Sciences dessus dessous

Archive, novembre 2012

Les études et les plaidoyers se sont littéralement empilés, ces derniers jours, pour que le dépistage du VIH finisse par faire partie de la routine médicale, au lieu de ne viser que les clientèles jugées à risque, comme c’est le cas actuellement.

L’éditorial du Canadian Medical Association Journal a en quelque sorte ouvert le bal, lundi. Son trio d’auteurs y fait remarquer qu’il n’y a plus de raison pour que le test du VIH ne soit pas proposé routinièrement à tous ceux qui se rendent chez le médecin, et non plus aux seuls homosexuels, utilisateurs de drogues intraveineuses, etc. Les tests existants sont très performants, acceptés et abordables, plaident-ils, et la trithérapie a fait ses preuves : une personne qui reçoît un diagnostic de séropositivivité peut de nos jours espérer vivre jusqu’à 73 ans. Et par dessus-tout, il a été solidement démontré par plusieurs études que la trithérapie réduit par plus de 95 % les risques de transmission du virus chez les couples sérodiscordants.

Il y aurait donc là, potentiellement, un gros levier de prévention dont on se prive à l’heure actuelle. D’autant plus qu’un projet pilote mené à Vancouver, où des médecins proposaient le test à toute leur clientèle, a donné des résultats intéressants : pour 1000 tests, 6 nouveaux cas étaient détectés, cas qui seraient possiblement passés sous les radars pendant des années autrement.

Comme s’il voulait y faire écho, le Center for Disease Control, aux États-Unis, a publié mardi une étude sur la prévalence du VIH chez les jeunes, où l’on apprend que pas moins de 59 % des porteurs VIH ayant entre 13 et 24 ans n’ont jamais été testés. À une époque de la vie où, évidemment, où la vie sexuelle n’est pas particulièrement tranquille…

Hier, c’était au tour de la revue savante en ligne PLoS-ONE de publier une étude canadienne qui calcule que lorsque le nombre de patients séropositifs qui prennent la trithérapie augmente de 10 %, le nombre de nouveaux cas de VIH diminue de 8 %.

Et ce matin dans Le Soleil, le Dr Réjean Thomas, fondateur de la clinique L’Actuel à Montréal, s’en prend à la fois à l’ex-gouvernement libéral, qui a annulé une campagne de 500 000 $ pour la prévention du VIH, et l’actuel gouvernement péquiste, qui ne semble pas pressé d’agir…

Lire les commentaires (22)  |  Commenter cet article






Nouveau développement dans la recherche sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’industrie des gaz de shale : une étude du Massachussetts Institute of Technology vient de porter un dur coup à la thèse de Rob Howarth, ce chercheur qui prétend que l’exploitation des gaz de schiste émettrait encore plus de gaz à effet de serre que le charbon.

Je vous avais parlé ici, pas plus tard que la semaine dernière, d’une étude australienne qui suggérait que M. Howarth pourrait avoir raison. Les taux de méthane détectés près d’un champ gazier australien laissaient ouverte la possibilité que la fracturation hydraulique puisse engendrer des fuites de gaz dans l’atmosphère — et comme un des principaux avantages environnementaux du gaz naturel est d’émettre moins de CO2 que le charbon, cela ferait une raison de moins d’exploiter les shales gazifères, disent les écolos. Cette étude n’était pas, bien sûr, une preuve de quoi que ce soit, mais après les résultats d’une autre campagne de mesure de CO2 en début d’année, au Colorado celle-là, il fallait en venir à la conclusion que ce Rob Howarth n’était peut-être plus le chercheur isolé (dans la communauté scientifique, pas dans les médias) qu’il était quand il a sorti ses premiers calculs. En tout cas, c’était suffisant, disais-je, pour en faire une question pertinente à élucider avant de donner le feu vert à cette industrie.

Eh bien le MIT vient d’amener un début de réponse, et il risque de déplaire passablement à M. Howarth. Ainsi, raisonne l’article (paru dans Environmental Research Letters) les émissions de CH4 particulières à l’industrie des gaz de schiste surviennent à peu près toutes lorsque, après avoir fracturé la roche en injectant de l’eau sous pression dans le sol, l’on récupère une partie de l’eau — une étape qui peut prendre 8-10 jours. En s’appuyant sur diverses données empiriques et simulations, les chercheurs du MIT Francis O’Sullivan et Sergeï Paltsev estiment que les fuites potentielles totales s’élèvent à 0,5 % (exceptionnellement jusqu’à 1 %) de la production d’un puits, en présumant que celui-ci produit pendant 15 ans.

C’est déjà nettement moins que les 3 à 4 % dont parlaient M. Howarth et quelques autres, mais encore cela présuppose que tout le méthane dégagé pendant ces 8-10 jours s’en va tel quel dans l’atmosphère. C’était l’hypothèse de travail de M. Howarth, mais elle est carrément «déraisonnable», critiquent O’Sullivan et Paltsev, car en réalité, l’industrie en brûle ou en récupère une grande partie — le brûlage, notons-le, transforme le CH4 en CO2, qui est un GES environ 25 fois moins puissant. En tenant compte de ces pratiques, d’ailleurs obligatoires dans plusieurs États, les auteurs arrivent à des émanations fugitives environ 7 fois moindres que M. Howarth : 35 tonnes de méthane par puits dans le shale de Barnett (Texas), au lieu de 252.

Cela reste, à vue de nez, des émanations significatives, mais comparé au charbon, le gaz naturel, fût-il de schiste, demeure préférable, selon cette étude.

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






Mercredi 28 novembre 2012 | Mise en ligne à 14h01 | Commenter Commentaires (7)

17 milliards de soleils

La galaxie NGC 1277, au centre de laquelle se trouve l'un des deux trous noirs dont l'existence a été annoncée aujourd'hui. (Image : NASA, ESA, Andrew Fabian)

La galaxie NGC 1277, au centre de laquelle se trouve l'un des deux trous noirs dont l'existence a été annoncée aujourd'hui. (Image : NASA, ESA, Andrew Fabian)

Deux trous noirs absolument monstrueux, chacun à sa façon, viennent d’être découverts par une équipe américaine et une européenne. Ceux à qui les ordres de grandeur astronomiques donnent le tournis sont priés de s’asseoir par terre avant de lire ce qui suit.

Le premier monstre est probablement le trou noir le plus massif jamais découvert, avec une masse équivalente à 17 milliards de fois celle de notre Soleil. Il est situé au centre d’une petite galaxie en forme de lentille nommée NGC 1277, à environ 220 millions d’années-lumière de nous, dans la constellation de Persée.

Il faut dire que mesurer la masse d’un trou noir est un exercice apparemment très ardu, qui n’a été accompli qu’une centaine de fois jusqu’à présent, mais la «bestiole» n’en semble pas moins très atypique, non seulement par sa masse elle-même, mais surtout par la proportion de la masse totale de la galaxie qu’il représente. En effet, explique ici un de ses découvreurs, l’astronome de l’Université du Texas Karl Gebhardt, les trous noirs représentent habituellement environ 0,1 % de la masse des galaxies au centre desquelles ils se trouvent, alors que le titan au centre de NGC 1277 — aidé par la petit taille de celle-ci — fait pas moins de 14 %. C’est peut-être, d’ailleurs, un type de système trou noir/galaxie inédit qui vient d’être découvert ici. La trouvaille sera publié demain dans Nature.

Le deuxième trou noir a été observé à l’Observatoire austral européen. Dans son cas, c’est le quasar qui est autour qui atteint des proportions encore jamais vues. Les quasars se forment quand d’énormes trous noirs accélèrent énormément un disque de matière autour d’eux, jusqu’à ce qu’elle émette de la lumière. Cela en fait souvent des objets très brillants, mais l’orgie énergétique qui s’échappe de celui-là, baptisé SDSS J1106+1939, dépasse tout ce qu’on avait vu jusqu’à présent, par un facteur d’au moins 5. En fait, l’énergie qui en sort équivaut à peu près à 100 fois la production de la Voie lactée au complet. Z’avez bien lu : un seul quasar, 100 fois l’émission d’énergie de notre galaxie…

La découverte est intéressante parce que la théorie prédisait l’existence de ce genre de quasar surdimensionné ; la voilà maintenant confirmée… Elle fait l’objet d’une publication dans dans l’Astrophysical Journal.

Lire les commentaires (7)  |  Commenter cet article






publicité

  • Catégories



  • publicité





  • Calendrier

    novembre 2012
    D L Ma Me J V S
    « sept   déc »
     123
    45678910
    11121314151617
    18192021222324
    252627282930  
  • Archives

  • publicité