Sciences dessus dessous

Archive du 7 novembre 2012

Supposons qu’il y a bien du pétrole exploitable dans le Golfe du Saint-Laurent. Supposons encore que sa prospection et son extraction se fassent dans des conditions acceptables pour l’environnement. Devrions-nous, alors, nous lancer dans l’«aventure» pétrolière ?

Si de telles conditions étaient réunies, a dit en substance la première ministre Pauline Marois dans son discours inaugural, il n’y aurait pas de raison de s’en priver. Mais ces propos ont tout de suite avivé une vieille crainte dans les milieux écologistes, celle de voir les redevances sur les hydrocarbures ramollir la détermination du Québec à «sortir du pétrole». C’est grosso modo ce que le Conseil régional de l’environnement du Bas-St-Laurent a dit ici, la semaine dernière, à des collègues de Radio-Canada — réaction à laquelle GreenPeace Québec a fait écho ce matin sur Twitter. Et je me souviens d’avoir entendu Steven Guilbeault, d’Équiterre, tenir des propos très semblables l’été dernier lors d’une entrevue.

«Si on décide qu’on fait des hydrocarbures, m’avait dit M. Guilbeault, c’est là-dedans que notre argent et nos énergies vont aller, et on ne prendra pas le virage. Parce qu’une fois qu’on va avoir des infrastructures pour exploiter la ressource et des emplois dans le pétrole, on ne voudra pas réduire notre consommation. Les gens vont dire “Hé minute, je travaille là-dedans, moi, un instant”.»

À vue de nez, c’est plein de bon sens. Après tout, se dit-on, les États qui tirent les plus importants revenus des hydrocarbures ne sont-ils pas ceux qui défendent le plus ardemment l’industrie du «Big Oil» ? Pour tout dire, c’est tellement plein de gros bon sens, c’est une conclusion tellement intuitive, que malgré ce qui suit, je ne suis pas sûr de vouloir la contredire — enfin, pas complètement.

Source : Pew Environement Group

Source : Pew Environement Group

D’un autre côté, cependant, je me dis aussi que les sociétés modernes ne sont pas des blocs monolithiques incapables de faire deux choses à la fois, mais plutôt des ensembles complexes dont les parties ne tirent jamais toutes dans la même direction. Et que, dans ces circonstances, l’argent tiré de la vente d’hydrocarbures ne devrait pas, en principe, empêcher d’investir dans les énergies propres.

Ceux qui s’intéressent à ce genre de question trouveront certainement matière à réflexion dans le tableau ci-contre, tiré d’un rapport du Pew Environment Groups (p. 18 sur 56) et qui présente les 10 pays qui ont fait les plus grands investissements (en termes relatifs) dans les énergies propres en 2011. Je préfère cet indicateur, où les efforts sont exprimés en pourcentage du PIB plutôt qu’en dollars, parce qu’il annule l’effet de la taille de l’économie — en valeur absolue, la Chine et les États-Unis sont évidemment ceux qui investissent le plus.

Alors, que lit-on dans ce tableau ? D’abord, que le pays qui consent les plus grands efforts à verdir son énergie n’a aucune réserve de gaz, de pétrole ou de charbon. A priori, donc, cela semble confirmer les craintes des écolos au sujet du pétrole dans le Golfe.

Mais voyons voir qui complète ce top 10… L’Allemagne se classe second, elle qui est pourtant la 8e productrice de charbon au monde. Au troisième rang vient l’Australie, qui a les deux pieds, les deux mains et, disons-le, les deux fesses dans le charbon, en plus d’exploiter du gaz et du pétrole depuis un bout de temps. Vient ensuite la Chine, qui exploite elle aussi pas mal de charbon et qui ne détesterait pas faire de même avec son gaz de shale. Elle est suivie du Royaume-Uni, qui a des plateformes pétrolières dans la Mer du Nord, et du… Canada, qui joue à la fois dans le pétrole, le gaz et le charbon. Le Brésil, qui a lui aussi la «trifecta», arrive 7e, tout juste devant les États-Unis, dont la production est connue, et devant l’Inde, qui produit assez de charbon pour avoir un ministère entièrement consacré à ça.

Bref, 8 des 10 pays qui font les plus grands efforts (toutes proportions gardées) à verdir leur production d’énergie sont aussi des producteurs, plus ou moins importants selon le cas, de charbon, de gaz et/ou de pétrole. Cela ne signifie évidemment pas que l’industrie pétrolière est «bonne» pour les énergies vertes ; encore une fois, une partie de moi n’est pas tout à fait convaincue par ce tableau (surtout si l’on applique le raisonnement à un «petit univers» comme le Québec). Mais il faut admettre que cela démontre assez éloquemment, il me semble, que la présence de l’un n’empêche pas celle de l’autre.

Qu’en dites-vous ?

AJOUT (13 nov.) : Une version antérieure de ce texte laissait entendre que l’Allemagne ne produisait aucun combustible fossile, ce qui est faux. C’est en fait la 8e plus grande productrice de charbon au monde. (Merci à Félix-Antoine Comeau)

Lire les commentaires (13)  |  Commenter cet article






Mercredi 7 novembre 2012 | Mise en ligne à 10h02 | Commenter Commentaires (5)

Obama : bonne nouvelle pour la science

Voici maintenant le suspense terminé : Barack Obama a remporté un second mandat, comme vous le savez sûrement déjà tous, au détriment du républicain Mitt Romney. Loin de moi l’idée de donner dans le commentaire politique — le blogue de mon collègue Richard Hétu est un meilleur endroit pour cela —, mais il demeure que cet événement a des ramifications qui touchent directement à la science. Voyons voir.

Photo : AP

Photo : AP

De manière générale, la réélection de M. Obama est reçue comme une bonne nouvelle dans les médias scientifiques. Nature souligne ici que le président démocrate est, de loin, celui qui accordait la place la plus centrale à la science dans sa vision à long terme, notamment par un appui marqué à la recherche sur les énergies vertes. Son retour à la Maison blanche signifie aussi que la recherche sur des cellules souches embryonnaires pourra se poursuivre sans plus d’embûches — Mitt Romney, rappelons-le, ne voulait permettre que la recherche sur des cellules souches adultes.

Ce à quoi on pourrait ajouter que toute défaite d’un candidat qui remet en cause l’origine anthropique du réchauffement climatique, malgré le consensus scientifique qui règne sur cette question, est une bonne nouvelle pour la science.

Cependant, insiste avec raison le New Scientist, Barack Obama ne pourra toujours pas compter sur l’appui du Congrès, où les républicains sont parvenus à conserver leur majorité. Cela lui avait beaucoup nui ces dernières années et cela continuera de le faire, mais à défaut de pouvoir faire passer de nouvelles lois, un président à son dernier mandat hésitera peut-être moins à se servir de leviers légaux qui existent déjà, calcule le NS. Deux jugements de la Cour suprême ont en effet statué ces dernières années que le Clean Air Act de 1970 permet de réguler les gaz à effet de serre, au moins jusqu’à un certain point.

Alors, à votre avis, Obama parviendra-t-il à faire plus pour la science et l’environnement pendant son second mandat que lors de son premier ?

Lire les commentaires (5)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories

  • Blogues sur lapresse



    publicité





  • Calendrier

    novembre 2012
    D L Ma Me J V S
    « sept   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives