Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 19 décembre 2012 | Mise en ligne à 10h58 | Commenter Commentaires (7)

    Le secret de la palourde de 507 ans

    Le collègue de La Presse Mario Roy publiait hier un billet sur le «blogue de l’édito» où il rapportait les propos d’un chercheur français, Laurent Alexandre, qui affirmait récemment que l’Homme pourrait un jour vivre jusqu’à 1000 ans. L’éditorialiste a bien pris soin de ne «pas entrer dans le débat scientifique», et on le comprend puisque ce n’est pas son travail, mais… mais… n’est-ce pas un peu le mien ?

    Or ça tombe bien, car je planche sur un top 10 des percées scientifiques 2012 de la région (élargie) de Québec, dont l’une sera justement le travail d’un doctorant de l’UQAR en biologie, Daniel Munro, qui croit bien avoir élucidé le secret de l’animal qui a la plus grande longévité — une humble palourde des mers polaires, la dénommée Arctica islandica. On connaît deux spécimens de cette espèce qui ont vécu 405 et 507 ans. Vous avez bien lu : un demi-millénaire…

    (Dans son billet, Mario Roy se demande si l’on voudrait vraiment vivre jusqu’à 1000 ans. Heureusement, ce genre de question existentielle est totalement hors de la portée d’une palourde, ce qui est une excellente chose pour A. islandica, qui ne trouverait probablement pas de sens à une vie qui consiste à passer 500 ans dans l’eau frette… C’est bien fait, la nature, hein ?)

    Les travaux de M. Munro s’inscrivent de manière générale dans la «théorie du stress oxydant», qui explique le vieillissement par le fait que l’oxygène que nous respirons est une arme à deux tranchants : brûler des sucres avec de l’O2, comme nos cellules le font, permet de retirer 18 fois plus d’énergie d’une molécule de sucre que l’autre «grande façon» de s’y prendre (la fermentation), mais comme l’oxygène est extrêmement réactif, cela génère continuellement des radicaux libres qui s’attaquent à différentes parties de la cellule. Ces dommages s’accumulant, celle-ci devient de moins en moins fonctionnelle, ce qui finit par venir à bout de l’organisme tout entier.

    C’est une théorie qui a ses faiblesses — un chercheur de McGill a réussi récemment à prolonger la vie de vers en les bourrant d’oxydants ! —, mais les résultats de M. Munro tendent à prouver une branche plus récente de la théorie du stress oxydant, qui se concentre sur ce qui se passe dans de petites structures de la cellule, les mitochondries (où sont brûlés les sucres), et en particulier dans leurs membranes parce qu’elles peuvent jouer un rôle d’amplificateur du stress oxydant.

    Les membranes, m’a expliqué M. Munro, sont faites d’un mélange de gras saturés et insaturés, dans des proportions qui sont propres à chaque espèce. Les gras, rappelons-le, sont de longues chaînes de carbones sur lesquels s’accrochent des atomes d’hydrogène. Quand toutes les places sur les carbones sont occupées par des hydrogènes, le gras est dit «saturé». Quand il reste des places disponibles, certains carbones vont alors faire des liens chimiques doubles entre eux, ce qui change les propriétés du gras.

    Pour la composition des membranes cellulaires, les gras insaturés ont un gros avantage sur les saturés : ils donnent plus de souplesse aux canaux de la membrane par lesquels transitent les nutriments et diverses molécules dont la cellule a besoin — ce qui permet un métabolisme plus rapide. Mais ils ont aussi un gros inconvénient : ils sont très sensibles à l’oxydation. Et quand un lipide s’oxyde, il devient non seulement dénaturé, mais il produit aussi une molécule toxique nommée aldéïde réactif, qui va à son tour endommager un peu plus la membrane. Or c’est particulièrement grave dans les mitochondries, parce que celles-ci ont leur propre ADN, qui est souvent collé sur les membranes. À cause de cela, les multiples antioxydants qui se trouvent dans le milieu cellulaire n’ont pas le temps d’agir pour protéger l’intérieur de la mitochondrie.

    Des biologistes ont donc fini par se dire que ce n’était peut-être pas le stress oxydant lui-même qui causait le vieillissement, mais bien son amplification dans les membranes cellulaires, et surtout celles des mitochondrie. Pour tester cette hypothèse, M. Munro a donc comparé la composition lipidique des membranes de A. islandica avec celle de quatre autres espèces de palourdes vivant nettement moins longtemps (28, 37, 92 et 106 ans). Et il a trouvé que leur longévité était très intimement liée à cette composition — de façon linéaire pour les membranes cellulaires, et de façon exponentielle pour les membranes mitochondriales. Ses travaux ont été publiés cet automne dans Aging Cell.

    Si cette théorie s’avérait la bonne, cela cela rendrait en principe impossible une longévité de 1000 ans pour l’être humain. Pour l’atteindre, il faudrait en effet changer la composition lipidique des membranes de toutes nos cellules, ce que l’on ne peut tout simplement pas faire sans changer la vitesse à laquelle les nutriments entrent dans nos cellules — vitesse sur laquelle sont synchronisés une foule de processus absolument vitaux du corps humain.


    • Très intéressant … Ne rest plus qu’a nous permettre les gras saturés sont on nousprive dans la diète depuis quelques années … bien venu lard sallé , patés à la viande , saindoux…

      Ce genre d’étude semble manquer sérieusement et contraste avec la religion diététique dont on nous abreuve souvent sans trop de fondement scientifique… Nos gourous nous remettent au Beurre mais pour exactement les mêmes raisons qu’ils nous ont imposé la margarine il y a trente ans….

      Et en pleine montée des antioxydants dans tout , jus etc on peut se demander si le concept le même genre d’utilisation que les chips sans cholestérol et sans gras trans…

      De toute manière l’eau de javel ( un oxydant puissant par l’oxygène naissant généré et non par le chlore comme le pensent les gens) dans l’eau si on lit l’article c’est pas trop cool!

    • Il y a un autre moyen de faire vivre les gens 1000 ans et même davantage: les pièces de rechange.

      Une auto rouille au bout de cinq ans.
      Mais on a des autos qui datent du début du XXe siècle et qui roulent encore.
      Pourquoi ?
      Parce qu’on a changé les pièces qui ont rouillé.

      Aujourd’hui en se servant entre autres de cellules souches on peut construire des vessies et des urêtres “de rechange” en laboratoire dans le but d’en faire la transplantation.

      On est encore loin de reconstruire un foie ou des poumons mais beaucoup de chercheurs sont peruadés qu’un jour on y arrivera.

      On pourra à ce moment-là remplacer les morceaux de notre organismes qui aujourd’hui nous ménent à une mort précoce.

      Ici un article de la BBC sur les organes construits en laboratoire:

      http://www.bbc.co.uk/news/health-16679010

    • 500 ans pour une palourde, wow! Ça prend un bon vin pour accompagner ça. Mais pour l’humain, on devrait plutôt faire des recherches pour limiter sa durée de vie à 25-30 ans, de manière à faire augmenter celle d’à peu près toutes les autres espèces de la planète. Imaginez quelle serait la population mondiale si vivions tous 1000 ans… Et ça ferait beaucoup de monde au réveillon.

    • Quel age avait la palourde royale de Boucar Diouf ?

      @pensezy
      Ou il faudrait limiter le nombre d’humains sur la planète.
      Et le moyen existepour les deux actions: la guerre.
      Les “colombes” sont néfastes pour la planète. :-(

    • @ gl000001

      … le même âge que Boucar Diouf?

    • @ pensezy

      «Ça prend un bon vin pour accompagner ça.»
      pensezy…pas !…

      ¨Ca prend plutôt l’ antidote suprême l’eau de la fontaine de Jouvence, mélangé dans le saint graal en même temps……. plus de 500 ans à filtrer les bpc , les organochlorés, et toute les autres cochoneries …. ça doit être passablement dur sur la mitochondrie!

      Vivre 1000 ans ? …. 975 ans de reprises d’occupation double! Peut on appeler ça «Vivre» ou souffrir?

    • @ mononke

      La manne ne vit qu’un jour mais 100% sexe,
      Le chien ne vit que 12-15 ans mais il est capable de se lécher les parties,
      La toutue de Galapagos peut vivre 200 ans mais elle doit se résigner à manger du cactus,
      La moule: 500 ans enfouie dans la vase à bouffer la merde des poissons,

      Alors oui, Occupation double est le prix à payer pour vivre 1000 ans.

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