Sciences dessus dessous

Archive du 23 août 2012

L’histoire évolutive de la ménopause est un formidable mystère. Une des «colles» auxquelles la science peine le plus à répondre. Comment se fait-il que l’évolution, ce grand jeu de massacre où, chacun pour sa gueule ou à peu près, tous tentent de répandre leur ADN en espérant qu’il survivra au crible de la sélection (naturelle ou sexuelle), comment se fait-il donc que l’évolution ait retenu des gènes qui empêchent la moitié de l’espèce de se reproduire pendant une bonne partie de sa vie ?

La question se pose, car nous sommes presque les seuls, dans le monde animal, chez qui la ménopause se produit — l’épaulard et le globicéphale sont les seules autres exceptions connues. L’une des rares choses qui soient claires, en tout ceci, est que ce n’est pas l’effet de notre longévité ou de la sécurité dans laquelle nous vivons maintenant : même quand elles vivent en captivité, les guenons demeurent fertiles jusqu’à la fin de leur vie ; et puis, l’Homo sapiens mâle ne reste-t-il pas «encore capable» jusqu’à la fin de ses jours, lui aussi ?

Non, vraiment il y a dû y avoir quelque chose qui s’est produit chez nos ancêtres hominiens pour que la ménopause leur confère un avantage évolutif. Mais lequel ? Les deux principales hypothèses avancées jusqu’ici sont celle de la «mère» — les chances de mourir en couche augmentant avec l’âge, et les enfants sapiens mettant longtemps à grandir, la ménopause servirait à protéger la mère afin d’éviter qu’elle décède avant que ses «petits derniers» ne puissent se débrouiller seuls — et celle de la «grand-mère» — puisque nos enfants demandent un fort et long investissement des parents, leurs chances de survie seraient accrues si leur grand-mère est libre pour aider à les élever et les nourrir.

Mais ce débat n’est pas clos, et voilà qu’une troisième hypothèse vient de trouver un certain appui empirique dans la revue savante Ecology Letters. Celle-ci se base sur l’importance primordiale qu’avait, dans les sociétés traditionnelles, la coopération entre les membres d’un groupe. D’un point de vue évolutif, si une mère assez âgée et sa fille donnent naissance à des bébés à peu près en même temps, toutes deux peuvent collaborer sans problème puisque ce sont essentiellement les mêmes gènes qu’elles travaillent à propager. Mais quand ce sont la belle-mère et sa belle-fille qui sont dans cette situation, alors la collaboration deviendrait moins évidente, veut cette théorie.

Pour la tester, des chercheurs finlandais menés par Mirkka Lahdenperä, de l’Université de Turku, ont mis à profit les archives sur les mariages, les naissances et les décès que l’Église luthérienne du pays a méticuleusement tenues pendant des siècles. En analysant les données de 1702 à 1908, l’équipe a pu établir que lorsque mère et fille ont des bébés en même temps, les taux de survie de ces rejetons étaient les même qu’en général, ce qui suggère que leur collaboration habituelle n’est pas diminuée. Mais lorsque c’est la belle-mère qui accouche à peu près en même temps que sa belle-fille, alors la survie des nourrissons est très lourdement compromise : de 50 % pour le bébé de la belle-mère et de 66 % pour celui de la belle-fille. Ce qui suggère, bien sûr, qu’elles sont alors toutes deux en compétition et coopèrent moins.

Ce serait donc, au moins en partie, pour éviter ce genre de compétition que la ménopause aurait évolué chez nous…

Personnellement, je ne sais pas si je suis convaincu par cette étude. D’une part, je me dis que le degré de parenté entre une grand-mère et ses petits-enfants est toujours le même, soit 1/4, peu importe que la maman soit sa fille ou sa belle-fille (celle-ci étant par définition en couple avec le fils de la grand-mère). On voit donc mal le désavantage évolutif que la grand-mère aurait à collaborer avec sa belle-fille. Mais d’un autre côté, il faut reconnaître que l’effet mesuré par Lahdenperä et al. est impressionnant.

Qu’est-ce que vous en dites ?

P.S. Vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter, @clicjf.

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