Sciences dessus dessous

Archive, février 2013

Cette histoire de voyage habité dans l’orbite martien, projet entièrement privé et qui serait lancé aussi tôt que 2018 (!), est à la fois captivante et désolante.

Le riche homme d’affaires et ingénieur américain Dennis Tito, qui est devenu le premier «touriste spatial» à visiter la Station spatiale en 2001, vient de lancer une fondation nommé Inspiration Mars pour financer une mission habitée vers la planète rouge. Il semble que les ficelles monétaires de l’entreprise soient encore loin d’être toutes attachées, mais j’imagine qu’il fallait s’y attendre. Le but serait simplement d’envoyer deux personnes aller virer autour de Mars, à 160 km d’altitude, pour en revenir aussitôt, ce qui prendrait 501 jours. Les deux tourtereaux, puisque la Fondation cherche un couple  pour minimiser les frictions, vivraient d’amour et d’eau fraîche dans un compartiment gonflable de 17 m3 qui serait déployé après le décollage. Ils mangeraient des rations séchées — ce qui n’est jamais bon à long terme pour un couple, mais restons sérieux —, boiraient de l’eau recyclée et respireraient de l’air recyclé.

Ils devraient d’ailleurs s’occuper eux-mêmes de ce recyclage, afin de réduire autant que possible les circuits automatisés — pour des raisons de fiabilité, j’imagine, suivant ce vieux principe selon lequel les chiens de traîneaux, contrairement aux motoneiges, ne tombent jamais en panne.

Tout ceci, souligne Inspiration Mars, se ferait en utilisant des technologies éprouvées, déjà utilisées sur la Station, notamment. Cela réduirait ainsi passablement les risques d’une telle entreprise.

Mais ces dangers pourraient tout de même être assez grands, souligne ce papier du New Scientist, qui a de quoi tempérer les ardeurs. En effet, la protection contre les radiations devra certainement être une préoccupation majeure, car cette mission quittera bien évidemment la protection du champ magnétique terrestre, qui dévie une très grande partie des rayons cosmiques et des éruptions solaires. Ceux-ci, comme on le sait, sont constitués de particules électriquement chargées voyageant à très grande vitesse et qui, du point de vue de la santé, sont essentiellement une forme de radioactivité.

Le projet est pour l’instant muet sur les mesures de protection des éventuels astronautes. La Station spatiale, rappelons-le, se promène bien à l’intérieur du champ magnétique terrestre ; si sa technologie pourra sûrement aider un peu, puisque même en orbite bas, les doses de radiations sont une préoccupation, la mission martienne va se frotter à un rayonnement d’un tout autre calibre.

Il faut dire ici que la date de 2018 a été choisie parce qu’elle correspond à un minimum solaire, ce qui réduirait les chances qu’une éruption solaire projette d’énormes quantités de particules vers le vaisseau spatial. Mais, note le New Scientist, les vents solaires ont aussi l’avantage de repousser une partie des rayons cosmiques provenant de l’extérieur du système solaire… Le chef médical de la mission, Jonathan Clark, estime que l’équipage verra presque assurément ses chances de cancer augmenter de 3 %. C’est relativement peu, mais il y a quand même quelque chose qui me chicote dans ce que Dr Clark dit par la suite :

«Si vous revenez avec le cancer, on peut s’arranger avec ça sur Terre. Notre objectif est de minimiser les effets de la radiation aigüe sur les performances de l’équipage.»

L’idée derrière une telle entreprise, il me semble, devrait être de tester des façons de protéger l’équipage contre la radiation. Pas de protéger ses performances, ni de tester la résistance humaine à la radiation. Mais bon…

C’est sans compter, aussi, le fait que la partie la plus risquée du vol serait les manœuvres d’atterrissage. La vitesse de retour sera telle que l’appareil devra passer une dizaine de jours en orbite afin de ralentir. Et encore là, sa rentrée dans l’atmosphère se fera à une vitesse record de 14 km/s.

Alors chérie, on se fait une petite balade ?

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Mardi 26 février 2013 | Mise en ligne à 14h13 | Commenter Commentaires (22)

Les propriétaires

J’étais en congé le jour de sa publication, mais je m’en voudrais de ne pas souligner l’éditorial d’un collègue, Pierre Asselin, paru hier au sujet du bâillon qu’impose le gouvernement fédéral à ses chercheurs. Je m’en voudrais parce que le texte ramasse bien les épisodes, et il y en a eu pas mal depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs, qui illustrent à quel point les scientifiques à l’emploi du fédéral sont désormais muselés.

Ce genre de retour sur le passé reste toujours utile tant qu’un problème n’est pas réglé, et rien n’indique qu’Ottawa ne réglera celui-là de si tôt. Dans une démocratie, le parti au pouvoir ne possède pas l’État, il ne fait qu’occuper temporairement la position de gestionnaire, un peu comme le faisaient les régents au temps des monarques. Cela n’interdit pas de procéder à réformes, même en profondeur, mais cela devrait certainement exclure de se comporter en propriétaire. Or c’est en plein ce que le PCC fait à l’égard de la science produite au fédéral en limitant, voire en interdisant carrément sa diffusion : se comporter comme si le parti élu possédait l’État et ce qui en sort (ou n’en sort pas).

Je m’en voudrais aussi de passer l’édito de Pierre sous silence parce qu’un rebondissement récent de toute cette histoire montre ce dont on se doutait bien, c’est-à-dire que ce bâillon nuit à la recherche elle-même, et pas uniquement à sa communication. Le ministère fédéral Pêches et Océans Canada (POC) exige en effet maintenant que non seulement ses chercheurs, mais aussi leurs collaborateurs externes s’astreignent au même silence. Ainsi, des chercheurs américains, par exemple, qui voudraient plancher sur un projet avec des chercheurs de POC doivent signer une entente de confidentialité dans laquelle ils s’engagent à ne pas commenter publiquement cette recherche sans avoir préalablement obtenu l’autorisation du service des communications de POC.

Ce que des chercheurs américains refusent net et ont justement commencé à dénoncer comme un «affront à la liberté académique»

AJOUT (16h15) : Pendant ce temps, un physicien respecté succède à un autre physicien respecté à la tête du département d’État américain à l’énergie.

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Mardi 26 février 2013 | Mise en ligne à 9h49 | Commenter Commentaires (14)

Les vertus du lait de chienne

En ce qui me concerne, c’est le nombre de la semaine : 10400. C’est-à-dire un 1 suivi de 400 zéros. C’est bien au-delà du «méchant paquet», du «tas inouï» et même du «t’as pas idée». Et pourtant, cette montagne mathématique, c’est le facteur de dilution d’un médicament homéopathique très populaire, l’oscillococcinum, qui prétend guérir la grippe avec des extraits de cœur et de foie de canard.

Enfin, des «extraits», ou plutôt ce qu’il en reste après les avoir dilués par 10400 — c’est-à-dire rien du tout. Car si l’on prenait un seul atome de canard et qu’on le mélangeait à l’Univers observable en entier, on n’atteindrait pas ce facteur de dilution. Seulement 1/1080, soit le nombre d’atomes dans l’Univers. Les homéopathes y «parviennent» tout de même, d’un point de vue strictement théorique, en répétant leurs dilutions un grand nombre de fois — dans le cas de l’oscillococcinum, les extraits de cœur et de foie de canard sont dilués au centième 200 fois de suite, ce qui donne 100200 = (102)200 = 10400. Mais cette méthode revient essentiellement à ajouter un atome de canard dans un Univers multiplié par 10320, puis en prendre un échantillon d’un ou quelques litres et espérer que l’atome de canard s’y trouvera. Bonne chance.

Et c’est bien pourquoi ce produit fait l’objet d’une poursuite judiciaire intentée l’an dernier par une firme d’avocats de Toronto, REO Law, et le Center for Inquiry of Canada, une sorte de groupe de «sceptiques» du Canada anglais. Le motif de la poursuite est que l’oscillococcinum est vendu en prétendant contenir un ingrédient actif qui, dans les faits, est absolument indétectable, ce qui serait de la fausse représentation.

Oh, dernière chose… Vous trouvez que l’idée de guérir la grippe ou quoi que ce soit d’autre avec des extraits de cœur et de foie de canards est farfelue, ou même dégoûtante ? Attendez de lire mon papier sur l’homéopathie paru ce week-end dans Le Soleil, vous verrez que le cœur de canard — mets par ailleurs délicieux, je vous prie de me croire — n’est que la pointe présentable de l’iceberg homéopathique, où l’on trouve des ingrédients qui vont du «dégueu» absolu jusqu’à l’absurde infini : muqueuse anale de lapin, lait de chienne, extrait de tumeur, de suppositoire ou d’araignée, etc. Impossible de tous les nommer (voir la liste compilée par Skeptic North) mais je m’en voudrais de ne rien dire de mon favori personnel, l’oxygène homéopathique (sous forme de pilule, je crois). Bien lire oxygène

Et vous voulez savoir le clou de l’histoire ? Tous ces «médicaments» ont été examinés par Santé Canada, qui les a… approuvés. C’est triste de même…

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