Sciences dessus dessous

Archive, août 2012

Lundi 27 août 2012 | Mise en ligne à 17h27 | Commenter Commentaires (49)

Le «paradoxe de l’anglo-péquiste»

La sociologue de l’UdeM et spécialiste de la méthodologie statistique Claire Durand a mis en ligne un texte extrêmement intéressant (et on ne peut plus pertinent en cette fin de campagne) sur son blogue Ah! les sondages. Mme Durand a examiné huit sondages réalisés au Québec au cours des dernières semaines afin de voir si l’on n’y trouvait pas des signes d’un phénomène que les sondeurs français appellent «paradoxe de la mémé communiste».

Essentiellement, l’idée est que plus un groupe a tendance à refuser de répondre aux sondages, plus les gens de ce groupe qui y collaborent quand même auront tendance à avoir des profils atypiques. Par exemple, si le taux de réponse des personnes âgées en France est bas, on risque de trouver une proportion anormalement grande de «mémé communiste» chez les rares «vieux» qui répondent malgré tout.

Et les travaux de Mme Durand suggèrent — ils ne portent que sur 8 sondages ce qui, avertit-elle, n’est pas suffisant pour baser des conclusions solides — que le même genre de phénomène semble se produire avec les non-francophones au Québec. En effet, calcule-t-elle, les non-francophones représentent environ 20 % de la population, mais ne forment souvent que 10-12 % des échantillons de nos maisons de sondage. Or, montrent les données de la sociologue, plus leur proportion est élevée dans les échantillons, plus ils sont nombreux à dire qu’ils vont voter libéral. Ainsi, dans le sondage Léger du 9 août, les non-francophones formaient plus du quart de l’échantillon, et leurs intentions de vote étaient libérale à 81 %, soit les plus forts pourcentages dans les deux cas. À l’autre extrême, depuis le début de la campagne, les plus «faibles» appuis libéraux chez les non-francophones, autour de 58 %, sont mesurés par CROP, qui a aussi les plus petits sous-échantillons non-francophones (autour de 11-12 % de l’échantillon total) — et pour avoir sous les yeux le troisième sondage CROP qui paraîtra demain, je peux vous dire que le portrait ne change pas.

Les maisons de sondage, bien sûr, pondèrent leurs sous-échantillons non-francophones afin de leur donner autant de poids qu’ils ont en réalité, mais cette pondération ne corrige absolument pas le biais possible que Mme Durand vient de mettre en lumière. Au contraire, elle ne fait que le magnifier.

Encore une fois, répétons qu’il s’agit ici de données ne portant que sur 8 sondages, mais il reste que les tests statistiques effectués par la méthodologiste de l’UdeM montrent que ces résultats sont «statistiquement significatifs» (le célèbre p-value est inférieur à 0,05). Il vaudra donc certainement la peine d’aller y voir de plus près, idéalement dans un avenir rapproché.

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L’histoire évolutive de la ménopause est un formidable mystère. Une des «colles» auxquelles la science peine le plus à répondre. Comment se fait-il que l’évolution, ce grand jeu de massacre où, chacun pour sa gueule ou à peu près, tous tentent de répandre leur ADN en espérant qu’il survivra au crible de la sélection (naturelle ou sexuelle), comment se fait-il donc que l’évolution ait retenu des gènes qui empêchent la moitié de l’espèce de se reproduire pendant une bonne partie de sa vie ?

La question se pose, car nous sommes presque les seuls, dans le monde animal, chez qui la ménopause se produit — l’épaulard et le globicéphale sont les seules autres exceptions connues. L’une des rares choses qui soient claires, en tout ceci, est que ce n’est pas l’effet de notre longévité ou de la sécurité dans laquelle nous vivons maintenant : même quand elles vivent en captivité, les guenons demeurent fertiles jusqu’à la fin de leur vie ; et puis, l’Homo sapiens mâle ne reste-t-il pas «encore capable» jusqu’à la fin de ses jours, lui aussi ?

Non, vraiment il y a dû y avoir quelque chose qui s’est produit chez nos ancêtres hominiens pour que la ménopause leur confère un avantage évolutif. Mais lequel ? Les deux principales hypothèses avancées jusqu’ici sont celle de la «mère» — les chances de mourir en couche augmentant avec l’âge, et les enfants sapiens mettant longtemps à grandir, la ménopause servirait à protéger la mère afin d’éviter qu’elle décède avant que ses «petits derniers» ne puissent se débrouiller seuls — et celle de la «grand-mère» — puisque nos enfants demandent un fort et long investissement des parents, leurs chances de survie seraient accrues si leur grand-mère est libre pour aider à les élever et les nourrir.

Mais ce débat n’est pas clos, et voilà qu’une troisième hypothèse vient de trouver un certain appui empirique dans la revue savante Ecology Letters. Celle-ci se base sur l’importance primordiale qu’avait, dans les sociétés traditionnelles, la coopération entre les membres d’un groupe. D’un point de vue évolutif, si une mère assez âgée et sa fille donnent naissance à des bébés à peu près en même temps, toutes deux peuvent collaborer sans problème puisque ce sont essentiellement les mêmes gènes qu’elles travaillent à propager. Mais quand ce sont la belle-mère et sa belle-fille qui sont dans cette situation, alors la collaboration deviendrait moins évidente, veut cette théorie.

Pour la tester, des chercheurs finlandais menés par Mirkka Lahdenperä, de l’Université de Turku, ont mis à profit les archives sur les mariages, les naissances et les décès que l’Église luthérienne du pays a méticuleusement tenues pendant des siècles. En analysant les données de 1702 à 1908, l’équipe a pu établir que lorsque mère et fille ont des bébés en même temps, les taux de survie de ces rejetons étaient les même qu’en général, ce qui suggère que leur collaboration habituelle n’est pas diminuée. Mais lorsque c’est la belle-mère qui accouche à peu près en même temps que sa belle-fille, alors la survie des nourrissons est très lourdement compromise : de 50 % pour le bébé de la belle-mère et de 66 % pour celui de la belle-fille. Ce qui suggère, bien sûr, qu’elles sont alors toutes deux en compétition et coopèrent moins.

Ce serait donc, au moins en partie, pour éviter ce genre de compétition que la ménopause aurait évolué chez nous…

Personnellement, je ne sais pas si je suis convaincu par cette étude. D’une part, je me dis que le degré de parenté entre une grand-mère et ses petits-enfants est toujours le même, soit 1/4, peu importe que la maman soit sa fille ou sa belle-fille (celle-ci étant par définition en couple avec le fils de la grand-mère). On voit donc mal le désavantage évolutif que la grand-mère aurait à collaborer avec sa belle-fille. Mais d’un autre côté, il faut reconnaître que l’effet mesuré par Lahdenperä et al. est impressionnant.

Qu’est-ce que vous en dites ?

P.S. Vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter, @clicjf.

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Mardi 21 août 2012 | Mise en ligne à 19h21 | Commenter Commentaires (35)

Bagage scientifique des candidats : avantage CAQ

On entend souvent dire, surtout en période électorale, que la science n’arrive pas à se faire entendre dans le débat public, peut-être en partie parce que, dit-on aussi, les scientifiques ne participent pas assez à notre vie démocratique. Alors en attendant le débat de tantôt, je me suis livré à un petit exercice scientifico-électoral (avouez que vous n’avez jamais vu ces deux mots accolés ainsi) : compter les candidats qui ont une formation scientifique dans chacun des partis.

On prendra soin, évidemment, de ne pas trop faire de millage sur la foi d’un pareil indicateur, mais les résultats sont tout de même intéressants. Voici mes constats, vous me direz ce que vous en pensez.

1) C’est la Coalition avenir Québec qui a le plus de candidats ayant une formation en science, avec 18. (For the record : j’ai inclus dans cette catégorie uniquement les formations universitaires complétées ou en cours dans les domaines «classiques» (maths, chimie, physique, bio, tous les génies, etc.), auxquels j’ai ajouté l’informatique et les diplômes en enseignement des sciences.)

2) Cependant, l’écart entre la 1re et la dernière place est assez mince : le Parti québécois se classe second avec 15, suivi de Québec solidaire (14) et du Parti libéral (12). Tous les partis restent donc à peu près dans le même ordre de grandeur.

3) Alors au final, est-ce qu’il y a «peu» ou «quand même pas mal» de candidats qui possèdent un bagage scientifique ? Difficile à dire. Personnellement, je m’attendais à ce que leur proportion sur l’ensemble des candidatures tourne autour de 5 %, mais à l’évidence, je l’avais très nettement sous-estimée — elle varie plutôt entre 9,6 % (PLQ) et 14,4 % (CAQ). À presque 15 %, il me semble qu’on «commence à jaser», comme on dit. Mais cela ne reste quand même qu’un candidat sur sept, et dans un monde où la science et la technologie occupent autant de place que le nôtre, on pourrait aussi dire que c’est très peu.

À votre avis ?

P.S. Vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter : @clicjf

AJOUT, 22 août (15h20) : On me signale que le candidat de la CAQ Éric Caire n’a pas de formation universitaire en informatique, contrairement à ce que j’avais déduis du site de son parti, qui le décrit comme un «programmeur-analyste». Cela fait donc passer le nombre de caquistes ayant une formation scientifique de 19 (dans la version originale de ce billet) à 18 (version actuelle). Mes excuses.

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