Sciences dessus dessous

Archive du 12 février 2013

Mardi 12 février 2013 | Mise en ligne à 10h33 | Commenter Commentaires (8)

La Terre n’est pas une exoplanète

Jusqu’à quel point la Terre est-elle un bon terrain de pratique pour chercher de la vie extraterrestre ? N’y a-t-il pas dans l’idée même quelque chose de contradictoire ? Ne court-on pas même le risque, à devenir trop bons à trouver de la vie-comme-il-s’en-fait-chez-nous, de ne pas voir des formes de vie différentes quand on en aura sous les yeux ?

C’est le genre de question que je me pose depuis que j’ai lu cet article du New Scientist — dont je vous aurais parlé plus tôt si je n’avais pas été aspiré, hier, par un tourbillon papal. Le texte décrit les travaux de deux astronomes allemands qui, se disant (avec raison) que les conditions sur d’autres planètes pourraient bien être beaucoup moins hospitalières que celles qui prévalent sur le plancher des vaches, ont décidé de caractériser la lumière réfléchie par certains des milieux les plus extrêmes que l’on rencontre sur Terre — déserts, sources thermales, endroits très acides, etc.. Leur objectif, évidemment, était de se faire une idée de la lumière que ces milieux réfléchissent dans l’espace, et de trouver une signature qui trahirait la présence de vie et qui pourrait être détectée par nos télescopes.

Leurs travaux ont permis d’établir que la vie dans chacun de ces milieux renvoie vers l’espace un patron de longueurs d’onde qui lui est propre — les lichens, par exemple, apparaissent plus «jaunes» que les bactéries et les algues rouges, deux autres habituées des habitats dont personne d’autre ne veut.

Mais jusqu’à quel point ce genre d’exercice s’avérera utile lorsque l’on aura des données d’exoplanètes assez détaillées pour y chercher ces «signatures» ? D’une part, note un expert cité dans l’article, l’atmosphère de ces planètes pourrait bien être très différente de la nôtre et embrouiller pas mal l’analyse.

Et d’autre part, on me corrigera si je me trompe, je me dis aussi que sur une planète éclairée par une étoile différente, voire très différente de la nôtre, les éventuels «lichens» et «végétaux» auront selon toute vraisemblance évolué pour capter des longueurs d’onde différentes de celles que nos plantes récupèrent. Par exemple, la fameuse exoplanète rocheuse que l’on croit avoir découverte récemment à seulement 13 années-lumière de la Terre orbite autour d’une naine rouge, dont la lumière est beaucoup plus faible que celle du Soleil et dont les longueurs d’onde les plus «fortes» sont dans l’infrarouge, et non dans le spectre visible. S’il y a de la vie photosynthétique là-haut, elle doit capter cette lumière avec des composés très différents des chlorophylles présentes ici, et elle peut aussi très bien avoir une composition chimique générale différente. Ce qui sous-entend que la signature de cette vie pourrait bien n’avoir rien à voir avec ce que le duo d’astronomes allemands à trouvé.

Alors je vous pose la question : même s’il faut bien s’exercer à quelque part, et même si le New Scientist et l’article savant prennent bien soin, il faut le souligner, de dire que ces signatures ne seraient rien d’autre qu’un point de départ pour la recherche de vie, est-ce qu’on n’est pas ici en train, prêtez-moi l’expression, de faire une pratique de hockey pour se préparer à une partie de basket ?

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