On parle très peu de ces choses-là au Québec, sauf lorsqu’il y a mort d’homme (ou de femme), mais il existe un courant en faveur de la naturopathie qui pousse fort, et même très fort, au Canada anglais et aux États-Unis. À tel point, d’ailleurs, que l’Alberta est devenue récemment la cinquième province canadienne à reconnaître officiellement cette «discipline» comme une avenue thérapeutique patentée et régie par un «College of Naturopathic Doctors», suivant en cela l’exemple, notamment, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.
Ouaip, z’avez bien lu, c’est ça qui est ça : «naturopathie», comme dans médecine «douce», ou «alternative», ou «pouvoir curatif de Mère Nature», ou «cure de détoxination», ou quelque autre terme de votre cru qui puisse servir d’euphémisme pour «sans fondement scientifique». Le ministre albertain de la santé est même allé jusqu’à déclarer que, par cette décision, son gouvernement signifiait que la naturopathie était à ses yeux une façon «efficace» de traiter divers maux.
Et c’est bien ce qui a fait tiquer le professeur de droit de la Santé à l’Université de l’Alberta Timothy Caufield, dans cet excellent texte publié hier sur le site du National Post. C’est une chose, pour un gouvernement, de constater que ce mouvement de médecine alternative est là pour rester et qu’il vaut mieux l’encadrer que la combattre pour assurer la sécurité du public — c’est peut-être même la meilleure solution, remarquez. Mais le risque est alors que cette décision soit interprétée comme une caution, comme une preuve que ces «thérapies» fonctionnent, alors que toutes les études sérieuses sur la question concluent qu’elles ne sont pas meilleures que des placebos.
Dans ce texte, M. Caufield fait référence à une étude fort intéressante qu’il a menée lui-même et que l’on peut trouver ici. L’exercice a consisté essentiellement à se rendre sur le site d’une cinquantaine de «cliniques» canadiennes de naturopathie afin d’examiner les services qu’elles offraient. Conclusions : il s’agit souvent de conseils du type «grosses évidences» — manger mieux, faire de l’exercice, etc. —, mais aussi en grande partie de pratiques qui n’ont tout simplement aucun fondement. À cet égard, d’ailleurs, les services les plus communément offerts par ces «cliniques» étaient des traitement d’homéopathie (94 % des cas), c’est-à-dire cette croyance voulant que si une maladie vous cause tel symptôme, alors vous pourrez guérir si vous ingérez d’infinitésimales quantités de substances qui provoquent des symptômes similaires.
Vous souffrez d’un mal qui vous donne des symptômes semblables à ceux que vous auriez si, disons, vous buviez de l’eau de Javel ? Pas de problème : buvez de l’eau de Javel, mais alors sous une forme extraordinairement diluée. Les concentrations doivent être si faibles, en fait, que l’eau de Javel sera indétectable même avec des instruments sophistiqués. Si faibles, pour tout dire, qu’il faudrait vraiment parler d’«eau tout court» et non d’eau de Javel, mais ne vous posez pas de questions. Il suffit de croire et de payer cash pour que ça marche.
Pas étonnant, donc, que cette montée en force de la naturopathie provoque inquiétudes et grincements de dent de la part des médecins. Ce qui étonne davantage, cependant, c’est de voir à quel point nos gouvernements se rendent facilement aux arguments des «thérapeutes alternatifs». La moitié des provinces canadiennes reconnaissent maintenant officiellement la naturopathie ; ça en dit long…
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