Sciences dessus dessous

Sciences dessus dessous - Auteur
  • Jean-François Cliche

    Ce blogue suit pour vous l'actualité scientifique, la décortique, et initie des échanges à son sujet.
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    Mercredi 5 décembre 2012 | Mise en ligne à 14h13 | Commenter Commentaires (18)

    Qu’est-ce qui se passe dans le pantalon des Français ?

    Vous pardonnerez, je l’espère, ce titre ridiculement racoleur, mais la question se pose : il  passe vraiment «quelque chose» dans le pantalon des Français, même si ce n’est pas ce que vous croyez. D’après une étude publiée ce matin dans Human Reproduction, la qualité du sperme de l’Homo gallicius s’est nettement détériorée au cours des dernières années. De 1989 à 2005, la concentration moyenne de spermatozoïdes est ainsi passée de 74 millions par millilitre à 50 millions/ml, une chute de près du tiers en 16 ans.

    L’idée selon laquelle la qualité du sperme décline, un peu partout en Occident, n’est pas neuve, mais elle est loin de faire l’unanimité dans la communauté scientifique. Depuis les premières études indiquant un dégradation, les résultats obtenus par plusieurs groupes de recherche sont contradictoires, et même les «positifs» sont contestés. L’étude à grande échelle du sperme se fait en effet généralement dans des cliniques de fertilité — d’où un biais évident — ou à partir de banques de sperme dont les donneurs peuvent ne pas être représentatifs de la population en général. On peut penser, par exemple, que les classes sociales défavorisées y sont surreprésentées, du moins dans certains pays ; et comme plusieurs habitudes qui diminuent la qualité du sperme, comme le tabagisme, sont plus répandues dans ces strates sociales, cela peut introduire un biais significatif — d’autant plus gênant qu’il est impossible à contrôler quand ces banques sont anonymes.

    D’où l’intérêt du protocole déployé dans cette nouvelle étude, dont M. Rolland, de l’Institut de veille sanitaire, est le premier auteur. Les cinq auteurs ont en effet fouillé dans les archives sanitaires pour trouver plus de 150 000 couples de la région parisienne qui ont, entre 1989 et 2005, consulté pour une première fois pour un problème d’infertilité. Les chercheurs n’ont ensuite retenu que les cas de ceux dont la femme avait les trompes obstruées ou absentes ; cela n’excluait pas la possibilité qu’un certain nombre de leurs conjoints soient eux aussi infertiles, mais on pouvait dès lors penser qu’ils ne l’étaient pas plus que la moyenne française. Cela a donné un échantillon de 26 600 hommes, qui avaient vu leur sperme testé lors de la période étudiée.

    «À notre connaissance, il s’agit de la première étude qui conclut à un déclin sévère et généralisé de la concentration du sperme et de sa morphologie à l’échelle d’un pays entier et sur une longue période», notent les auteurs.

    Résultat : chaque la concentration de sperme a décru de 32 % en 16 ans. Et a priori, l’on ne pourra pas mettre le phénomène sur le dos de la méthodologie, cette fois-ci. En entrevue, hier, le spécialiste de la fertilité masculine de l’Université Laval Robert Sullivan (qui est lui-même éditeur de Human Reproduction, notons-le) s’est lui-même dit impressionné par la solidité de la démarche, au point d’être «convaincu».

    L’hypothèse la plus commune pour expliquer ce déclin veut qu’il soit dû à l’exposition des fœtus masculin à divers «perturbateurs endocriniens» — ces substances qui imitent, avec une efficacité variable, certaines hormones humaines, notamment les œstrogènes, et qui viendraient ainsi perturber le développement du fœtus. Ce serait un problème très moderne, lié à l’arrivée de toutes sortes de produits chimiques dans notre quotidien. Quand les plastiques se dégradent, par exemple, un de leurs sous-produits est le fameux bisphénol-A, un imitateur de l’œstrogène (encore que pas très puissant).

    M. Sullivan rappelle à cet égard qu’une autre étude française, publiée dans les années 90, avait montré que les hommes nés avant 1950 ne montraient aucun signe de ce déclin. Et il souligne aussi qu’il n’y a pas de raison de croire que ce qui afflige les Français ne touche pas les Québécois…


    • Il reste encore beaucoup de travail a faire pour expliquer l’observation. La France a un taux de natalité qui a chuté plus drastiquement que le reste de l’occident, est-ce un problème local ou est-ce que le japonais en souffrent aussi? Ensuite les taux de natalité en afrique du nord ont eux aussi commencé a diminuer, est-ce du aux mêmes facteurs ou simplement aux facteurs sociaux-économiques? Quels sont les résultats du protocole sur une population controle pour laquelle aucune diminution du taux de natalité a été observé?

      Les concentrations de spermatozoïdes mesurées en 2005 (50 millions/ml) ne sont pas assez basses pour provoquer l’infertilité. L’OMS définit ce seuil à 15 million/ml, et encore là, m’a dit Robert Sullivan, cela ne fait pas l’unanimité et devrait probablement être diminué. Ceci dit, l’OMS considère que sous les 55 millions/ml, il peut y avoir des délais avant que la partenaire tombe enceinte — mais ça aussi, c’est contesté, dit M. Sullivan. L’évolution des taux de natalité s’explique autrement, je crois.
      JFC

    • Voit-on enfin la pointe de l’iceberg?

      Ces dernières années, on pouvait avoir l’impression de verser dans la paranoïa quand on faisait preuve de vigilance envers les produits chimiques montrés du doigt par des études scientifiques. Je parle pour moi-même, bien sûr, mais souvent, quand je manifeste mes craintes face à ces produits, j’ai l’impression qu’au mieux je parle dans le vide et que parfois je passe pour un exagérateur.

      Je crois qu’il y a beaucoup de situations où le marketing moderne renforce l’utilisation de produits chimiques dont on ne connaît pas tous les effets et qui pourraient être facilement remplacés par des vieilles recettes maisons de nos grand-mères.

      Un bon exemple est le triclosan, agent antibactérien présent dans certains savons et d’autres produits comme du dentifrice et qui est sérieusement pointé du doigt en Europe comme comportant des risques pour la santé. Personnellement, je suis pas mal certain que se laver les mains (correctement) avec du bon vieux savon en pain est tout aussi efficace.

      Merci de nous tenir au courant de ce genre de chose, M. Cliche.

    • Pourquoi juste le foetus ? L’homme adulte ne pourrait pas être affecté par les perturbateurs ? On connait l’effet du stress , les calecons trop serrés qui réchauffent trop les testicules qui fait mourir les spermatozoïdes, …
      Pour contrecarrer ça, faisons du yoga tout nu. Mais pas du yoga chaud !!

      Il y a des choses qui se passe dans un corps humain en croissance qui ne se produisent plus à l’âge adulte, d’où des effets parfois différents. Par exemple, on voyait ici récemment que la marijuana réduit le QI lorsque consommée en grande quantité à l’adolescence, mais que la même consommation à l’âge adulte n’a pas cet effet.
      JFC

    • Hypothese (peut etre stupide) que jai deja entendu est ce que les boxers serres sont a blamer selon vous ??

      Si oui, attention au ‘commando’ !!! :)

    • @JFC
      D’ou mon point de demander pourquoi juste étudier les effets des perturbateurs sur le foetus !!
      La prise de stéroïdes affecte le fonctionnement des testicules à tous les âges par exemple.

    • Si je comprend bien, il faut maintenant honorer sa partenaire trois fois au lieu de deux pour arriver au même résultat. Héhé! J’imprime ça tout de suite.

    • Trop de clopes et de pinard….Sans compter que les plus vigoureux spécimens ont été envoyés pour coloniser la Nouvelle-France.

    • Je propose que les Français “commettent” l’acte sexuel à une plus grande fréquence TOTALE (relations avec sa femme + d’autres partenaires + actes de masturbation, chaque acte donnant lieu à une éjaculation étant considéré comme un acte sexuel) qu’auparavant. Il me semble que cette hypothèse est, étant donné les moeurs actuelles, fort raisonnable, étant donné toutes les distractions présentement disponibles (partenaires disponibles et volontaires, pornographie “stimulante” sur internet et ailleurs, etc.)

      Il ne serait pas surprenant qu’une plus grand fréquence d’actes sexuels résulte en une plus grande dilution du sperme, notre “étalon” ne pouvant pas suffire à la demande…

      Question qualité, c’est une autre histoire, car je ne vois pas comment une plus grande fréquence d’actes sexuels pourrait diminuer la qualité du peu de sperme par ailleurs produit.

      Je ne crois que ces études ait contrôlé pour la fréquence, ce qui, bien sûr, n’aurait pas été très facile à faire au départ…

      Si la concentration et les déformations des spermatos surviennent en même temps, me semble que ça suggère une explication unique.
      JFC

    • Ont-ils peur de se faire “manger” par leur partenaire? “Young born of females that had eaten their partners had a 48 % chance of making it through their first month of life. Those born of females who had let their partners live, had only a 12 % chance of surviving that long.”

      http://www.economist.com/news/science-and-technology/21567316-male-spiders-make-supreme-sacrifice-their-children-having-mate

    • @gl000001,

      Je crois qu’il existe des sous-vêtements réfrigérées.

      Je me demande… C’est bizarre que l’on puisse s’inquiéter du taux de fertilité alors que c’est le mode de vie des Occidentaux qui incite les jeunes adultes à ne pas vouloir d’enfants ou à vivre au sein de petites familles souvent sur le tard…

      Si notre espérance de vie était d’autour de 50 ans avec une forte mortalité durant la petite enfance, est-ce que les résultats sur la fécondité serait les mêmes ? Est-ce que les bambins qui passeraient la période de la petite enfance sans l’aide de la science médicale seraient plus féconds malgré les bobettes serrées, les bains chauds et tous les produits chimiques absorbés ?

    • @JFC: coincidence ou association ne signifie pas causalité. Il pourrait y avoir une explication pour la concentration plus faible, et une autre pour la qualité diminuée.

    • Les auteurs ne se posent même pas la question d’une augmentation possible de la fréquence des actes sexuels durant la période d’étude. C’est une lacune énorme. Ils mentionnent quelques éléments confondants, mais ignorent cet “elephant in the room”. Ils auraient du considérer cet élément confondant et écrire au moins quelques mots sur le sujet.

      Sur quelles références vous appuyez-vous pour dire que l’activité sexuelle «totale», comme vous l’appelez, a augmenté constamment depuis les années 50 ou 60 ?
      JFC

    • @JFC, je n’ai rien dit; j’ai soumis une hypothèse qui n’aurait pas dû être ignorée par les auteurs. Je dis simplement que les auteurs auraient du mentionner cette possibilité, quitte à l’écarter par des citations, ou à dire (peut-être le plus probable), qu’ils n’y a pas de données là-dessus ou qu’on sait (le sait-on? l’est-elle vraiment) que la concentration de sperme est indépendante de la fréquence des éjaculations.

      Etant donné l’état de santé de la population, sa plus grande liberté de mouvement, le plus gran anonymat de la société, l’énorme temps de loisir qui lui est disponible et la moralité relativement plus permissive, il est plausible de penser que la fréquence des actes sexuels 1) n’a pas diminué, et 2) qu’elle a probablement augmenté. La question est: qu’elle est l’augmentation nécessaire pour diminuer la concentration de sperme. S’il faut que la fréquence triple, alors bien sûr que l’hypothèse est réfutée. Je suis quand même assez réaliste pour penser que si augmentation de fréquence il y a eu, cette augmentation doit bien être de 50 % ou moins, quand même!

      Sur tous ces sujets: rien, nada dans l’article. Donc, une lacune évidente. C’est tout.

      Un exemple parmi d’autres: l’étude va de 1989 à 2005. Or 1989 marque l’arrivée massive sur le marché domiciliaire des ordinateurs desktop et laptop; 1995 marque l’arrivée de l’internet. Donc, en homme, loisirs pornographiques plus aisément disponibles. Serait-ce un élément confondant? Tout ce que je dis, c’est que c’est une hypothèse à considérer, et qu’on ne l’a même pas fait en passant…

    • @honorable,

      Et pourtant, n’oubliez pas que nous perdons un temps fou sur la route. De plus, le nombre de personnes qui vivent seules est astronomique si l’on compare aux temps plus anciens.

      Le succès de la pornographie ne repose-t-il pas sur le fait qu’il y ait beaucoup de solitaires et d’insatisfaits sexuellement parlant ?

      Quand à l’aspect permissif, croyez-vous vraiment que les gens qui ferment les yeux sur les infidélités du compagnon ou de la compagne sont majoritaires ?

      Ne sommes-nous pas, globalement, des grands parleurs et des petits « feseurs» ?…

    • @honorable
      “Donc, une lacune évidente.”
      Leur article étudiait ceci : “Are temporal trends and values of semen quality parameters in France identifiable in partners of totally infertile women?”
      Pas les habitudes sexuelles des gens. Si jamais quelqu’un publie une étude sur l’évolution du nombre d’éjaculations moyen dans le temps, quelqu’un d’autre pourra combiner les résultats des deux études pour voir s’il y a une corrélation.
      Pour vous la lacune évidente, c’est ça. Pour moi, ça serait l’effet du stress sur la production de spermatozoïdes. Pour un autre ça sera l’effet des COV émis par les matelas en mousse (!). Quand on s’en tient strictement au sujet de leur étude, il n’y a probalement pas de “lacune”. Donc pas besoin de les dénigrer de la sorte.

    • @gl000001: on voit que vous n’avez jamais été arbitre (reviewer) qui décide de l’acceptabilité de publications soumis à un journal scientifique. Si vous l’aviez été, vous sauriez que les travaux sont très souvent publiés MALGRÉ des lacunes évidentes, en autant que ces lacunes, quand découvertes par l’arbitre, aient été discutées. En tant qu’arbitre généreux, cela me suffit, habituellement. En passant, le nombre de lacunes qui passent indétectées par les arbitres est souvent ahurissant.

      Comment le sais-je? Quand on est reviewer, on voit aussi les commentaires que les autres reviewers auront faits (du moins quand les auteurs doivent faire une révision substantielle de leur article, qui est alors resoumis à la considération des reviewers). On voit donc tout ce qu’il a omis ou oublié de détecter comme lacune (des douzaines de choses, très souvent) et, bien sûr, ce que j’ai omis ou oublié de détecte moi-même. Pourquoi ces omissions? Question de compétence et de temps consacré à faire la révision. Réviser un article n’est pas payant ($ 0 par jour de travail): certains scientifiques coupent donc les coins ronds et font un travail de critique très peu approfondi qui peut mener aussi bien à une acceptation non méritée qu’à un refus injustifié.

      Tout scientifique du moindre calibre SAIT que sa publication est la plupart du temps truffée de lacunes… En noter une n’est nullement du dénigrement, mais de la méthode scientifique.

    • @honorable Tout à fait d’accord avec vous. J’ai été arbitre pour un paquet de revues. C’est épatant la merde que certains essayent de publier! (Mes mots sont choisis en passant). En général, les autres arbitres sont d’accord avec mon évaluation, mais dans certains cas, il est clair qu’ils n’ont pas lu le papier en profondeur. Je ne pense pas être dans la catégorie généreux des arbitres avec un taux de rejet de personnel de 64% (le taux des articles eux-mêmes est encore plus élevé en raison de certaines décision de l’éditeur). Ceci dit tous les articles ont des faiblesses. Ce qui est important c’est que ces faiblesses ne changent pas les conclusions et qu’elles soient clairement énoncées dans l’article.

      Vous avez raison cependant, qu’il faudrait un mécanisme qui permette de reconnaitre la travail d’arbitrage.

    • @honorable
      Exactement ce que je disais. La lacune que vous avez vu ne sera pas la même pour un autre. Mais vous vous en servez pour dénigrer les auteurs de l’étude plutot que leur faire profiter de votre savoir.
      J’effectue un travail similaire quand je fais de la revue de code. Mais mon premier but est que le programmeur apprenne de mon savoir. Si il répète toujours les mêmes erreurs, la il va moins aimer mon intervention.

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