
La feuille «suspecte» est celle qui est le plus en évidence, en gris surligné de blanc, à la gauche du billet. Image : Banque du Canada
La Monnaie Royale canadienne se serait-elle, oh shocking !, trompé de feuille d’érable sur nos nouveaux billets de 20 dollars ?
C’est ce qu’ont affirmé des botanistes à la CBC, ce qui poserait un bien drôle de problème de symbole puisque, d’une part, le symbole du Canada est la feuille d’érable à sucre (Acer saccharum), et non d’érable de Norvège (ou «érable plane», Acer platanoides), et d’autre part parce que ce dernier «est une espèce invasive dans l’est de l’Amérique qui déplace nos espèces indigènes. Alors il n’est probablement pas approprié de la mettre sur notre monnaie», a déclaré à CBC le botaniste Sean Blaney, de l’Atlantic Canada Conservation Data Centre.
La Banque du Canada, de son côté, se défend en disant qu’il s’agit d’une version «stylisée» de la feuille de l’érable à sucre.
Pour ma part, j’ai bien tenté de sauver l’honneur national en interviewant une autre spécialiste, la botaniste Jeanne Millet, chargée de cours à l’UdeM et auteure du livre récent L’architecture des arbres des régions tempérées, mais mal m’en prit : il semble que les choix botanico-stylistique de la Banque du Canada sont encore plus embrouillés que je ne le pensais !
En fait, m’a dit Mme Millet (avec un petit sourire ironique dans la voix, précisons-le), cette feuille-là lui fait plutôt penser à une sorte d’hybride. D’emblée, son côté très «dentelé» lui fait penser à une feuille d’érable rouge (Acer rubrum, voir ci-bas), une espèce indigène, soit, mais beaucoup moins répandue que son célèbre cousin à sucre. Mais d’un autre côté, la feuille de la BdC a les «sinus arrondis», c’est-à-dire que les «creux» qui séparent les lobes (les «bras» de la feuille, si l’on préfère) ont une forme arrondie, ce qui est plutôt caractéristique de l’érable à sucre.
Or, A. saccharum n’a pas les feuilles aussi dentelées, et si celles-ci peuvent avoir 7 lobes comme celle du billet de 20 (notons que les deux petits «bras» du bas de la feuille compte comme des lobes), elles en ont habituellement seulement 5, et ce sont plutôt les feuilles de l’érable de Norvège qui combinent les caractéristiques des 7 lobes et des dentelures. Mais encore là, elles n’ont pas les sinus arrondis…
Enfin bref, l’arbre est dans ses feuilles, et le diable est «pogné» dedans…

De gauche à droite : la feuille «suspecte» ; l'érable de Norvège ; l'érable à sucre ; et l'érable rouge. (Images : Banque du Canada et Gouv. de l'Ontario (http://www.omafra.gov.on.ca/french/livestock/horses/facts/06-110.htm))
AJOUT : Le consultant en botanique Arold Lavoie me fait remarquer sur Twitter qu’il n’y a pas que le billet de 20 $ qui sont problématiques. Les pièces de 1¢ aussi, puisque on y voit des feuilles dites «alternes» (qui partent de la branche en alternance) alors que celles de l’érable à sucre sont dites «opposées», c’est-à-dire qu’elles partent de la branche en paires, de chaque côté.
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