Cette histoire de voyage habité dans l’orbite martien, projet entièrement privé et qui serait lancé aussi tôt que 2018 (!), est à la fois captivante et désolante.
Le riche homme d’affaires et ingénieur américain Dennis Tito, qui est devenu le premier «touriste spatial» à visiter la Station spatiale en 2001, vient de lancer une fondation nommé Inspiration Mars pour financer une mission habitée vers la planète rouge. Il semble que les ficelles monétaires de l’entreprise soient encore loin d’être toutes attachées, mais j’imagine qu’il fallait s’y attendre. Le but serait simplement d’envoyer deux personnes aller virer autour de Mars, à 160 km d’altitude, pour en revenir aussitôt, ce qui prendrait 501 jours. Les deux tourtereaux, puisque la Fondation cherche un couple pour minimiser les frictions, vivraient d’amour et d’eau fraîche dans un compartiment gonflable de 17 m3 qui serait déployé après le décollage. Ils mangeraient des rations séchées — ce qui n’est jamais bon à long terme pour un couple, mais restons sérieux —, boiraient de l’eau recyclée et respireraient de l’air recyclé.
Ils devraient d’ailleurs s’occuper eux-mêmes de ce recyclage, afin de réduire autant que possible les circuits automatisés — pour des raisons de fiabilité, j’imagine, suivant ce vieux principe selon lequel les chiens de traîneaux, contrairement aux motoneiges, ne tombent jamais en panne.
Tout ceci, souligne Inspiration Mars, se ferait en utilisant des technologies éprouvées, déjà utilisées sur la Station, notamment. Cela réduirait ainsi passablement les risques d’une telle entreprise.
Mais ces dangers pourraient tout de même être assez grands, souligne ce papier du New Scientist, qui a de quoi tempérer les ardeurs. En effet, la protection contre les radiations devra certainement être une préoccupation majeure, car cette mission quittera bien évidemment la protection du champ magnétique terrestre, qui dévie une très grande partie des rayons cosmiques et des éruptions solaires. Ceux-ci, comme on le sait, sont constitués de particules électriquement chargées voyageant à très grande vitesse et qui, du point de vue de la santé, sont essentiellement une forme de radioactivité.
Le projet est pour l’instant muet sur les mesures de protection des éventuels astronautes. La Station spatiale, rappelons-le, se promène bien à l’intérieur du champ magnétique terrestre ; si sa technologie pourra sûrement aider un peu, puisque même en orbite bas, les doses de radiations sont une préoccupation, la mission martienne va se frotter à un rayonnement d’un tout autre calibre.
Il faut dire ici que la date de 2018 a été choisie parce qu’elle correspond à un minimum solaire, ce qui réduirait les chances qu’une éruption solaire projette d’énormes quantités de particules vers le vaisseau spatial. Mais, note le New Scientist, les vents solaires ont aussi l’avantage de repousser une partie des rayons cosmiques provenant de l’extérieur du système solaire… Le chef médical de la mission, Jonathan Clark, estime que l’équipage verra presque assurément ses chances de cancer augmenter de 3 %. C’est relativement peu, mais il y a quand même quelque chose qui me chicote dans ce que Dr Clark dit par la suite :
«Si vous revenez avec le cancer, on peut s’arranger avec ça sur Terre. Notre objectif est de minimiser les effets de la radiation aigüe sur les performances de l’équipage.»
L’idée derrière une telle entreprise, il me semble, devrait être de tester des façons de protéger l’équipage contre la radiation. Pas de protéger ses performances, ni de tester la résistance humaine à la radiation. Mais bon…
C’est sans compter, aussi, le fait que la partie la plus risquée du vol serait les manœuvres d’atterrissage. La vitesse de retour sera telle que l’appareil devra passer une dizaine de jours en orbite afin de ralentir. Et encore là, sa rentrée dans l’atmosphère se fera à une vitesse record de 14 km/s.
Alors chérie, on se fait une petite balade ?
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