Ceux qui suivent encore le dossier des gaz de shale, ce qui inclut officiellement le nouveau ministre de l’Environnement depuis la semaine dernière, seront intéressés par deux études qui sont parues sur le sujet au cours des derniers jours. Vendons tout de suite la mèche : il y a une bonne et une mauvaise nouvelle là-dedans — mais tous ne s’entendront peut-être pas sur laquelle est laquelle…
La plus récente est ce rapport de la commission géologique américaine (USGS), qui a prélevé des échantillons d’eau potable dans 127 puits situés dans deux comtés de l’Arkansas où l’industrie des gaz de shale a été très active ces dernières années, visant une formation géologique nommée shale de Fayetteville. Depuis 2004, pas moins de 4000 puits ont été complétés dans ce shale en Arkansas.
Résultat : aucun signe de contamination de la nappe phréatique, ni par les eaux de fracturation, ni par des fuites de gaz. Les chercheurs ont analysé divers indicateurs, mais ont porté une attention particulière aux chlorures (Cl-), parce que les eaux souterraines associées aux shales sont des saumures, c’est-à-dire qu’elles sont extrêmement salées (plusieurs fois plus que l’eau de mer). Toute contamination provenant des profondeurs s’accompagnerait donc d’une grande quantité de Cl-. Mais en comparant les valeurs obtenues pour les puits d’eau situés à moins de 3 km d’un puits de gaz de shale avec celles des puits situés plus loin, ils n’ont trouvé aucune différence significative. Les chercheurs ont également comparé leurs résultats avec d’autres mesures prises dans 43 puits d’eau de la région entre 1951 et 1983, mais n’ont pas trouvé plus de signe de contamination.
Ils ont par ailleurs examiné le ratio isotopique du méthane dans une cinquantaine de puits d’eau potable. Le méthane, comme on le sait, est la principale composante du gaz naturel et est une petite molécule regroupant un atome de carbone et quatre d’hydrogène (CH4). On trouve deux isotopes stables, ou deux «variantes» du carbone sur Terre, soit le carbone-12 (12C, dont le noyau compte 6 protons et 6 neutrons ; représente près de 99 % du carbone) et le carbone-13 (13C, dont le noyau compte 6 protons et 7 neutrons ; représente un peu plus de 1 % du carbone sur Terre). Comme les bactéries qui produisent du méthane ont une préférence pour le 12C, et comme le méthane des shales est créé de façon thermique (sans intervention de bactéries), on peut se servir du ratio isotopique 13C/12C pour déterminer l’origine du méthane dans l’eau d’un puits — on considère en effet qu’une origine bactérienne exclue une origine plus profonde et exonère l’industrie. Et c’est ce que les chercheurs ont trouvé en Arkansas : seulement du biogaz.
Ce sont là des résultats intéressants, bien sûr, parce que la question des eaux de fracturation a été au cœur du débat jusqu’à maintenant, mais aussi parce que, rappelons-le, une étude de l’Université Duke avait trouvé en 2011 des traces de gaz de schiste (non bactérien) dans les puits d’eau situés à moins de 2 km de puits de gaz naturel.
L’autre étude date un peu plus, ayant été publiée dans Nature la semaine dernière, lorsque votre honoré serviteur était encore en vacances, mais il est bon d’en parler parce qu’elle ajoute à une controverse qui s’est quelque peu amplifiée ces dernières semaines. Des chercheurs de la National Oceanic and Atmospheric Administration, aux États-Unis, ont pris des échantillons d’air autour de champs de gaz de schiste au Colorado et en Utah, et leurs résultats semblent confirmer d’autres expériences précédantes qui suggèrent que ces opérations laissent s’échapper d’importantes quantités de méthane. Et comme celui-ci est un puissant gaz à effet de serre, ces fuites se trouveraient à annuler les avantages qu’il y a à abandonner le charbon pour le gaz naturel — du point de vue des GES, du moins, parce que le charbon produit aussi pas mal d’autres polluants.
Pendant longtemps, le chercheur qui a démarré cette controverse, Ron Howarth, de l’Université Cornell, a été pas mal isolé. Mais comme je l’écrivais ici, d’autres études sont venues appuyer ses résultats l’automne dernier. Rien n’est encore prouvé, remarquez, et la thèse selon laquelle le gaz de shale est aussi «réchauffant» que le charbon est encore très critiquée par nombre d’experts, mais cela montre que cette question en est une sérieuse qu’il faudra tirer au clair.
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