Sciences dessus dessous

Archive du 22 novembre 2012

Une équipe de chercheurs des universités McGill et de Montréal ont identifié un mécanisme crucial en cause dans l’autisme, et sont mêmes parvenus à renverser les symptômes de la maladie chez des souris adultes, lit-on dans une étude qui vient de paraître dans Nature.

La découverte concerne spécifiquement des protéines nommées neuroligines, qui jouent un rôle très important dans la formation des synapses, c’est-à-dire les connections entre les neurones qui permettent à un signal de se transmettre d’un neurone à l’autre. On savait depuis quelques années qu’une ou des mutations des gènes responsables des neuroligines causaient souvent l’autisme, mais on ignorait de quelle manière tout cela fonctionnait.

L’équipe menée par Christos Gkogkas, chercheur postdoctoral à McGill, a donc conçu des souris auxquelles il manquait un gène, celui de la protéine 4E-BP2, qui interfère normalement avec les ARN-messagers de certaines protéines — l’ARN-messager étant la forme sous laquelle les «recettes de protéine» conservées dans le noyau ont transportées jusqu’aux parties de la cellule (les ribosomes) qui fabriquent des protéines. Plus précisément, 4E-BP2 empêche la cellule de «traduire» l’information de l’ARN en protéine. Ce «frein» biochimique ayant été enlevé, les souris de M. Gkogkas se sont donc mises à produire des quantités anormalement grandes de certaines protéines, dont les fameuses neuroligines.

Ces souris ont toutes montré des comportements dans la lignée de l’autisme, c’est-à-dire (grosso modo) des comportements répétitifs et une faible propension à entrer en contact avec autrui. Et en examinant leurs cerveaux au microscope, les chercheurs ont constaté que la surproduction de neuroligines avait en quelque sorte «surconnecté» les neurones entre eux — surconnection que l’on soupçonnait déjà d’être derrière l’autisme.

Pour être encore plus sûr de leur coup, les chercheurs ont également administré à leurs souris un médicament qui se fixe sur une partie du mécanisme de traduction de l’ARN-messager, de manière à compenser pour l’absence de la protéine 4E-BP2. Et non seulement cela a-t-il réglé le problème de l’hyperconnection entre les neurones, mais en plus le «traitement» a fait disparaître les symptômes de l’autisme chez les souris ! L’équipe de M. Gkogkas a aussi obtenu les mêmes résultats en utilisant de courts brins d’«ARN interférant» conçus pour empêcher la «traduction» du gène des neuroligines.

Il faut cependant préciser, a insisté auprès de Nature le directeur du groupe de recherche dont fait partie M. Gkogkas, Nahum Sonenberg, que l’on est encore loin d’un traitement de l’autisme. Le médicament qui a «guéri» les souris est en effet beaucoup trop toxique pour être utilisé sur des humains, et il y a un très grand nombre de mutations qui causent l’autisme (chacune représentant environ 1 % des cas). Il demeure possible que ces mutations causent toutes l’autisme par un mécanisme commun, ce qui permettrait de toutes les traiter de la même manière, mais ce n’est pas encore démontré.

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