Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

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    Mardi 18 décembre 2012 | Mise en ligne à 13h41 | Commenter Commentaires (5)

    L’«intimidation» laisse des traces jusque sur les gènes

    Intéressante étude que celle-ci, réalisée à l’Institut de psychiatrie de Londres mais menée par Isabelle Ouellet-Morin, du Centre d’étude du stress humain, de l’UdeM. On savait bien que l’«intimidation» chez les enfants laissait des traces psychologiques à long terme — comme bien d’autres formes de mauvais traitements, d’ailleurs —, notamment sur l’humeur et le stress, mais on ignorait les mécanismes par lesquels cette réponse à long terme survenait.

    Faisant l’hypothèse qu’il s’agit de changements épigénétiques — qui n’affectent pas le génome lui-même, mais l’expression des gènes —, Mme Ouellet-Morin est parvenue à trouver, dans une étude longitudinale sur les jumeaux, 28 paires de monozygotes dont l’un des deux membres avait été victime d’intimidation au cours de l’enfance. Dans tous les cas, les taux de cortisol, une hormone de stress, avaient été régulièrement mesurés, de même qu’un indicateur de changement épigénétique, soit le niveau de «méthylation» d’un gène particulier impliqué dans le transport de la sérotonine, laquelle est un «messager chimique» du cerveau qui joue un rôle, entre bien d’autres, dans la gestion du stress et dans la dépression.

    La méthylation, notons-le, est un processus chimique par lequel un groupe méthyle (CH3) remplace une partie d’une molécule ou s’ajoute à celle-ci — la molécule étant ici un brin d’ADN. C’est un procédé normal qui sert à réguler l’expression de divers gènes, de manière à diminuer durablement l’activité de ceux qui, dans une situation donnée, doivent être inhibés. Mais quand cette «situation» est, par exemple, un stress chronique pendant l’enfance, cela peut en prolonger les conséquences fâcheuses.

    Et il semble bien que cela soit le cas ici : Mme Ouellet-Morin a trouvé que les jumeaux victimes d’intimidation ont des taux de méthylation nettement supérieurs à ceux de leurs frères et sœurs. En outre, à l’âge de 5 ans, soit avant que l’intimidation ne commence, le taux de méthylation de tous ces enfants était essentiellement le même. D’après ce compte-rendu, ce nouvel article représente un pas de plus dans la démarche scientifique de Mme Ouellet-Morin, qui avait trouvé l’an dernier que les jumeaux victimes d’intimidation sécrètent moins de cortisol que leurs frères et sœurs lorsqu’on les place dans une situation de stress. Cette trouvaille a d’ailleurs été confirmée par la dernière étude de la chercheure de l’UdeM.

    P.S. Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi on appelle ce phénomène de l’«intimidation» ? Car il me semble que le problème n’est pas le bullying lui-même, mais plutôt sa répétition deux, trois, quatre fois par semaine pendant des mois ou même des années. C’est ça qui laisse des séquelles profondes — hormis, peut-être, les cas où un épisode unique d’intimidation serait extrêmement violent, mais je crois qu’on parlerait alors d’agression pure et simple. Et quand ce sont des adultes qui agissent de la sorte, personne n’utilise le mot intimidation, parce qu’il y en a un autre, en français (et dans les lois), pour désigner un tourment répétitif toujours dirigé contre la même personne : c’est du harcèlement.

    Me semble que ce terme aurait le mérite d’être plus clair et nous éviterait les commentaires que l’on entend trop souvent, de gens qui disent avoir eux aussi été «intimidés» pendant leur enfance, du genre : «oui oui, je me souviens très bien, c’est arrivé une ou deux fois, à l’arrêt d’autobus, mais j’ai pris ça en riant alors ils ont arrêté, et il me semble que les autres victimes auraient juste à faire pareil pour que ça arrête». Contrairement à la notion de harcèlement, l’«intimidation» ne sous-entend pas la répétition, ce qui mène à une mauvaise compréhension du phénomène.

    Qu’en dites-vous ?


    • Intimidation ça fait “moins pire” que harcèlement peut-être. On dirait que les adultes oublient leur jeunesse.
      Il y a en masse de clichés entendu là-dessus :
      – C’est les plus belles années et tu t’arrètes à des niaiseries comme ça.
      – Ignore-le, il va se tanner.
      – Règle tes problèmes toi-même.
      – Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’il t’écoeure de même.

      Un élève au secondaire avait commencé à m’intimider. J’en ai parlé à mon père est c’était pas grave. J’avais juste à me “tenir droit” devant lui. Problème, il faisait une tête de plus que moi. Je m’étais tellement senti abandonné devant le manque d’intéret de mon père. C’était vraiment un coup dur.
      Finalement, le bully s’est fait régler son cas par un plus grand et plus vieux que lui. Il n’a plus jamais intimidé personne.

      Et le harcèlement psychologique au bureau n’est reconnu que depuis quelques années. N’oublions pas.

      On en voit de l’intimidation dans notre vie adulte. Le con qui nous suit de trop près sur la route pour qu’on roule plus vite, c’est de l’intimidation.
      Mais vous avez raison, on devrait appeler ça du harcèlement pour montrer le sérieux des effets.

    • Ici un étude a été fait à McGill sur les conséquences du stress prénatal pendant la crise du verglas:

      http://www.mcgill.ca/projetverglas/icestorm

      Conclusion: baisse du Q.I. et problêmes de développement du language (entre autres)

      L’homosexualité serait reliée à des facteurs épigénétiques:

      http://www.sciencedaily.com/releases/2012/12/121211083212.htm

      Ici on nous dit que le fait de fumer peut avoir des conséquences sur la génétique et l’épigénétique des enfants et même des petits-enfants:

      http://www.economist.com/news/science-and-technology/21565573-some-effects-smoking-may-be-passed-grandmother

      Là on nous dit que les petits-enfants des grands-parents fumeurs sont plus à risque de souffrir d’asthme:

      http://www.the-scientist.com/?articles.view/articleNo/33123/title/Dangers-of-Second-Generation-Smoke/

    • Tant que les parents et les professeurs exercaient leur légitime (et parfois abusive) authorité envers les enfants, l’intimidation et le harcèlement à l’école n’étaient pas le fléau qu’il est aujourd’hui.

      On avait bien plus peur de la colère de son père à la maison ou de la punition à l’école que de ce que pouvait nous faire autre élève.

      Aujourd’hui c’est le contraire.
      Il y a des enfants qui terrorisent (et tuent) leur mère, et qui terrorisent (et tuent) leurs professeurs.
      Ça fait quelques décennies que ça va en empirant.

      L’authorité paternelle a presque complètement disparu et c’est plutôt la mère qui est devenue la “chef de famille” avec le dernier mot sur sur tout à la maison.

      À l’école la punition la plus sévère qui est donnée est de “donner un congé” d’une semaine au jeune qui va en profiter pour perfectionner ses habiletés dans des jeux vidéos où il faut brutaliser et tuer du monde par centaines.

      En conséquences c’est l’enfant-roi qui fait la loi.
      Et c’est l’enfant-roi le plus agressif parmi ses camarades de l’école qui obtient la récompense scolaire de se voir craint et admiré de tous, y compris des filles.
      Le jackpot quoi.
      À côté de ça une récompense académique c’est un prix coco.

      J’ai un ami dont la fille était parmi les “enrichis” à l’école parce qu’elle était bonne en classe.
      Elle s’est fait tellement harceler et intimider à cause de ça par trois autres filles qui voulaient aussi l’inciter à fumer et faire le party que son père est allé voir la direction.

      La réponse de la direction ? “On peut rien faire”.

      Conséquence: La direction a préféré transférer la fille de mon ami du groupe des “enrichis” vers le groupe des “allégés” qui sont moins bons en classe pour contourner le problême.

      Bref la fille se fait intmider par trois bullies, et c’est à l’élève intimidée que la direction fait subir les conséquences.

      C’est devenu ça la logique en 2012.

    • Tout le monde a fait ou a été victime d’intimidation un jour. Beaucoup n’ont pas su qu’ils en faisaient avant que ça n’aient des conséquences négatives sur un tiers et qu’ils aient été blâmés et d’autres n’ont pas su qu’ils étaient victimes avant de développer des troubles psychologiques ou troubles de comportements dont l’intimidation fut jugée comme une cause principale. Tout est une question de degré et de diagnostic et parfois de justice. L’important c’est d’intervenir le plus tôt possible dans l’éducation des enfants et ne pas laisser les comportements intimidants envahir un milieu qu’il soit scolaire ou familial. L’intimidation, qui apparaît en très bas âge, et comme tout autre comportement inadéquat, a tendance à empirer quand on ne prend pas les moyens pour la prévenir en éduquant les enfants sur ses caractéristiques et ses méfaits ça fait partie de la socialisation des enfants. Beaucoup trop d’enfants ont souffert et sont morts pour rien, j’espère que ce genre de recherche en allumeront quelques-uns.

    • @ julie.blaquiere.7

      ” L’important c’est d’intervenir le plus tôt possible dans l’éducation des enfants et ne pas laisser les comportements intimidants envahir un milieu qu’il soit scolaire ou familial. ”

      On est tous d’accord là-dessus.

      Mais c’est pas ce qui se fait dans les milieux scolaires et familiaux de façon concrète et efficace.

      Pourtant on investit bien plus d’argent dans les services sociaux et les encadrements scolaires qu’on ne l’a jamais fait auparavant.
      Surtout depuis 40 ans.
      Et malgré ça les choses stagnent ou empirent.

      Personellement je suis persuadé que comme société Québécoise on a jeté le bébé avec l’eau du bain (c’est le cas de le dire) quand on a décidé de donner à l’état la responsabilité de gérer et d’encadrer nos vies familiales de la garderie jusqu’au au CHSLD.

      Auparavant c’était les grands-parents qui gardaient les enfants, on avait les deux groupes à la maison en symbiose au lieu de mettre les bébés dehors en garderie le plus tôt possible et les plus vieux en-dedans dans les “clapiers” d’aujourd’hui.

      Les personnes âgées se sentaient valorisées en faisant profiter la nouvelle génération de leur sagesse, de leur expérience, et surtout en donnant pour l’enfant un lien privilégié avec un membre influent, important et respecté de la toute la famille.

      Ce que réalisait la famille du passé de façon autonome et avec succès auparavant, au point de servir de pierre angulaire à la civilisation depuis des millénaires a été sous-contracté aujourd’hui à des:

      -travailleuses en garderie
      -Pédopsychiatres et pédopsychologues
      -Pharmacies fournisseuses de Ritalin
      -Travailleuses sociales
      -Intervenants de la Direction de la Protection de la Jeunesse (DPJ)
      -Classes surpeuplées d’où on sort quasi-analphabète et où bien souvent l’enseignant(e) se retrouve au bas de la hiérarchie sociale et n’a pratiquement aucune autorité.

      L’enfant revient à la maison, une clé dans le cou parce que le plus souvent son parent divorcé ou séparé est encore au travail et se fabrique au retour de l’école des sandwich au beurre de pinottes ou de la bouffe industriellee au micro-onde parce que plus personne ne sait cuisiner à la maison.
      Bien entendu on a sous-contracté la préparation des repas aussi.

      “L’enfer est pavé de bonnes intentions”

      On a beau avoir les meilleurs intentions du monde, vu les résultats plus que désastreux on ne peut conclure qu’une chose:

      On s’y prend vraiement pas de la bonne manière concernant la famille et l’école et ce depuis plusieurs décennies.

      Les preuves sont régulièrement en première page des journaux.

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