Sciences dessus dessous

Archive du 12 novembre 2012

Lundi 12 novembre 2012 | Mise en ligne à 14h56 | Commenter Commentaires (9)

L’influence des grandes revues scientifiques s’étiole

Intéressante dépêche passée plus ou moins inaperçue, la semaine dernière : d’après une étude de bibliométrie faite à l’Université de Montréal, l’influence des revues les plus prestigieuses en sciences, comme Nature ou Cell, a passablement décliné au cours des 20 dernières années.

Pour en venir à cette conclusion, le chercheur en bibliothéconomie Vincent Larivière a analysé pas moins de 820 millions de citations (pour 25 millions d’articles) de 1902 à 2009. Et il ressort de cet échantillon que si les découvertes les plus marquantes ont très souvent été publiées dans les «grands noms» de la publication savante jusqu’aux environ de 1990, ces derniers semblent avoir perdu du gallon depuis. En 1990, parmi les 5 % des articles les plus cités, près de la moitié (45 %) étaient publiés dans les revues les plus prestigieuses — à plus «haut facteur d’impact». Or en 2009, cette proportion avait descendu à 36 %.

La raison de ce déclin, avance M. Larivière, est vraisemblablement l’arrivée d’Internet. Au lieu d’être plus ou moins «prisonniers» des grandes revues — qui étaient les seules auxquelles toutes les universités s’abonnaient —, des moteurs de recherche comme Google Scholar ont permis aux chercheurs de «butiner» davantage d’une revue à l’autre, et donc d’élargir leurs horizons documentaires.

L’étude a été publiée dans le Journal of the American Society for Information Science and Technology, et a trouvé un écho dans certains médias spécialisés, notamment The Scientist.

M. Larivière en profite aussi pour critiquer au passage la notion de facteur d’impact — soit grosso modo le nombre de fois que les articles d’une revue sont cités sur une période de deux ans, divisé par le nombre d’articles publiés —, qui sert souvent à évaluer la qualité des publications savantes et même celle des chercheurs. Il s’agit, estime-t-il, d’un calcul quelque peu déformant, car il inclut tous les textes publiés dans un magazine, ce qui avantage les périodiques qui publient beaucoup d’éditoriaux, de nouvelles et de lettres à l’éditeur et défavorisent ceux qui se concentrent sur les articles savants stricto sensu.

En outre, souligne-t-il, la période de deux ans est trop courte, ou du moins on ne devrait pas l’appliquer indifféremment à toutes les disciplines.

Lire les commentaires (9)  |  Commenter cet article






Lundi 12 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h34 | Commenter Commentaires (2)

La mort d’une «star» pharmacologique ?

Depuis près d’un demi-siècle, les bêta-bloquants font partie des plus grandes «vedettes» de la pharmacopée employée pour traiter les problèmes cardiaques. Depuis l’arrivée du premier médicament de cette classe, le propranolol en 1964, ils ont sauvé (ou allongé) des millions de vies à travers le monde — et pour tout dire, l’inventeur du propranolol, James Black, a gagné le prix Nobel de médecine en 1988. Or voilà que deux études récentes suggèrent fortement que ce groupe de médicaments n’est plus du tout efficace, rapporte cet article captivant du New Scientist. Une sorte de version médicale de Video killed the radio star

Les bêta-bloquants sont des molécules qui s’accrochent à des récepteurs nommés «bêta-1», à la surface des cellules du cœur, soit précisément les mêmes récepteurs que ciblent deux hormones connues pour augmenter le rythme cardiaque, l’adrénaline et la noradrénaline. En empêchant ces dernières de faire leur travail, donc, les bêta-bloquants réduise la fréquence des battements, diminuent du même coup la tension artérielle et donnent une sorte de répit à la «patate»…

Mais dans cette étude publiée dans le Journal of the American Medical Association, une équipe de chercheurs a trouvé que l’«usage de ß-bloquants n’étaient pas associé à un risque moindre d’accidents cardiovasculaires» chez les près de 45 000 patients (suivis pendant 3 ans et demi) de leur échantillons.

Et cette autre étude, parue dans le Journal of the American Geriatrics Society, a découvert que ceux qui ne suivent pas correctement la posologie de leur ß-bloquant ne vivent pas moins longtemps que ceux qui la respectent scrupuleusement. Notons que cette étude-là a trouvé une association très claire entre le respect de la posologie et la survie pour les autres classes de médicaments utilisés pour les maladies cardiaques.

Voilà qui est, à vue de nez, extrêmement étonnant, car de nombreuses autres études avaient, par le passé, solidement démontré les bienfaits des bêta-bloquants. Alors que s’est-il passé ?

D’après l’équipe du JAMA, cela pourrait s’expliquer par des changements dans la façon de soigner les patients qui ont fait un infarctus du myocarde (c’est-à-dire la mort de cellules du cœur causée par l’obstruction d’une artère). Avec les progrès de la chirurgie et de la pharmacologie, on désobstrue maintenant (mécaniquement ou chimiquement) de façon routinière l’artère qui était en cause, si bien que les infarctus provoquent de nos jours moins de dommages au cœur qu’auparavant. Et comme un cœur moins mal en point est moins sujet à l’arythmie, que les ß-bloquants prévenaient bien, alors ceux-ci auraient perdu leur efficacité. Video killed the radio star, vraiment…

Lire les commentaires (2)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    novembre 2012
    D L Ma Me J V S
    « sept   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives