La sociologue de l’UdeM et spécialiste de la méthodologie statistique Claire Durand a mis en ligne un texte extrêmement intéressant (et on ne peut plus pertinent en cette fin de campagne) sur son blogue Ah! les sondages. Mme Durand a examiné huit sondages réalisés au Québec au cours des dernières semaines afin de voir si l’on n’y trouvait pas des signes d’un phénomène que les sondeurs français appellent «paradoxe de la mémé communiste».
Essentiellement, l’idée est que plus un groupe a tendance à refuser de répondre aux sondages, plus les gens de ce groupe qui y collaborent quand même auront tendance à avoir des profils atypiques. Par exemple, si le taux de réponse des personnes âgées en France est bas, on risque de trouver une proportion anormalement grande de «mémé communiste» chez les rares «vieux» qui répondent malgré tout.
Et les travaux de Mme Durand suggèrent — ils ne portent que sur 8 sondages ce qui, avertit-elle, n’est pas suffisant pour baser des conclusions solides — que le même genre de phénomène semble se produire avec les non-francophones au Québec. En effet, calcule-t-elle, les non-francophones représentent environ 20 % de la population, mais ne forment souvent que 10-12 % des échantillons de nos maisons de sondage. Or, montrent les données de la sociologue, plus leur proportion est élevée dans les échantillons, plus ils sont nombreux à dire qu’ils vont voter libéral. Ainsi, dans le sondage Léger du 9 août, les non-francophones formaient plus du quart de l’échantillon, et leurs intentions de vote étaient libérale à 81 %, soit les plus forts pourcentages dans les deux cas. À l’autre extrême, depuis le début de la campagne, les plus «faibles» appuis libéraux chez les non-francophones, autour de 58 %, sont mesurés par CROP, qui a aussi les plus petits sous-échantillons non-francophones (autour de 11-12 % de l’échantillon total) — et pour avoir sous les yeux le troisième sondage CROP qui paraîtra demain, je peux vous dire que le portrait ne change pas.
Les maisons de sondage, bien sûr, pondèrent leurs sous-échantillons non-francophones afin de leur donner autant de poids qu’ils ont en réalité, mais cette pondération ne corrige absolument pas le biais possible que Mme Durand vient de mettre en lumière. Au contraire, elle ne fait que le magnifier.
Encore une fois, répétons qu’il s’agit ici de données ne portant que sur 8 sondages, mais il reste que les tests statistiques effectués par la méthodologiste de l’UdeM montrent que ces résultats sont «statistiquement significatifs» (le célèbre p-value est inférieur à 0,05). Il vaudra donc certainement la peine d’aller y voir de plus près, idéalement dans un avenir rapproché.
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