
Même si les épaulards parviennaient à profiter d'un couvert de glace moins épais et plus lâche le long de la côte québécoise (partie en mauve), ce qui n'est pas certain, un mur de glace beaucoup plus ferme leur bloquera le chemin dans le détroit d'Hudson. Source : Environnement Canada
Certes, les épaulards qui étaient prisonniers des glaces au large d’Inukjuak, dans la Baie d’Hudson, ont été libérés de leur mauvais pas par un retournement favorable des vents et de la marée. Mais au risque de passer pour un sale rabat-joie — pas que cela me déplaise tant que ça, remarquez… —, cela risque fort de n’être qu’un sursis plus ou moins bref.
L’image ci-haut, disponible ici en meilleure résolution, montre l’état des glaces dans la baie d’Hudson en date de lundi — la carte émane d’Environnement Canada. Sans surprise, tout est recouvert par la banquise de 90 à 100 %, ce qui n’augure rien de bon pour les cétacés.
Selon le biologiste et spécialiste de l’Arctique de l’Université Laval Louis Fortier, à qui j’ai pu parler hier, les animaux pourront peut-être, peut-être profiter du fait que la glace est plus mince et plus «lâche» autour d’Inukjuak qu’ailleurs pour remonter vers le nord et tenter de gagner l’Océan Atlantique. Comme on le voit en effet dans la légende «U», le chiffre dans la case du haut est «9+», ce qui signifie que la glace recouvre plus de 90 % de la surface de l’eau — pour une explication de ce que signifient ces petits tableaux, se reporter ici. Cependant, on voit aussi sur les seconde et troisième lignes (les chiffres 1, 7, 2, puis 7, 5, 4), qui indique le stade de développement des glaces, que seul 1/10 de la région est recouverte de «glace mince de première année» (le «1» sur la deuxième rangée, jumelé au code «7» sur la troisième rangée), d’une épaisseur de 30 à 70 cm ; 7/10 est recouverte de «glace blanchâtre» (15 à 30 cm d’épaisseur), et 2/10 de «glace grise» de 10 à 15 cm d’épaisseur et qui se brise sous l’effet de la houle.
En principe, donc, on peut penser que les orques ont peut-être un petite chance de se rendre presque jusqu’au détroit d’Hudson. Mais même s’ils se rendaient jusqu’au détroit d’Hudson, dit M. Fortier, ils seront alors vraisemblablement bloqués par la banquise, qui est beaucoup mieux prise dans le détroit et qui peut atteindre des épaisseurs de 1,20 m.
En principe, poursuit le biologiste, des vents favorables pourraient pousser les glaces vers le nord et libérer un passage temporaire dans le détroit, entre la banquise et la pointe du Québec. Mais même s’ils parvenaient jusqu’à la baie d’Ungava, les épaulards auraient encore une longue route presque entièrement couverte de glace avant d’atteindre l’Atlantique.
Bref, il semble bien que les médias qui ont annoncé hier que les orques étaient «sauvés» se soient emballés un peu vite. Disons qu’ils se sont ménagés un sursis, qui pourrait durer un certain temps, puisque l’espèce est résiliente, mais qu’il vaudrait mieux ne rien gager sur leurs chances de survivre à l’hiver…
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