Sciences dessus dessous

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  • Jean-François Cliche

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    Mercredi 21 novembre 2012 | Mise en ligne à 12h35 | Commenter Commentaires (2)

    Petite odeur de méthane

    Il est encore trop tôt pour voir là la confirmation que le gaz de shale est «pire que le charbon», comme on l’entend (trop) souvent, mais disons que ça commence à «sentir un peu le méthane» : après des mesures de gaz naturel étonnamment élevées près d’un champ gazier du Colorado, en début d’année, voilà qu’une autre série de mesures semble venir appuyer les calculs du chercheur de Cornell Robert Howarth, qui prétend que les fuites de CH4 accompagnant l’exploitation du gaz de schiste sont si élevées qu’elles rendraient ce gaz aussi polluant que le charbon (du point de vue de l’effet de serre).

    Un des avantages du gaz naturel est que sa combustion émet moins de gaz carbonique que le charbon (à quantités d’énergie produite égales) ; plusieurs pays pourraient donc réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) simplement en remplaçant le charbon (ou d’autres combustibles, comme le mazout) par du gaz naturel. Mais comme le méthane, principale composant du gaz naturel, est lui-même un GES 20 à 25 fois plus puissant le CO2, il peut perdre cet avantage si, en l’exploitant, on est incapable d’en limiter les émanations à des niveaux acceptables.

    Les nouvelles mesures de ces «fuites» ont été prises en Australie, près du gisement de gaz «non conventionnel» de Tara. L’équipe du géologue de l’Université Southern Cross Damien Maher a pris des échantillons d’air au cœur de ce champ gazier et y a trouvé des teneurs en méthane de 6,9 particules par million (ppm), soit nettement plus que le fond naturel de l’atmosphère de 1,8 ppm. Le gaz qui est exploité là-bas, notons-le, ne provient pas d’un shale, mais bien d’un filon de charbon ; ce «gaz de couche» (coalbed methane), comme on l’appelle, peut souvent être extrait simplement en pompant l’eau contenue dans le charbon, ce qui diminue la pression et permet au gaz enfermé dans le charbon de s’échapper, mais environ la moitié du temps, il faut faire de la fracturation hydraulique pour l’extraire, comme dans le cas du gaz de schiste. D’où le lien avec les travaux de Howarth et du Colorado.

    M. Maher admet lui-même qu’il ne sait pas quelle est la part de responsabilité de l’industrie dans tout ceci, car les gisements de ce type ont toujours des fuites naturelles — dont on ne connaît pas l’ampleur, dans ce cas-ci. Il faut aussi garder à l’esprit que ces résultats sont encore très loin de rallier la communauté scientifique : une équipe du MIT, par exemple, est en train de faire une étude du même acabit et obtiendrait jusqu’à présent des niveaux de fuites beaucoup moins importants, rapportait le site de Nature (avant-dernier paragraphe) il y a quelque mois. D’ailleurs, son chercheur principal Sergeï Paltsev laissait entendre que les champs gaziers où des taux de CH4 élevés ont observés, comme au Colorado et maintenant en Australie, pourraient être des sortes d’anomalies, non représentatives de ce qui se passe en général.

    On aurait donc tort de voir en tout ceci une preuve de quoi que ce soit, mais il n’en reste pas moins qu’il y a là une sorte d’accumulation. On n’a plus affaire à un chercheur plus ou moins isolé, comme l’était M. Howarth il y a un an. Alors il me semble que c’est là une question à laquelle il faudra répondre avant de lever le moratoire québécois sur les gaz de shale, si une telle chose survient un jour.


    • Il doit y avoir une erreur. Nathalie Normandeau nous a assuré que les puits de gaz de shale ne fuyaient pas significativement. Si il y a quelqu’un qui devait le savoir, c’est bien la Ministre des ressources naturelles. Ministre, c’est pas rien ça, c’est le summum, le top. Après tout, ce sont eux qui prennent toutes les décisions importantes. Alors que ces petits cons de chercheurs et de scientifiques retournent faire leurs devoirs, ils n’ont aucune crédibilité.

    • Le #4 du CH était un grand joueur. Je n’aime pas qu’on parle de lui comme ça. Jean Béliveau mérite notre respect. Vive le CH4. ;-)

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