Sciences dessus dessous

Archive du 20 novembre 2012

Mardi 20 novembre 2012 | Mise en ligne à 15h36 | Commenter Commentaires (23)

Niveau record de CO2 dans l’atmosphère

Voici quelques statistiques encore toutes chaudes, gracieuseté de l’Organisation mondiale de météorologie : après une petite pause prise dans la foulée de la crise économique et financière mondiale de 2008, le taux de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère terrestre a atteint en 2011 des niveaux historiquement inégalés, à 391 parties par million (ppm). C’est 40 % de plus que les quelque 280 ppm qui prévalaient avant la Révolution industrielle.

Comme on s’en doute, la teneur d’autres gaz à effet de serre (GES) est elle aussi en hausse, dont le méthane (CH4), qui dépasse maintenant les 1800 parties par milliard (ppb), ou 2,6 fois les niveaux préindustriels, et le protoxyde d’azote (N2O), à 324 ppb (+20 % sur les niveaux préindustriels).

De là, on peut affirmer deux choses. D’abord, on est en train de foncer dans un mur. Comme le disaient hier certains intervenants au symposium du groupe de recherche Ouranos, la cible la plus communément admise veut que l’on tente de limiter nos émissions de GES de façon à limiter le réchauffement à 2°C d’ici la fin du siècle, mais au rythme actuel, on se dirige plutôt vers +6°C, et il serait peut-être plus réaliste de viser +4°C. Et ce même si, en supposant que l’on parvienne à limiter le réchauffement à 4°C, cela nous fera quand même un monde pas mal différent de celui dans lequel on vit (lire : l’adaptation risque de ne pas être facile).

Deuxièmement, et vous m’excuserez de la ramener : à l’avenir, quand un pays décidera de «sortir du nucléaire», certaines personnes feraient bien de se garder une petite gêne avant de crier victoire, parce que ces décisions mènent invariablement à des augmentations très substantielles des émissions de GES. Au Québec, heureusement, les dommages seront relativement limités (grâce à nos surplus d’hydroélectricité), mais la fermeture de Gentilly-2 fera tout de même croître nos émissions annuelles de 2 %.

Et en Allemagne, où les dernières centrales nucléaires doivent fermer en 2022, le patron de l’Agence allemande de l’énergie Stephan Kohler faisait récemment remarquer à Der Spiegel qu’il est illusoire de penser que le nucléaire sera remplacé par du renouvelable. Ce pays continuera à brûler des combustibles fossiles «au moins jusqu’en 2050, même si l’on crée massivement de nouvelles sources d’énergie renouvelable». Et encore, il décrit comme un gros casse-tête encore irrésolu la question de l’intermittence de l’éolien et du solaire.

Au Japon, la fermeture de toutes les centrales nucléaires d’ici 30 ans signifie qu’au lieu de tirer 50 % de son énergie du nucléaire d’ici 2030, comme le prévoyaient ses plans de développement «pré-Fukushima», ce pays dépendra des énergies fossiles à 70 % quand il complètera sa sortie du nucléaire, vers 2040.

Bref, dans l’état actuel des choses, il est loin d’être évident qu’une «sortie» du nucléaire est une victoire pour l’environnement.

Lire les commentaires (23)  |  Commenter cet article






Mardi 20 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h43 | Commenter Commentaires (3)

Placebo : soyez gentils, vous souffrirez moins

On s’en doutait depuis un moment déjà, mais c’en est une des plus solides démonstrations jamais faites : une équipe américaine vient de prouver que l’effet placebo est liée à la personnalité, et ce jusque dans ses manifestations chimiques dans le cerveau.

L’effet placebo, comme on le sait, est cet étrange phénomène par lequel des gens à qui l’on donne de faux médicaments (des pilules de farine, par exemple) réagissent comme s’ils avaient ingérés de vrais médicaments, bénéficiant (ou souffrant, selon le cas) des mêmes effets. Le phénomène est particulièrement fort pour l’analgésie, la seule idée de prendre un antidouleur suffisant souvent à réduire le mal ressenti.

D’après le compte-rendu qu’en fait The Scientist, on savait depuis 2007 que l’analgésie placebo était associée à l’activité d’une partie précise du cerveau, le noyau accumbens, région qui participe au circuit de la récompense et du plaisir — ce qui tombait sous le sens, puisque ce circuit fonctionne avec certaines molécules antidouleurs. D’autres recherches avaient aussi associé certains traits de personnalité et de comportement (optimisme, recherche de nouveauté, évitement de la douleur, recherche de plaisir, sensibilité à la récompense) à l’analgésie placébo, mais celui-ci était surtout mesuré par la douleur ressentie subjectivement par les participants.

Jusqu’à ce que l’équipe de Jon-Kar Zubieta et de Marta Pecina, chercheurs de l’Université du Michigan, refasse le travail sur 47 volontaires. Après avoir évalué la personnalité de chacun, les neuroscientifiques leur ont administré deux injections à 20 minutes d’intervalle : la première ne provoquait aucune douleur, mais la seconde, oui. Les participants étaient mis au courant de ces deux injections, n’étaient pas informés de leur ordre, de façon à ce qu’ils s’attendent toujours à avoir mal. Le manège était ensuite répété, tout en leur injectant par intraveineuse une solution saline (le placebo) toutes les quatre minutes, en leur disant qu’il s’agissait d’un antidouleur.

Tout au long de l’expérience, leurs cerveaux étaient «scannés», et un échantillon de sang était prélevé tous les 10 minutes afin de mesurer les niveaux de cortisol (une hormone de stress). Les participants devaient aussi coter la douleur qu’ils ressentaient toutes les 15 secondes.

Résultat : chez ceux qui ont obtenu de bons scores dans des traits de personnalité comme la résilience, l’altruisme et la franchise, l’effet placebo s’est avéré plus fort, les taux de cortisol plus bas, et l’activité du circuit de la récompense plus élevée. Bref, non seulement le «crime ne paie pas, mais en plus ça fait mal d’être un mauvais garçon…

Fait intéressant, on a aussi demandé aux sujets durant l’expérience s’ils s’attendaient à ce que l’«analgésique» fonctionne, mais leurs réponses n’ont pas semblé corrélées au niveau de douleur qu’ils ont déclaré. Il semble donc qu’il ne suffit pas de s’attendre à un soulagement pour déclencher l’effet placebo — contrairement à une hypothèse que l’on entend parfois.

Lire les commentaires (3)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    novembre 2012
    D L Ma Me J V S
    « sept   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives