Sciences dessus dessous

Archive du 9 août 2012

Jeudi 9 août 2012 | Mise en ligne à 12h11 | Commenter Commentaires (104)

Bémols climatiques

Très intéressant papier de mon collègue Mathieu Perreault, paru ce matin dans La Presse, au sujet d’une étude publiée lundi dans les PNAS. Le trio d’auteurs, mené par le climatologue de la NASA James Hansen, y soutient essentiellement que les récentes vagues de chaleur comme celles qui ont touché le sud des États-Unis l’an dernier et Moscou en 2010 peuvent être imputées au réchauffement climatique, ce qui va un cran plus loin que ce que les climatologues acceptent généralement d’admettre.

En effet, le réchauffement est un phénomène statistique : c’est la température moyenne du globe qui augmente. De là, bien sûr, on peut s’attendre à ce que les vagues de chaleur extrêmes soient plus fréquentes, mais comme les canicules étaient tout de même possibles par le passé, il est en principe impossible de dire qu’un «été chaud» en particulier, dans une région précise, a été causée par les changements climatiques.

Or il vient un point où ces changements deviennent si patents, même d’un point de vue statistiques, que l’on tombe dans une zone grise. Et dans le cas qui nous intéresse, franchement, je ne saurais tracer une ligne pour trancher. M. Hansen et son équipe ont en effet comparé les températures moyennes estivales (juin, juillet et août) de 1951-1980 avec la période 1981-2010, en gardant un œil sur ce qu’ils appellent des «anomalies», c’est-à-dire des étés où la température moyenne s’est éloigné à plus de 3 écarts-type de la moyenne de 1951-80. (L’écart type, en stats, est une «mesure de dispersion» qui indique si les cas individuels sont éparpillés ou serrés autour de la moyenne.)

Sans réchauffement, ces anomalies n’ont que 0,13 % de chances de survenir, et ne devraient couvrir qu’entre 0,1 et 0,2 % de la surface de la planète. Or M. Hansen a trouvé qu’elles couvrent désormais (toujours en comparant avec 1951-80) entre 4 et 13 % des terres émergées sur Terre, ce qui suggère qu’elles sont au bas mot 20 fois plus fréquentes et qu’on aurait, grosso modo, tout au plus 1 chance sur 20 de se tromper en imputant un été très chaud en particulier aux changements climatiques.

Alors je vous pose la question : si on veut «jouer ça straight» — ce qui n’est à peu près jamais un mauvais réflexe —, il faut continuer à résister à la tentation de faire un lien causal entre le réchauffement planétaire et un été chaud en particulier ; mais si ce lien a plus de 95 % de chances d’être vrai, est-ce qu’on ne couperait pas ainsi les cheveux en quatre ?

P.S. Vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter, @clicjf

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