Sciences dessus dessous

Archive du 8 janvier 2013

Mardi 8 janvier 2013 | Mise en ligne à 14h23 | Commenter Commentaires (73)

La conversion d’un militant anti-OGM

On n’en parle à peu près pas dans les médias québécois (à part Pascal Lapointe, ce matin), mais la nouvelle fait tout un bruit dans le monde anglophone depuis une semaine. L’écologiste britannique et militant anti-OGM de longue date, le britannique Mark Lynas, se range désormais aux arguments des «pour» et est même allé jusqu’à s’excuser d’avoir «contribué à lancer le mouvement anti-OGM dans les années 90», lors d’un discours prononcé la semaine dernière à l’Oxford Farming Conference.

Pourtant, pas plus tard qu’en 2008, Mark Lynas s’opposait toujours aux aliments génétiquement modifiés, écrivant alors dans The Guardian qu’ils ne résoudraient pas les problèmes de faim dans le monde et qu’il y avait quelque chose d’éthiquement inacceptable dans l’idée même de transférer des gènes d’une espèce à l’autre.

Mais c’était une autre époque — et gageons que M. Lynas ne prévoyait pas changer à ce point à ce moment-là de sa vie. Son discours de la semaine dernière ne fut pas une surprise pour ceux, dont je suis, qui le suivent sur Twitter ; sur ce réseau, M. Lynas avait sévèrement critiqué l’étude de Gilles-Éric Séralini qui faisait un lien (abusif) entre les OGM et le cancer, l’automne dernier, suivant en cela l’avis d’une écrasante majorité de scientifiques. Mais le discours témoigne tout de même d’un cheminement assez radical merci, et c’est sans doute ce qui frappe l’imaginaire médiatique. Le militant écolo, qui est toujours très actif sur le réchauffement climatique, y admet essentiellement avoir délibérément ignoré de nombreux faits et études scientifiques qui démontraient divers avantages (ou ne serait-ce que l’innocuité) des cultures OGM. Ce passage du discours illustre on ne peut mieux l’ampleur du retournement :

«Quand on y pense, le mouvement organique est essentiellement un mouvement réjectionniste. Il n’accepte pas plusieurs technologies modernes simplement par principe. Comme les Amish de Pennsylvannie, qui ont figé la technologie qu’ils utilisent en 1850, le mouvement organique fige la technologie qu’il accepte quelque part autour de 1950, et pour des raisons qui ne sont pas meilleures.»

Bref, c’est un quadruple salto arrière. Remarquez, c’en est un qui est plutôt bien indiqué, car il est vrai que, bien qu’ils ne soient pas une solution miracle (qui n’existe jamais de toute façon), les OGM ont été inutilement démonisés. Et quand je vois le zèle avec lequel beaucoup d’opposants continuent d’invoquer l’étude de Séralini pour défendre leur position malgré l’avis de six académies scientifiques, de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, du Haut Conseil des biotechnologies, et la réaction unanimement scandalisée de la communauté scientifique à l’égard de cette «étude», je me dis, moi aussi, qu’il y a peut-être un brin de religion dans leur attitude.

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Mardi 8 janvier 2013 | Mise en ligne à 10h00 | Commenter Commentaires (5)

Cachez ce futur que je ne saurais prévoir

Pourquoi des gens divorcent-ils de conjoints dont ils étaient éperdument épris 15 ans auparavant ? Qu’est-ce qui en pousse d’autres à laisser des emplois dont ils s’étaient satisfaits pendant des années ? Comment se fait-il que des gens font à 40 ans des choses — comme conduire une minifourgonnette — qui les répugnaient à 20 ans ?

La réponse courte est simple : c’est parce qu’avec l’âge, les gens changent. Mais un trio de chercheurs en psychologie vient d’ajouter à cette évidence une tournure un brin dramatique dans Science, nommément que ces mêmes gens sont terriblement mauvais pour prévoir la nature et, surtout, l’ampleur des changements qui les transformeront au cours des prochaines années.

Jordi Quoidbach et Daniel T. Gilbert, de Harvard, ainsi que Timothy Wilson, de l’Université de Virginie, ont en effet analysé plusieurs échantillons totalisant plus de 19 000 personnes pour trouver que même si nous sommes très conscient d’avoir changé depuis 10 ans, nous sous-estimons systématiquement les transformations qui nous attendent. Pour le démontrer, ils ont dans un premier temps fait passé un test de personnalité à 7500 personnes de 18 à 68 ans, puis leur ont demandé de repasser ce test  soit  en se mettant dans la peau de qui ils étaient il y a 10 ans, soit en imaginant les réponses qu’ils donneraient dans 10 ans.

Ils ont ensuite comparé les réponses des participants de chaque âge avec celles des participants plus vieux ou plus jeunes de 10 ans, pour constater que le gens ne s’attendent pas à changer. Les changements de personnalité que les participants de 20 ans, par exemple, prévoyaient subir dans les 10 prochaines années étaient en moyenne plus faibles que ceux dont les participants de 30 ans se souvenaient pour les 10 dernières. Et ceux de 30 ans n’étaient d’ailleurs pas meilleurs devins, anticipant des changements plus faibles que ceux rapportés par les gens de 40 ans.

Et comme on le voit dans le tableau ci-bas, les chercheurs ont répété l’exercice pour les valeurs (succès, hédonisme, sécurité, etc) et les goûts personnels (musique, hobbies, etc.), pour arriver au même résultat. Selon eux, cette «illusion de la fin de l’histoire», comme ils l’appellent — vraisemblablement en référence au livre controversé de Francis Fukuyama publié en 1992, La Fin de l’histoire, où l’auteur développait la thèse selon laquelle la démocratie libérale à l’occidentale était le meilleur système politico-économique dont l’Humanité puisse possiblement accoucher, et que l’«histoire» ou le «progrès» allait donc cesser quand l’unanimité serait faite autour de ce système, mais ceci est une tout autre histoire — selon les auteurs, donc, cette illusion pourrait être due au fait que l’on aime avoir une bonne opinion de soi-même, et que l’idée que l’on changera implique nécessairement que a) nous sommes encore très imparfaits, ou b) nous allons régresser. Il est aussi possible que l’effet s’explique par le fait qu’il est plus facile de se remémorer quelque chose que d’imaginer une transformation qui n’a pas encore eu lieu.

Plus de détails dans mon papier paru ce matin dans Le Soleil.

 Crédit : J. Quoidbach et al. / Science.

Crédit : J. Quoidbach et al. / Science.

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