Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Lundi 3 décembre 2012 | Mise en ligne à 10h56 | Commenter Commentaires (2)

    Trouble de la personnalité : un «beau gâchis»

    Faute de s’entendre sur une solution, tout le monde devra endurer le problème pendant encore quelques années, au bas mot : l’Association américaine de psychiatrie a entériné ce week-end la nouvelle version de son Diagnostic and Statistical Manual in Mental Health (DSM, sorte de «bible» sur laquelle les «psy» basent tous leurs diagnostics), tout en décidant d’en exclure la réforme en profondeur des troubles de la personnalité, nous apprend ici le New Scientist.

    Les troubles de la personnalité touchent environ 10 % de la population à des degrés divers, gens qui (grosso modo) éprouvent des difficulté dans leurs relations avec autrui à cause des certains de leurs traits de caractère et de leurs attitudes par rapport à eux-mêmes et à leur environnement. La version actuelle du DSM, le «DSM-4», énumère 10 troubles de la personnalité «officiels», allant du narcissisme à la personnalité évitante en passant par la personnalité limite, la schizotypale, etc.

    Or comme je l’expliquais ici la semaine dernière, cette façon de classer les troubles de la personnalité, si elle représentait une amélioration sur la précédente est loin d’être satisfaisante. Je ne reviendrai pas sur ses défauts — voir mon texte de mardi dernier pour un petit résumé et des références —, mais disons que ses critères comportent une bonne part d’arbitraire, que certains des 10 archétypes du DSM-4 peuvent en fait recouvrir plusieurs problèmes complètement différents et que ces catégories laissent échapper une (trop) grande partie des patients — le diagnostic le plus fréquent, c’est tout dire, est le «trouble de personnalité non défini». Et pire encore, peut-être, le diagnostic d’un même patient change un peu trop souvent d’un test à l’autre…

    Le DSM-5, qui entrera en vigueur au printemps prochain, proposait donc une véritable révolution, où le diagnostic aurait reposé sur 5 grands traits de personnalité (affect négatif, détachement, antagonisme, désinhibition, psychoticisme), détaillés en 25 «facettes». Les 10 grands archétypes du DSM-4 étaient ramenés à 6, dont les critères étaient beaucoup resserrés.

    Cependant, même si tous s’entendent sur la nécessité d’une réforme en profondeur, cette proposition n’est pas parvenue à rallier une assez grande partie de la communauté scientifique. Certains lui reprochent de sursimplifier les troubles de la personnalité, d’autres de ne pas pousser la nouvelle logique assez loin, et d’autres encore estiment que la validité clinique et scientifique de ce nouveau modèle n’a pas encore été suffisamment démontrée par la recherche.

    Il est évident qu’il n’y aurait aucun avantage à remplacer un mauvais ensemble de catégorie par un autre. Mais en attendant, cela signifie que tout ce beau monde, et par dessus tout les patients, devra continuer à vivre avec les défauts du DSM-4. Ce qui, pour reprendre l’expression d’un expert cité par le New Scientist, est un «beau gâchis».


    • “Mais en attendant, cela signifie que tout ce beau monde, et par dessus tout les patients, devra continuer à vivre avec les défauts du DSM-4″

      So what!

      La personne doit vivre avec ce qu’elle est.

      Qu’est-ce qu’un simple changement de désignation change pour elle, si celui-ci ne reflète pas une meilleure compréhension de son état ?

      Un meilleur système de classement sous-entend une meilleure compréhension, me semble.
      JFC

    • “Un meilleur système de classement sous-entend une meilleure compréhension, me semble.”

      Dans un monde idéal, vous eussiez raison M. Cliche. Mais ici, dans le cas du DSM IV ou V, nous avons affaire à un système de classification déjà fortement sous l’emprise de la neuro-psychiatrie qui elle-même est sous l’emprise à tous les niveaux (enseignement, recherche, formation continue) des compagnies pharmaceutiques qui cherchent ainsi à définir à l’identité des besoins à partir des marchandises qu’elles produisent. Ce sont des marchands, pas des chercheurs et encore moins des cliniciens

      Cette main-mise alléguée de l’industrie sur le DSM-5 a déjà été l’objet d’investigations diverses, et elle m’a toujours semblée surfaite. Pas nécessairement inexistante, mais exagérée. Voir ici.
      JFC

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