothèse.

Il est cependant clair qu’il nous reste des vestiges d’une époque polygyne, comme les différences homme-femme dans le visage, la pomme d’Adam, etc. — ce qui, s’il est besoin de le spécifier, ne justifie ni n’excuse aucun comportement. Il faut aussi noter que même chez les animaux qui sont très adaptés à un «régime matrimonial» en particulier, on en trouve toujours qui s’en écartent ; on voit ainsi des animaux polygames montrer une préférence marquée pour un individu en particulier, et des animaux monogames qui vont «voir ailleurs».

Plus de détails dans mon papier paru ce matin dans Le Soleil.

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