Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Mardi 5 février 2013 | Mise en ligne à 10h40 | Commenter Commentaires (13)

    Coupures en recherche : au tour des sciences naturelles de se mobiliser

    Après la campagne-choc Je suis Michèle, lancée la semaine dernière par les milieux de la recherche en santé et qui embarrasse le gouvernement Marois (voir ici aussi), ce sont maintenant les chercheurs en sciences naturelles qui s’élèvent contre les coupures en recherche décrétées en décembre.

    Rappelons que ces réductions, par lesquelles Québec tente d’équilibrer son budget, totalisent 31 millions $ dès l’an prochain, et que le Fonds Nature et Technologie (FQRNT) est le plus durement touché. Son enveloppe fondera d’un coup de 50 à 35 millions $, une baisse de 30 %. Son équivalent en santé sera quant à lui amputé de 13 % (80 à 70 millions $), la même proportion que les subventions du Fonds Société et culture (49 à 43 millions $).

    Une Pétition pour le maintien intégral du budget du FQRNT a été rédigée par le biologiste de l’Université Laval Louis Bernatchez — lui-même gagnant du prix Marie-Victorin 2012 —, lettre qui a été consignée par de nombreuses autres «grosses pointures» de la recherche québécoise. En date de ce matin, la signature avait recueillie plus de 10 000 noms. Une page Facebook dénonçant les coupures dans tous les domaines a également été créée.

    Par ailleurs, sans vouloir semer la zizanie, il me semble pour le moins intriguant que la recherche en sciences naturelles et génie écope environ 2,5 fois plus que les sciences sociales et humaines, alors que les deux enveloppes partaient essentiellement du même point. Je tente d’en savoir plus à ce sujet et vous reviendrai avec des réponses — satisfaisantes ou non…

    AJOUT, 13h00 : D’après ce qu’on me dit aux Fonds de recherche du Québec, les coupures sont plus importantes pour les sciences naturelles et le génie qu’en sciences sociales et humaines parce qu’une partie plus grande de leur enveloppe était rattachée à la Stratégie québécoise en recherche et innovation 2010-13. Le nouveau gouvernement ayant décidé de ne pas la reconduire, ne serait-ce que le temps d’en adopter une nouvelle, le FQRNT a écopé 2,5 fois plus que les autres.


    • J’apporte ici des nuances que je crois nécessaires.

      Je suis pour une augmentation massive des subventions de recherche (taux de succès de 18 % au CIHR depuis des années, comparativement à 40 % il y a 25 ou 30 ans).

      A la rigueur, je suis pour une augmentation du montant de bourse qu’un étudiant de 2ème ou 3ème cycle reçoit. Mais cela pourrait donner un message trompeur: donner l’illusion que la vie sera facile après.

      Mais je suis contre une augmentation du nombre de bourses accordées aux étudiants de 2ème et 3ème cycle, sauf si cela est associé à une interdiction de payer un salaire aux étudiants de 2ème ou 3ème cycle à même la subvention de recherche.

      Ainsi, le détenteur d’une subvention de recherche pourra offrir des vrais emplois à des associés de recherche ou à des assistants de recherche au lieu d’augmenter excessivement le nombre de diplômés M.Sc. et Ph.D. par effet pyramidal sans offrir d’emplois réels de recherche.

      Les directeurs de laboratoire de recherche veulent plus d’étudiants boursiers; ils veulent former plus d’étudiants. Pourquoi? Parce que c’est pour eux la manière la plus économique de produire des publications. Une fois cela fait, ils se foutent (mais prétendront le contraire!) de ce que leurs diplômés obtiennent ou non un bon emploi: un emploi dans leur domaine à long terme. La preuve: les université n’ont aucune idée du statut d’emploi de leurs diplômés qui ont maintenant 45, 50, 55, 60 ou 65 ans,ou n’en ont qu’une très vague idée!

      Ce qui était valable dans les années 50 ou 60, quand la demande d’emplois de recherche augmentait exponentiellement ne l’est nullement depuis la fin des anneés 1980.

      Il y a présentement un énorme surplus de Ph.D. Aux Etats-Unis, seulement 23 % des Ph.D. trouvent un emploi dans le domaine de la recherche. Que ferait-on si seulement 23 % des M.D. trouvaient un emploi dans le domaine de la médecine? On crierait à la surproduction de M.D. au lieu de dire, comme on fait présentement pour les Ph.D.: “ah mais c’est bien qu’ils se recyclent en journalistes, en animateurs de radio, en enseignants au secondaire ou au CEGEP, en “consultants”, en pigistes, etc.”

      Des compagnies diront qu’il y a manque criant de main d’oeuvre scientifique dans certains domaines. Laissez-moi vous dire dans quel domaine il y a un manque criant de main d’oeuvre: dans le domaine des domestiques à domicile: comparez avec le bon vieux temps de Downton Abbey! En effet, il y aura toujours manque de personnes prêtes à travailler pour presque rien.

      Chez Ford Motor Company, immédiatement après l’invention de la chaine de montage, il y avait énorme attrition. Le travail était terriblement ennuyant; Ford n’arrivait pas à retenir ses employés. Leur salaire était pourtant raisonnable: $2.35 par jour.

      Qu’a fait Henry Ford? Il a augmenté le salaire à $ 5 par jour. Le travail à la chaine était tout aussi ennuyant, mais maintenant les employés se battaient pour travailler chez Ford et ceux qui y obtenaient ces emplois ennuyants les gardaient.

      Soudainement, la pénurie d’employés fiables s’est transformée en surplus énormes de candidats. Pourtant le travail était exactement le même!

      En somme, il n’y a pénurie que quand on offre des salaires trop bas ou des conditions de travail trop onéreuses.

      A lire par toute personne désirant faire un Ph.D.:
      http://wuphys.wustl.edu/~katz/scientist.html

      Le gouvernement du Québec devrait obliger les universités à montrer ce document web à quiconque désire faire des études supérieures ou demander une bourse d’études supérieures.

    • “il me semble pour le moins intriguant que la recherche en sciences naturelles et génie écope environ 2,5 fois plus que les sciences sociales et humaines”

      Ce n’est pas intriguant du tout, en nommant comme ministre des sciences un candidat sans formation scientifique le PQ a affiché clairement son mépris pour les sciences pures

    • Un cynique dirait que c’est parce que les étudiants en sciences et en génie n’ont pas voté pour la grève (sauf en physique à Laval par une voix).

      Il faut vraiment ne pas être au courant du fonctionnement de la science pour faire ce genre de coupures sans remarquer la gravité des impacts.

      @Honorable Je suis 150% avec vous sur ce point.

    • Ces coupes auront un effet désastreux. Tous les chercheurs attendent d’ailleurs les résultats des concours du FQRNT de cette année avec beaucoup d’appréhension. On arrive déjà à peine à compétitionner avec les chercheurs étrangers, qu’est-ce que ça va être maintenant ? Il semble que la seule issue soit de trouver des partenariats avec le privé, ce qui ne se prête pas à tous les types de recherche. D’ailleurs, c’est peut-être vers là que l’on nous pousse ?

      Je rejoins aussi les propos de honorable quant au format de fonctionnement qui prévaut dans le monde de la recherche. À une époque, la plupart des départements avaient à tout le moins quelques professionnels de recherche qui étaient partagés ou exclusifs à certains labos. Ces postes fondent au fur et à mesure que les organismes subventionnaires excluent d’emblée ce type de dépense.

    • “… trouver des partenariats avec le privé” [cjulie]

      Même si tous les chercheurs se trouvaient du travail auprès du privé, la catastrophe restera entière. La recherche privée sera toujours “intéressée” et on risque de se faire raconter n’importe quoi si il n’y a plus de recherche objective.

    • Honorable met en lumière un point fondamental du malaise de la recherche au Québec ce n’est pas une opinion que les fonds réellement disponibles aux chercheurs est en nette régression .

      «le détenteur d’une subvention de recherche pourra offrir des vrais emplois à des associés de recherche»

      Ce constat évoque une situation bien réelle qui ne cesse de se dégrader avec les années et qui asphyxie la recherche au cœur même de ses activités, et comme on mesure les effets qu’a court terme et que les effets de la RD se font toujours sentir à long terme on se comporte comme une bande de lemming qui ne voient pas le précipice venir plus vite qu’on pense . Malheureusement depuis plusieurs années la pression politique tant au fédéral qu’au provincial de vouloir obtenir des rendements à court terme et d’exiger des preuves de rentabilité selon des critères a court terme forcent les organismes de recherche a jouer «safe» et à n’accorder des subventions par concours qu’a des groupes ‘’vedettes’’ ( je ne veut pas être péjoratif mais je ne sais pas comment le dire ) et a délaisser des projets intéressant mais qui seraient présentés par des groupes moins connus ou moins imposants ou a investir massivement dans la brique et les infrastructures ( vides !) que l’on peut compter et montrer au réel détriment de la recherche et des chercheurs.
      Déjà ce problème ou la recherche était moins accessible en région pour des raisons évidente à des équipes restreintes et moins connues mais parfois intéressantes , ce qui risquent fort d’accentuer la tendance.

      Lors du regroupement il y a quelques années de la recherche en un ministère ce qui apparaissait louable en soit (mais qui masquait peut être une autre réalité soit de se débarrasser d’une personne à la santé pour qu’elle fasse moins de dommage politique sans la frustrer) plutôt que de regrouper l’expertise on a simplement coupé les fond des ministères qui dans plusieurs domaines spécialisé avaient des fonds destinés à la recherche dont on a transféré les budgets sans en transférer l’expertise. Certes le fait de subir des budget annuels qui périme également annuellement les fonds qui ne sont disponibles qu’après plusieurs mois d’études en comités et qui sont déjà rappelé par les finance par des coupures annoncé quelques semaines après les budgets avant même d’avoir été reçus n’aidaient pas à une gestion efficace des fonds ce qu’on souhaitait régler par des fonds plus permanents du moins en apparence .

      Quel illusion de penser qu’un ministère de la recherche s’occupe de la recherche apprenez à lire un ministère ça s’occupe d’un ministre, ça le dit pourtant clairement ! aux usa ils ont mons la décence d’appeler ça des «departement of» qui font semblant au moins de s’occupe de la fonction pour lequel ils sont créés …

      Il fallait faire table rase et s’assurer de la docilité des nouveaux acteur de la RD pour ce faire on a engagé massivement des comptables des sociologues des expert en géographie en disponibilité , des ingénieurs civisl ( pour la brique) et même des diplômés en théâtre totalement incapable de faire même la différence entre une simple addition et une multiplication…pour assurer le suivi des fonds nouvellement créés. Rapidement le nouveau ministère ( immédiatement après que l’on se soit débarrassé du personnage encombrant !) fut aboli et ramené sous l’aile des finances puis du MDEIE ou les sous ministres successifs malgré la ponte régulière de pompeux documents aussi vide de sens que prétentieux par des artiste du verbe sociologique qui n’ont jamais vécu sur le plancher des vaches n’ont jamais dépassé dans leur discourt de couloir le stade du «faudrait ben s’occuper de la recherche avant qu’il transfère ça ailleurs car c’est déjà arrivé !» Certes on s’est pété les bretelles pour être sûr d’être sur et éviter de se tromper par des investissement sur la brique et des équipements en coupant massivement sur les fonds qui auraient pu permettre de payer des chercheurs qui ont inventer de nouvelles contorsions pour réussir à payer les chercheurs dans des labo de plus en plus vides faute de ce qui fait d’abord la recherche : les chercheurs.

      Les fonds nouvellement créés obtenaient la part du lion et devaient fonctionner par concours en étant indépendant des budgets annuels propres des gouvernements qui posaient problème ils prirent quelques années a démarrer efficacement , mais en misant tout sur le système des concours qui n’est pas sans biais. Mais cette indépendance n’est qu’apparente puisque ces fonds non protégés peuvent être arbitrairement rappelés ou coupés sans autre motifs que les besoins ponctuels du moment par le ministre des finances .

      Tant et aussi longtemps que l’arbitraire du moment permettra que l’on coupe les fonds de RD pour payer l’épicerie à court terme et à courte vue le problème ira en augmentant , il faut sortir le financement de la RD des mains du politique à court terme . Et les ministres continuerons de fournir des réponses vides de sens , surtout quand on choisi un ministre qui n’est même pas trop en mesure de les comprendre ! Et on ne peut blâmer l’industrie de ne pas combler un tel vide qui dépasse leur seule responsabilité propre surtout en l’absence de budget militaires relativement ouverts comme aux USA qui permettent à des pans entiers de RD de se développer et d’avoir des retombées dans plusieurs secteurs.

    • Morose le portrait de la science au Québec. Mais, il faut avouer que les sciences et la recherche ne fait pas partie de la culture des Québécois en général. L’exploitation des ressources naturelles a toujours permis de tenir la tête hors de l’eau économiquement, alors la recherche est toujours considérée comme vaguement subversive dans une société cléricale et utilitaire comme la nôtre.

    • @yvan_dutil,

      physique UdeM a voté pour la grève et même médecine UdeM une fois (pas au chalet).

    • Il ne faudrait pas que le prétexte d’austérité budgétaire (alors que tous les gouvernements ont fait la preuve de leur tendance au gaspillage) serve de prétexte pour monter les domaines scientifiques les uns contre les autres.

      Diviser pour régner, un vieux truc qui marche encore.

      Je viens de lire l’ajout de 13h00. Cette politique me semble avoir été un des rares bons coups du règne de Jean Charest au Québec. La «surcoupure» aux sciences naturelles ressemble à un règlement de comptes politique de la part du PQ…

      Il serait dans l’ordre des choses que le gouvernement d’une province dont la plupart des emplois hors des grandes villes sont liés aux ressources naturelles de mettre le paquet sur la recherche en sciences naturelles. Dans tous les domaines, autant ceux de la conservation, de l’exploitation et de la transformation.

      Quand au privé, je n’y crois pas beaucoup. Je connais trop de biologistes qui font des recherches complaisantes pour plaire à leur commanditaire privé… Et c’est souvent HQ…derrière le projet de «petite centrale» ou de grosse comme La Romaine.

    • @dcsavard, sachez distinguer entre faire la grève pendant 2 jours ou 1 semaine, et faire la grève pendant 4 mois. Faire la grève pendant 1 jour ou même 1 semaine n’a AUCUN impact sur la réussite de l’année et ne brime pas indument ceux qui ne voulaient pas faire la grève.

      Il me semble que médecine UdeM n’a fait qu’une grève cosmétique qui a duré tout au plus 1 semaine: une grève de solidarité, pour ne pas se faire regarder de travers pas les carrés rouges, une grève qui dit “nous sympathisons avec vous, mais nous ne sommes quand même pas assez stupide pour risquer notre année ou la perturber sérieusement”

      Je suis prêt à accepter des votes peu rigoureux pour des grèves de 2 ou 3 jours, mais pas pour des grèves de 3 semaines! Or l’an dernier à été caractérisé par une suite de votes peu rigoureux.

    • L’ajout de 13 heures est en soi une démonstration du paroxisme de la bêtise politique consommée ( je l’ai lu 2 fois pour être bien sur que c’est bien écrit ce qui est écrit !) tant qu’en rajouter une couche.

      Traduction : ”Une politique n’étant qu’un vague prétexte pour coller la face du ministre en première page le reste étant sans aucune importance il est absolument nécessaire de la mettre à la poubelle et d’en faire une autre pour changer la face en première page. les fonds de rd c’est comme une commandite au super bowl on va sauter une an on se reprendra l’année prochaine et en plus on va pouvoir se petter les bretelles en annoncant une ben plus grosse augmentation en pourcentage l’an prochain !..

      Y é ou et y en pense quoi «Le Scientifique en chef» , le youpi de la science le badaboum de la technologie la mère Thérésa de la connaissance….qui devait révolutionner le monde … ah ou il se cache pour pas perdre sa job….y était pas du bond bord

    • @pensezy

      Je suis loin de croire que le privé pourrait remplacer le rôle du gouvernement pour le financement de la recherche. Tout ce qui serait trop fondamental, trop long terme, sans applications industrielles serait mis de côté. Mais malheureusement, c’est une tendance lourde au Canada. Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce que le gouvernement du PQ sabre lui aussi dans la recherche. Ça sent l’improvisation.

      Mr Cliche – a-t-on une idée de la façon dont ces coupures seront réalisées ? Subventions vs. bourses étudiantes vs. regroupements stratégiques ?

    • Dans beaucoup de domaine, on oublie que ce sont des humains qui font de la recherche, font des plans, construisent, etc et qui doivent continuer à vivre dans les creux entre les divers programmes de recherche, de construction, etc.

      Nos chers gouvernements, nos chers médias et en conséquence notre chère population aiment du nouveau et non du long terme. Il en résulte que des chercheurs expérimentés vont faire autre chose ou aller ailleurs, des ingénieurs et des techniciens expérimentés vont faire autre chose ou aller ailleurs.

      Après on s’étonne qu’il y ait des ratés dans nos sociétés.

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