Sciences dessus dessous

Archive du 6 février 2013

Mercredi 6 février 2013 | Mise en ligne à 16h35 | Commenter Commentaires (12)

Faire le trottoir pour la science

Faire le trottoir pour la science ? Financer ses recherches en ramassant des canettes consignées ? C’est ce que montre cette vidéo tragicomique, réalisée par les chercheurs qui contestent les coupures de 31 millions $ dans les Fonds de recherche du Québec, et qui frappent de façon particulièrement dure les sciences naturelles et le génie.

On ne soutiendra évidemment jamais quelque recherche que ce soit en «vendant des bouteilles», mais ce qu’il faut comprendre, je crois, c’est que si les coupures se réalisent, plusieurs projets de recherche seront poussés vers ce genre d’impossibilité, et tomberont à l’eau. Ou alors, me signalait ce matin le chercheur en biochimie de l’Université Laval Steve Charette dans un échange de courriels, ils devront se tourner vers le privé, ce qui une autre sorte de recherche, pas nécessairement moins bonne, mais insuffisante si elle n’est pas complétée par des activités fondamentales dûment soutenues par l’État.

«Nous avons choisi, écrit-il, d’illustrer les conséquences des coupures en recherche sous le thème de l’itinérance puisque sans trop exagérer, c’est ce que devront faire plusieurs scientifiques pour continuer à faire ce qu’ils aiment: de la recherche utile pour la société québécoise si les coupures se concrétisent. Les chercheurs devront se tourner de plus en plus vers les compagnies privées pour obtenir du financement. Cependant, celui-ci sera dirigé par les besoins et volontés d’intérêts privés et non publics. Beaucoup d’étudiants devront simplement quitter la recherche ou trouver un boulot d’appoint pour payer leurs études et ainsi ne pas pouvoir se consacrer totalement à leurs recherches.

«Dans le contexte où le gouvernement fédéral se désengage de certains secteurs de la recherche scientifique pour en soutenir d’autres plus en accord avec ses visées énergétiques, pour ne pas dire pétrolières, le gouvernement du Québec demeure l’un des derniers remparts pour protéger et soutenir l’effort de recherche indépendant réalisé au Québec. Couper les fonds pour la recherche scientifique par un si fort pourcentage (30% pour le FRQNT) devient une certaine forme de suicide économique même si cela ne durait qu’une année. Il est important que le financement public de la recherche soit maintenu, voire même augmenté pour permettre justement des recherches qui sont libres et indépendantes d’intervention du privé. Je n’ai rien contre la recherche en industrie ni celle financée par le privé dans les universités. Il faut tout simplement garder un équilibre et les coupures annoncées, en plus de déstabiliser la recherche au Québec pour plus d’un an, affecteront clairement cet équilibre.»

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Mercredi 6 février 2013 | Mise en ligne à 10h34 | Commenter Commentaires (2)

GlaxoSmithKline appuie la campagne «All Trials»

Ça, c’est une belle nouvelle : la pharmaceutique (format géant) GlaxoSmithKline a annoncé hier qu’elle appuyait la campagne All Trials, une organisation qui fait pression pour que les laboratoires privés publient les rapports concernant tous les essais cliniques. Et GSK s’engage du même souffle qu’elle passera elle-même aux actes et qu’elle publiera tous ses rapports au sujet de tous les essais qu’elle a menés depuis les débuts de la compagnie.

Faudra évidemment attendre la suite des choses pour s’assurer qu’il s’agit d’une intention réelle, et non d’une simple opération de marketing, mais cela reste un développement extrêmement encourageant. Un problème souvent dénoncé de la recherche en santé est que les compagnies privées ne sont pas tenues de divulguer toutes les données tirées des essais cliniques qu’elles mènent. Je demeure convaincu que les partisans de la théorie du complot exagèrent l’importance de cette pratique, mais il reste qu’il existe bel et bien plusieurs cas connus et bien établis de pharmaceutiques qui ont cachés des résultats négatifs pour embellir le dossier de certains de leurs médicaments. Des résumés étaient habituellement publiés, mais ceux-ci peuvent être incomplets et écrits de façon biaisée. Différents efforts réglementaires ont été faits ces dernières années, mais il semble qu’ils n’ont pas eu les effets escomptés. (Un petit merci à @picardonhealth pour ce lien.)

Il semble que GSK avait montré récemment une ouverture particulièrement grande envers l’idée d’être plus transparente — voir ici et ici. Encore une fois, on se réjouira pour de vrai quand les rapports cliniques commenceront à être publiés, et il faudra être patient puisque GSK dit que l’opération prendra quelques années. Mais la balle est maintenant dans le camp des autres pharmaceutiques — et je n’ai malheureusement rien vu qui se rapporte à ce sujet sur les sites de quelques unes d’entre elles j’ai visités, dont JnJ, Pfizer et Bayer.

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