Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 5 décembre 2012 | Mise en ligne à 10h42 | Commenter Un commentaire

    La pêche rend-elle l’achigan moins viril ?

    Une étude parue cette semaine dans les PNAS risque de faire jaser pas mal dans la confrérie des pêcheurs. D’après une étude germano-américaine menée par David Sutter, des universités de Humboldt et de l’Illinois, la pêche récréative de l’achigan à grande bouche (une espèce commune dans le sud du Québec) pourrait avoir cet effet pervers de prélever préférentiellement les mâles les plus aptes à la reproduction.

    Après avoir sélectionné pendant trois générations deux lignées de mâles achigans à grande bouche (Micropterus salmoides) de façon à rendre les uns très «mordeux», et les autres beaucoup plus «passifs» devant les leurres, les chercheurs les ont mis dans six étangs expérimentaux avec des femelles de lignées sauvages. La très grande majorité de ces mâles, une cinquantaine en tout, se sont reproduits comme ils le font en nature — c’est-à-dire que les mâles se battent pour avoir les meilleurs endroits pour construire un nid où des femelles vont pondre leurs œufs, et restent ensuite sur place pendant plusieurs semaines pour protéger leur progéniture.

    Mais les chercheurs ont observé que les mâles de la lignée «mordeuse», plus agressifs (et qui attaquaient effectivement plus souvent les leurres sans hameçon lancés par les chercheurs), fécondaient environ deux fois plus d’œufs que les autres : en fin d’expérience, en effet, les chercheurs ont vidé les étangs et ont déterminé, par des tests génétiques sur 1200 poissons, que 62 % des jeunes de l’année appartenaient à la lignée mordeuse. De plus, et c’est plus préoccupant, les mâles plus agressifs se sont aussi avérés des pères plus consciencieux, passant environ 36 % plus de temps à surveiller leur nid que les mâles de la lignée plus passive.

    Les chercheurs concluent que la pêche sportive pourrait finir par changer le comportement de l’espèce, en défavorisant les spécimens les moins agressifs. Et comme ceux-ci protège moins leur progéniture contre les prédateurs d’œufs et d’alevins, il se pourrait que cela rende, éventuellement, l’espèce moins productive.

    Au Québec, les règlements de pêche interdisent la pêche de M. salmoides pendant une bonne partie de sa période de reproduction, mais apparemment pas toute. L’espèce fraie du printemps jusqu’en juillet ; l’an dernier, la saison de pêche à l’achigan a ouvert le 15 juin partout, sauf dans la région de Québec, (29 juin). C’est peut-être suffisant pour prémunir l’espèce contre l’effet appréhendé par l’article des PNAS, remarquez, je n’en sais trop rien.

    Notons que cela prévaut aussi pour l’achigan à petite bouche, qui a les mêmes habitudes de reproduction que son cousin. Chez les autres espèces, m’a dit le biologiste de l’Université Laval Julian Dodson, on peut présumer que la pêche cible aussi les meilleurs reproducteurs, puisque l’agressivité des mâles, bien pratique pour chasser des rivaux, les porte aussi à attaquer les leurres. Mais il faut dire ici que dans bien des cas, notamment chez les salmonidés, les adultes ne défendent ni les œufs, ni les alevins.


    • Fascinant, l’étendue des recherche en biologie.

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