On n’en parle à peu près pas dans les médias québécois (à part Pascal Lapointe, ce matin), mais la nouvelle fait tout un bruit dans le monde anglophone depuis une semaine. L’écologiste britannique et militant anti-OGM de longue date, le britannique Mark Lynas, se range désormais aux arguments des «pour» et est même allé jusqu’à s’excuser d’avoir «contribué à lancer le mouvement anti-OGM dans les années 90», lors d’un discours prononcé la semaine dernière à l’Oxford Farming Conference.
Pourtant, pas plus tard qu’en 2008, Mark Lynas s’opposait toujours aux aliments génétiquement modifiés, écrivant alors dans The Guardian qu’ils ne résoudraient pas les problèmes de faim dans le monde et qu’il y avait quelque chose d’éthiquement inacceptable dans l’idée même de transférer des gènes d’une espèce à l’autre.
Mais c’était une autre époque — et gageons que M. Lynas ne prévoyait pas changer à ce point à ce moment-là de sa vie. Son discours de la semaine dernière ne fut pas une surprise pour ceux, dont je suis, qui le suivent sur Twitter ; sur ce réseau, M. Lynas avait sévèrement critiqué l’étude de Gilles-Éric Séralini qui faisait un lien (abusif) entre les OGM et le cancer, l’automne dernier, suivant en cela l’avis d’une écrasante majorité de scientifiques. Mais le discours témoigne tout de même d’un cheminement assez radical merci, et c’est sans doute ce qui frappe l’imaginaire médiatique. Le militant écolo, qui est toujours très actif sur le réchauffement climatique, y admet essentiellement avoir délibérément ignoré de nombreux faits et études scientifiques qui démontraient divers avantages (ou ne serait-ce que l’innocuité) des cultures OGM. Ce passage du discours illustre on ne peut mieux l’ampleur du retournement :
«Quand on y pense, le mouvement organique est essentiellement un mouvement réjectionniste. Il n’accepte pas plusieurs technologies modernes simplement par principe. Comme les Amish de Pennsylvannie, qui ont figé la technologie qu’ils utilisent en 1850, le mouvement organique fige la technologie qu’il accepte quelque part autour de 1950, et pour des raisons qui ne sont pas meilleures.»
Bref, c’est un quadruple salto arrière. Remarquez, c’en est un qui est plutôt bien indiqué, car il est vrai que, bien qu’ils ne soient pas une solution miracle (qui n’existe jamais de toute façon), les OGM ont été inutilement démonisés. Et quand je vois le zèle avec lequel beaucoup d’opposants continuent d’invoquer l’étude de Séralini pour défendre leur position malgré l’avis de six académies scientifiques, de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, du Haut Conseil des biotechnologies, et la réaction unanimement scandalisée de la communauté scientifique à l’égard de cette «étude», je me dis, moi aussi, qu’il y a peut-être un brin de religion dans leur attitude.
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