Malgré toutes les études qui démontrent que le talent pour les sciences est très également réparti entre les hommes et les femmes, et en dépit de tous les efforts publics pour attirer ces dernières dans le domaine, les sciences dites «pures» et le génie demeurent, c’est bien connu, un univers encore majoritairement masculin. C’est vrai des étudiants qui s’inscrivent dans ces programmes, et ça l’est autant, sinon plus, des doctorants qui parviennent à faire carrière en recherche.
Mais d’où vient cet écart ? Pour l’expliquer, certains montrent du doigt les choix de vie différents que font les femmes — lesquelles, choix libre ou effet de structure sociale, ont tendance à faire plus de place à la famille et un peu moins à la carrière —, alors que d’autres y voient un biais du milieu de la recherche en leur défaveur. Remarquez, l’un n’empêche pas l’autre : ce milieu étant extrêmement compétitif, on peut faire l’hypothèse que ces histoires de choix de vie viennent biaiser le jugement de ceux qui dirigent les labos pourraient.
Quoi qu’il en soit, une équipe de l’Université Yale vient de faire paraître un papier assez troublant sur la question. Les chercheurs ont envoyé à 127 professeurs de biologie, de chimie et de physique le même cv d’un étudiant fictif postulant pour un boulot de gérant de labo. Seule différence : le nom de l’étudiant était celui d’un homme dans la moitié des cas et celui d’une femme dans l’autre moitié. Les profs devaient évaluer la candidature à l’aide d’échelles courantes, mais ignoraient le but véritable de la démarche — ils croyaient que l’évaluation servirait à l’étudiant en question.
Or les notes qu’ils ont accordées à la candidate ont été nettement plus faibles que celles octroyées pour le même cv avec un prénom masculin : 3,3/5 contre 4/5 pour la «compétence», 2,9/5 contre 3,8/5 pour l’«employabilité», et 4/5 contre 4,7/5 pour le mentorat que les participants se disaient prêts à donner pour la carrière du postulant. En outre, le salaire offert était d’environ 30 000 $ pour l’étudiant fictif, contre environ 26 000 $ pour l’étudiante fictive.
Fait intéressant (ou déprimant, selon le point de vue), les réponses variaient très peu selon le sexe du professeur, les chercheuses ne se montrant pas moins biaisées que leurs confrères. Ainsi, la présence plus grande des femmes (malgré tout) dans certaines disciplines ne leur rendrait pas la partie moins difficile…
Les chercheurs précisent, deux fois plutôt qu’une, que le biais mesuré était certainement inconscient dans l’immense majorité des cas. Mais il n’empêche, leurs résultats donnent à réfléchir.