Sciences dessus dessous

Archive du 9 novembre 2012

Vendredi 9 novembre 2012 | Mise en ligne à 11h31 | Commenter Commentaires (18)

Vers un réacteur au thorium ?

L’Inde s’approcherait-elle de son rêve de construire une centrale nucléaire fonctionnant uniquement au thorium, ce carburant plus sûr et moins polluant que l’uranium ? C’est en tout cas ce que prétend la Corporation nucléaire de l’Inde, une entreprise publique qui vient d’annoncer que la construction du réacteur, nommé Advanced Heavy Water Reactor (AHWR), pourrait débuter dès l’an prochain, rapporte ici le New Scientist.

Contrairement à l’uranium, le thorium n’est pas une matière «fissile» dont les noyaux peuvent être brisés par une collision avec un neutron, mais plutôt une matière «fertile» —ce qui signifie qu’elle devient fissile quand on la bombarde de neutrons. Ainsi, un noyau de thorium-232 se transforme en uranium-233 (fissile) quand il absorbe un neutron, et le noyau d’uranium-233 (aussi noté 233U) se brise lorsqu’un autre neutron le percute. En se brisant, cet uranium-233 dégage de l’énergie (c’est le but, après tout) et émet de nouveaux neutrons, qui transformeront d’autres noyaux de thorium en 233U.

Le «cycle du thorium» comporte plusieurs avantages sur celui de l’uranium, et c’est pourquoi l’Inde travaille depuis 50 ans à en parfaire suffisamment la maîtrise pour assembler des réacteurs qui carbureraient exclusivement au thorium (on sait depuis longtemps faire des réactions avec des mélanges d’uranium et de thorium). D’après ce document de l’Agence internationale de l’énergie nucléaire, l’AHWR devrait y parvenir (voir p. 2, 4e par.). Parmi ces avantages, notons qu’une réaction au thorium a moins de chance de s’emballer qu’une réaction à l’uranium, ce qui la rend plus sécuritaire. Le cycle du thorium produit également beaucoup, beaucoup moins de déchets radioactifs que l’uranium, ce qui est un énorme bonus. Et puis, le thorium est trois fois plus abondant dans la croûte terrestre que l’uranium — et il s’adonne que l’Inde en possède d’immenses réserves.

Cependant, le thorium est également associé à une série de difficultés techniques. Par exemple, entre le moment où le 232Th se mute en 233U, le noyau passe 27 jours sous forme de protactinium-233 — isotope qui peut déranger la chaîne par qu’il absorbe beaucoup de neutrons, et qui doit donc être retiré, ce qui n’est pas facile à faire, d’après ce que je lis. Bref, ce n’est pas pour rien que le thorium, qui fournissait l’énergie à plusieurs réacteurs expérimentaux dans les années 50 et 60, a été remplacé par l’uranium. (Le fait que celui-ci puisse servir à fabriquer des ogives nucléaires était aussi pratique pendant la Guerre froide, mais le thorium s’accompagne aussi de pépins techniques bien à lui.)

Il faudra donc attendre avant de crier victoire, d’autant plus que les experts cités par le New Scientist se montrent pas mal sceptiques. Mais la maîtrise d’un carburant très abondant et qui génère très peu de déchets, avouons-le, serait une bien belle avancée. D’autant plus que l’Inde s’est servi de la technologie canadienne des CANDU comme point de départ…

Lire les commentaires (18)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    novembre 2012
    D L Ma Me J V S
    « sept   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives