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  • Jean-François Cliche

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    Jeudi 24 janvier 2013 | Mise en ligne à 17h06 | Commenter Commentaires (11)

    La «famille virale» du VIH serait vieille de 5 millions d’années

    Les virus de la «famille» qui nous a donné le VIH seraient beaucoup, beaucoup plus anciens que ce qu’on croyait. Alors que plusieurs estimés comptaient jusqu’ici en dizaines de milliers d’années, deux biologistes de Seattle parlent maintenant d’«au moins 5 à 6 millions d’années».

    Dans leur article qui vient tout juste d’être publié par la revue savante PLoS Pathogens, Alex A. Compton, de l’Université de l’État de Washington, et Michael Emerman, du Centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson, basent cette conclusion sur l’examen d’un gène très répandu chez les primates, qui leur confère une résistance au lentivirus — soit des virus à incubation longue qui sont capables d’infecter des cellules qui ne se divisent pas (contrairement aux autres virus) et dont le VIH fait partie. Les lentivirus peuvent infecter toutes sortes d’animaux, mais la «famille» du VIH serait ici composée des souches qui infectent les primates (une quarantaine d’espèces différentes).

    Comme le génome des virus change très rapidement et de façon irrégulière, on ne peut s’en servir comme d’une «horloge». Cependant, puisque les espèces doivent se défendre contre ces virus, elles comptent souvent des «gènes protecteurs», et c’est un tel gène que les biologistes ont étudié — nommément le «A3G», qui code pour une protéine qui nuit à la transcription des gènes viraux en ADN (ce que les lentivirus doivent obligatoirement faire) et qui introduit des mutations dans le matériel génétique viral. Pour contourner cette défense, les lentirivus ont rapidement évolué une protéine nommée Vif, et le fait que tous les lentivirus qui ciblent des primates en sont dotés suggère que le gène A3G est un bon marqueur pour retracer l’histoire de ces virus.

    MM. Compton et Emerman ont donc mis plusieurs variantes de Vif en présence de la protéine primate A3G, et ont trouvé que beaucoup de versions de ce gène permettent effectivement de neutraliser l’effet de la protéine virale. Et si certaines des mutations observées semblent être apparues plusieurs fois de manière indépendante au cours de l’évolution, d’autres sont clairement associées à certaines branches précises des primates, ce qui suggère qu’elles ont été acquises par un ancêtre commun. Et cela signifierait évidemment que ces lentivirus doivent être aussi anciens que cet ancêtre commun.

    En recoupant ces données avec ce que l’on sait de l’évolution des primates, les chercheurs arrivent à un âge minimal de 5 millions d’années, âge qui pourrait atteindre jusqu’à 12 millions d’années.


    • Michael Emerman est un chercheur sérieux qui privilégie la qualité à la quantité. Il “n’a que” 114 publications, mais 27 d’entre elles ont été citées plus de 100 fois, selon Sciverse Scopus. C’est aussi un excellent éditeur.

    • Emerman a fait son Ph.D. dans le laboratoire du prix Nobel Howard Temin, et son postdoctorat dans le laboratoire du prix Nobel Luc Montagnier. C’est une bonne manière de démarrer dans la vie…

    • Oh boy, ça fait plus longtemps que je pensais que la CIA travaille sur le virus.

      Non, ça ne veut pas dire qu’ils travaillent là-dessus depuis longtemps. Juste que la CIA maîtrise le voyage dans le temps… ;-)
      JFC

    • @JFC
      Ca veut peut-être dire qu’ils ne le maitrisent pas et ce qu’ils ont envoyé dans le passé à causé ce “problème”.

      Imaginez le scénario. Ils sont rendus au stade de tester le voyage dans le temps avec un humain. Mais ils ne sont pas surs encore que ça marche. Il y a une forte probabilité de mourir. Alors ils demandent un volontaire. Un sidéen se propose car de toute façon, il va mourir bientôt. Ils le prennent et créent ce paradoxe sida-temporel.
      Je vais poster ça sur un blogue américain de théoriciens du complot. On verra ça va prendre combien de temps pour que ça fasse la une du “National Enquirer”. Hihiihi.

    • honorable

      Nous sommes en droit de nous attendre de votre part à plus que des commentaires scientifico-mondains. À tout le moins sur ce sujet.

      En espérant que vous sachiez apprécier le parfum suave de la fleur que je vous fais.

    • Tant qu’à aller dans la théorie du complot, allons-y pour quelque chose qui pourrait être crédible, genre:

      le VIH a été fabriqué dans un labo et s’est échappé. On sait en effet qu’il existe des dérèglements du système immunitaire, mais c’est la première fois qu’un virus s’attaque spécifiquement au système immunitaire (Lymphocyte T). C’est en introduisant, dans un virus de cette famille, le brin d’ARN codant pour une protéine capable de s’accrocher spécifiquement à une protéine de la surface du lymphocyte qu’on y est parvenu.

      Preuve (!) indirecte: qui peut penser que le VIH s’est transmis d’un primate à l’homme? Cheetah n’est en effet pas très sexy à mon goût…

      Pour ceux qui me penserait adepte du complot, la réponse est non. Je serais plutôt adepte du “Boss, on a un problème…” o-)

    • Les primates dont il est question ici sont des primates africains. Les primates du Nouveau-Monde, ceux d’Asie et probablement ceux de Madagascar ne souffrent pas d’infection par le Simian Immunodeficiency virus (le SIV). Le SIV n’a pas été transmis à ces primates pour des raisons géographiques évidentes.

      Par ailleurs, notre génome regorge de fragments de retrovirus endogènes (environ 8 % de notre génome) qui ne sont pas des lentivirus et dont l’origine remonte à il y a plus de 150 000 ans. Il ne serait pas surprenant que leur origine soit aussi vieille que celle des SIV.

      Quant au SIV, qui s’est ensuite muté en HIV, il nous a infecté il y a environ 1 siècle seulement.

    • PS: rien ne dit que ce lentivirus original, vieux de 5 ou 6 millions d’années, serait nommé SIV si on en aait la séquence. Il serait peut-être trop différent du SIV pour être nommé SIV, mais il demeurerait l’ancêtre du SIV; tout comme le SIV est l’ancêtre du VIH.

    • PS2: de plus, il est possible que ce lentivirus original ne soit pas l’ancêtre du SIV. L’hypothèse la plus simple est qu’il est l’ancêtre du SIV, mais ce n’est pas la seule hypothèse imaginable.

    • @ honorable

      Le VIH a fait des ravages et n’était apparemment pas trop prévisible , compte tenu de ce qu’on en sait maintenant quelle est la probabilité dans un horizon faible que nous soyons de nouveau confronté à quelque mutations de semblable ?

      Il faut aussi j’imagine tenir du compte des méthodes de transmissions qui dépendent beaucoup du mode de vie , entre autre en Afrique les pays musulmant stricts ( Mauritanie par exemple ) ne sont pratiquement pas touché comparé aux pay plus au sud.

    • @mononke: confrontés à un nouveau virus, i.e. assez nouveau pour lui donner un autre nom? Très rare. Confrontés à des virus qui ont changé substantiellement de séquences? A chaque année. Continuellement, diraient d’autre.

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