Sciences dessus dessous

Archive du 15 novembre 2012

Jeudi 15 novembre 2012 | Mise en ligne à 16h40 | Commenter Commentaires (15)

L’éthanol cellulosique n’est pas mort

Quand le géant pétrolier BP a annoncé qu’il abandonnait l’idée de construire une usine d’éthanol cellulosique en Floride, à la fin d’octobre, plusieurs ont cru voir se concrétiser les craintes qu’ils avaient eues quand Shell avait elle aussi «tiré la plogue» sur un projet du même acabit, le printemps dernier, dans la région d’Ottawa. L’industrie naissante de l’éthanol cellulosique (produit à partir de déchets agricoles, et non de nourriture) n’avait pour ainsi dire jamais fait de production à grande échelle et elle avait besoin de beaucoup de capitaux pour démarrer. Or si ces deux géants s’y refusaient, qui pourrait bien le faire, se demandait-on ?

Eh bien d’autres entreprises ne semblent pas avoir été informées de ces problèmes, puisque elles sont sur le point d’y parvenir, notait cette semaine le New York Times. Deux usines de 200 et 130 millions $ lanceront bientôt leurs opérations et auraient même déjà de gros clients. Dans l’une, propriété de la compagnie européenne Ineos, on chauffera des résidus de bois en l’absence d’oxygène afin de produire du «syngas», un mélange d’hydrogène et de monoxyde de carbone qui sera ensuite poussé dans un bioréacteur, où des bactéries le changeront en éthanol. Dans l’autre, qui appartient à l’américaine KiOR, un catalyseur spécial retirera en quelques secondes les atomes d’oxygène de déchets forestiers, ce qui en fera une sorte de biopétrole. Celui-ci pourra ensuite être raffiné.

Soit, la capacité de production de ces deux usines n’égalera pas celle des deux projets abandonnés. KiOR prévoit produire environ 50 millions de litres de son biopétrole, et Ineos vendra environ 30 millions de litre de biocarburant, contre 130 millions de litre pour feu l’usine de BP. Mais cet article vient tout de même nuancer l’impression de fin du monde qui planait, au moins dans les médias, au sujet de cette industrie verte.

Rappelons que le plan initial du gouvernement américain était d’obliger, en 2012, les grandes pétrolières à incorporer près de 2 milliards de litre d’éthanol cellulosique au carburant qu’elles fabriquent, mais que la production fut si faible que ces objectifs furent ramenés à 22 millions de litres — soit presque 100 fois moins ! Chacune des deux usines dont parle le NYT pourrait répondre à elle seule à cette demande.

P.S. Dans la série «My, my, comme les temps changent», je m’en voudrais de ne pas souligner que la «revue d’chars» Motor Trend a décerné mardi le titre de voiture de l’année à la Tesla Model S. Ouaip, c’est bien ça : un véhicule tout-électrique a battu des BMW et des Porsche. Et pas aux yeux d’un comité écolo, mais de chroniqueurs auto patentés. Or je vous pose la question : si l’on finit par faire rouler nos autos avec des biocarburants (même si cela prendrait de gros réservoirs), aurons-nous encore besoin de voitures électriques ? À moins que ce ne soit l’inverse ?

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Jeudi 15 novembre 2012 | Mise en ligne à 10h31 | Commenter Aucun commentaire

Un petit boson presque trop sage

Une autre grosse nouvelle est ressortie du Symposium sur la physique des collisionneurs de bosons, qui se tient cette semaine au Japon. Encore que cette fois-ci, c’est à la limite de la «non nouvelle» : d’après une véritable montagne de nouvelles données, la particule que l’on soupçonnait être le boson de Higgs, dont la découverte a été annoncée l’été dernier, semble bel et bien être ce que l’on croyait. Et comme on le devinait il y a quelques mois, elle s’insère jusqu’à présent bien sagement à la place (et avec les caractéristiques) que le Modèle standard prévoyait, ce qui — comme pour l’annonce sur la supersymétrie, plus tôt cette semaine — a de quoi décevoir ceux qui espéraient voir là une «poigne» pour une nouvelle physique.

Le Modèle standard est, grosso modo, la somme de nos meilleures connaissances sur la nature et le comportement de la matière, à son échelle la plus «intime». Il décrit de façon magistrale une foule de choses fondamentales, comme la composition des protons et des neutrons, qui forment le noyau des atomes, ou encore la façon dont plusieurs grandes forces de la nature (comme l’électromagnétisme) sont communiquées. Mais ce Modèle laisse encore de grandes zone dans l’ombre, ne faisant aucune place à la gravité (oups…) et à la «matière sombre», qui constitue plus de 80 % de la masse de l’Univers, mais que nos instruments ne peuvent pas «voir», autrement que par ses effets gravitationnels.

Comme l’explique la physicienne Pauline Gagnon sur son blogue (autres comptes-rendus ici et ici en anglais), ce n’est jamais le boson de Higgs lui-même que l’on détecte, puisqu’il est extrêmement instable, mais plutôt les «fragments» qu’ils laissent en se désintégrant. Le Modèle standard (MS) prévoit que ces «éclats» ne sont pas toujours de même nature (il s’agit parfois de photons, parfois d’autres choses), mais que chaque type de fragment devrait apparaître à une fréquence donnée. Si l’on voyait un écart significatif entre les prédictions du MS et les observations, on pourrait espérer qu’il s’agisse d’une sorte de «fenêtre» ouverte sur une «nouvelle physique» qui sortirait du MS — autant dire un nouvel univers —, mais jusqu’ici, les observations du LHC sont très proches des prédictions standards.

Donc le boson (présumé) de Higgs s’enligne pour être désespérément sage…

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