On excusera ce titre d’un goût en apparence douteux, mais qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse : c’est très exactement de cela dont il s’agit. Une équipe néerlandaise a testé ce «traitement» sur des patients aux prises avec des infections intestinales récurrentes à la bactérie Clostridium difficile. Et d’après l’article qui vient d’être publiés dans le prestigieux New England Journal of Medicine, la «transplantation fécale» s’est avérée si efficace que l’expérience a été stoppée à mi-chemin.
La tristement célèbre C. difficile est une bactérie qui peut causer de sévères diarrhées et de la fièvre chez les personnes infectées — ou même la mort chez celles qui se trouvaient déjà faibles, pour d’autres raisons. Cette bactérie ne fait généralement pas partie de notre flore intestinale, laquelle empêche normalement C. difficile de s’implanter. Mais comme les traitements antibiotiques ont pour effet secondaire de tuer une grande partie de cette flore, C. difficile peut en profiter pour s’incruster, et il peut alors s’avérer très ardu de la déloger.
Sous la supervision du Dr Josbert Keller, gastroentérologiste de l’Université d’Amsterdam, 43 patients aux prises avec ce mal ont donc été recrutés. Du nombre, 13 ont reçu un traitement régulier aux antibiotique (4 doses orales de vancomycine par jour pendant deux semaines), 13 ont reçu un traitement antibiotique jumelé à un lavage des intestins, et 16 ont reçu un traitement antibiotique court (4 doses par jours pendant 4 jours) suivi d’un lavage des intestins, puis d’une infusion fécale provenant d’un «donneur» sain.
Résultat : 13 des 16 patients «transplantés» ont été guéris après seulement un traitement, et deux des trois autres ont guéri après une seconde infusion (14, 50 et 53 jours après la première, selon le cas) d’un donneur différent, pour un taux d’efficacité de 15/16. Par comparaison, les antibiotiques seuls ont guéri seulement 4 patients sur 13, et 3 sur 13 lorsque combinés avec un lavage.
Pour plus de détails, vous pouvez vous reporter aux compte-rendu du New York Times et du magazine Science. Mais la conclusion est la même : voilà une nouvelle et très éloquente démonstration que nous vivons sur une planète dominée par les bactéries, que nous avons évolué pour vivre avec elles — enfin, certaines d’entre elles — au point d’en avoir besoin pour vivre, et que l’on peut guérir certaines maladies essentiellement en remettant les bonnes bactéries aux bons endroits. Et puis, si l’on nous permet cette boutade, c’est justement pour cette raison qu’en certaines circonstances, les antibiotiques, ça vaut pas de la m…
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