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  • Jean-François Cliche

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    Lundi 28 janvier 2013 | Mise en ligne à 10h48 | Commenter Commentaires (4)

    Alzheimer : vaccin en eaux troubles

    Ça, c’est ce qu’on appelle un «beau débat» : la percée importante qui devrait mener vers un «vaccin» contre l’Alzheimer, annoncée récemment par l’Université Laval et de nombreux médias, est loin de convaincre tout le monde dans le petit monde de la recherche sur cette terrible maladie. Très loin, ai-je pu constater en travaillant sur ce dossier, paru samedi dans Le Soleil.

    C’est que ce «vaccin» — qui n’en est pas un, à proprement parler, mais plutôt un «adjuvant», c’est-à-dire une substance qui stimule le système immunitaire et améliore ainsi l’efficacité d’un vaccin — tape en plein dans une théorie de l’Alzheimer qui, si elle a longtemps tenu le haut du pavé, est de plus en plus contestée. Cette théorie veut que cette démence soit provoquée par des petits bouts de protéine nommés amyloïde-bêta, qui sont toxiques pour le cerveau et qui ont ont tendance à s’agglutiner sur les neurones pour former ce que l’on appelle des «plaques séniles». Chez beaucoup de patients atteints, les microglies (les cellules immunitaires du système nerveux central) ne font plus leur travail normal de nettoyage des amyloïdes-ß, ce qui permet au peptide de s’accumuler.

    En injectant de façon répétée un adjuvant — le lipide monophosphorylique A, ou MPL, qui est un dérivé d’une substance que l’on trouve dans la «coquille» de beaucoup de bactéries — à des souris qui avaient été programmées génétiquement pour développer la maladie, l’équipe du chercheur Serge Rivest est parvenue à diminuer de 80 % les quantités d’amyloïdes-ß dans le cerveau des rongeurs, et à améliorer de façon marquée leurs performances à des tests de mémoire.

    Or depuis quelques années, l’hypothèse de l’amyloïde a pas mal de plomb dans l’aile. D’abord parce que l’on a fini par découvrir des cas de patients qui n’ont pas beaucoup de ces plaques, mais qui sont tout de même très malades — et inversement, des gens à l’esprit sain qui en ont beaucoup. Et puis, m’ont fait remarquer plusieurs médecins et chercheurs, l’idée de stimuler le système immunitaire pour qu’il nettoie les amyloïdes-ß a déjà été testée, et si elle avait donné d’excellents résultats sur les souris, on n’est jamais parvenu à les reproduire sur des sujets humains — en fait, quelques uns d’entre eux ont même fait des encéphalites et en sont morts.

    Mais M. Rivest demeure convaincu qu’il est sur la bonne voie. Aucune de ces expériences, souligne-t-il, n’est parvenue à diminuer de beaucoup les quantités d’amyloïde-ß dans le cerveau, et elles se concentraient uniquement sur les plaques séniles, alors qu’il existe plusieurs autres formes d’amyloïde toxique. Il est donc bien possible que les plaques ne soient qu’un effet secondaire — plus on a d’amyloïde soluble dans le cerveau, plus on aura de plaques (en moyenne), et plus on aura de chance de développer l’Alzheimer. Tant qu’on n’aura pas observé ce qui se passe quand on élimine 80 % de toutes les formes d’amyloïdes dans le cerveau humain, ce que M. Rivest et son équipe ont réussi avec le MPL, on ne pourra pas éliminer cette piste — qui est supportée par diverses évidences, notons-le.

    M. Rivest, il faut le dire, n’est pas le dernier venu dans la recherche sur l’Alzheimer. C’est notamment grâce à lui que l’on sait maintenant que, contrairement à ce que l’on a longtemps cru, les microglies ne causent pas la maladie en s’agglutinant autour des neurones, mais s’accumulent autour des plaques sans être capables de les phagocyter — percée qui d’ailleurs été nommée «découverte de l’année 2006».

    Encore une fois, on trouvera plus de détails dans mon papier du week-end


    • Andréa Leblanc aurait peut-être des choses intéressantes à dire sur le rôle de la caspase dans la maladie d’Alzheimer et l’absence relative de rôle des amyloïdes.

    • Sans nécessairement être la cause complètement en amont de la maladie d’Alzheimer, des milliers d’études ont démontré hors de tout doute que l’Amyloid beta est une protéine extrêmement toxique pour les neurones. Son accumulation a comme effet d’induire une panoplie d’effets néfastes pour les neurones tels que des dysfonctions au niveau du métabolisme ou du transport axonal ainsi que l’activation de certaines caspases (molécules qui induisent la mort cellulaire). Parvenir à éliminer cette protéine permettrait sans aucun doute de ralentir la progression de la maladie et dans le meilleur des cas la renverser.

      Avant de discréditer l’importance cruciale de l’Amyloid beta dans cette maladie, il faut noter que pratiquement tous les gènes qui mènent à développer la maladie d’Alzheimer et qui sont transmissibles de génération en générations sont liés à la surproduction d’Amyloid beta. De plus, plusieurs gènes menant à des déficiences du système immunitaire accélèrent le développement de la maladie, ce qui suggère qu’un système immunitaire compétent est souhaitable pour combattre l’Alzheimer.

      Il est important de comprendre que le système immunitaire et le cerveau sont des systèmes très complexes. Il est faux de croire que parce qu’un essai clinique n’a pas fonctionné, les prochains sont automatiquement voués à l’échec. Depuis cet essai, plusieurs études ont démontrés les erreurs et les failles de la stratégie antérieurement utilisée. Plusieurs équipes de recherche se basent maintenant sur ces nouvelles connaissances afin d’arriver à un traitement efficace et sécuritaire basé sur la diminution des niveaux d’Amyloid beta.

    • Bravo pour cet article qui lève un peu le voile sur le monde de la recherche. Pour une fois, un article plus nuancé va au-delà des opérations de marketing des universités et des chercheurs pour publiciser leurs propres recherches; cela se fait souvent sous un angle exagérément favorable, ce qui suscite souvent de faux espoirs et crée à long terme de l’indifférence et de la méfiance.

    • Vaux mieux prévenir que guérir ! La forte consommation de viande rouge augmente les risque de démence de type Alzheimer et Parkinson, contribue aussi à l’augmentation de risque pour le cancer du colon…les vitamines du complexe B sont importantes pour le système nerveux.

      “En associant des injections de 30 milligrammes de riboflavine (vitamine B2) toutes les huit heures avec une suppression complète de tout type de viande rouge, certains porteurs de la maladie de Parkinson ont réussi à augmenter leur motricité de 44 à 71%.”

      http://www.informationhospitaliere.com/actualite-4769-traitement-maladie-parkinson-regime-sans-viande.html

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