Sciences dessus dessous

Archive, août 2012

Jeudi 30 août 2012 | Mise en ligne à 10h49 | Commenter Commentaires (20)

Ceci n’est pas une raison pour aller chez McDo

Image : National Institute of Health/NIH

Image : National Institute of Health/NIH

L’idée, assez répandue en science et dans l’industrie du régime, selon laquelle l’espérance de vie s’allonge quand on réduit plus ou moins drastiquement les calories ingérées, vient de prendre un bon coup de plomb dans l’aile. D’après une étude américaine publiée hier dans Nature, des macaques qui ont dû se contenter de 30 % moins de calories qu’un groupe contrôle pendant une grande partie de leur vie ne meurent pas plus plus vieux que les autres.

Menée par des chercheurs du National Institute of Aging, l’expérience s’est étalée sur pas moins de 23 ans. Les macaques «affamés» — bien qu’ils ne se comportaient pas comme tels, mangeant au même rythme que les autres — étaient bien sûr beaucoup plus maigres que le groupe contrôle, comme le montre la photo ci-haut, soit l’équivalent, d’après ce compte-rendu du New York Times, d’un humain de 6 pieds qui ne pèserait qu’environ 130 lbs.

Or contrairement au résultat prévu par les chercheurs, l’espérance de vie de ces primates ne s’en est pas trouvée allongée. Ceux qui ont été mis à la diète sévère à un âge avancé ont montré des taux de triglycérides moindres, et donc un risque de maladie cardiaques diminué, mais ce ne fut pas le cas de ceux qui ont été sous-alimentés dès leur jeune âge. Ces derniers, cependant, se sont avérés moins touchés que les autres par le cancer, mais cela n’a que compensé pour le reste, car en moyenne, ils n’ont pas vécu plus longtemps.

Ces résultats viennent contredire une autre étude à long terme conduite en 2009 au Wisconsin, elle aussi sur des macaques, qui avait trouvé que la «restriction calorique» semblait allonger la vie. Cependant, lit-on maintenant dans Nature et dans le Times, il semble que le groupe contrôle de cette expérience-là ait été passablement moins bien nourri que celui du NIA — aliments à volonté, beaucoup de sucrose et peu ou pas d’antioxydants pour les macaques du Wisconsin, alors que ceux du NIA avaient des portions contrôlées, peu de sucrose et des antioxydants. Il est donc possible que l’effet mesuré il y a trois ans ait été un raccourcissement de la vie des contrôles plutôt qu’un rallongement dû aux privations.

En outre, les auteurs de l’étude du Wisconsin avaient écarté de leurs calculs environ la moitié des décès parce que ceux-ci n’étaient pas liés à la longévité, mais en en tenant compte, la diète sévère ne faisait aucune différence sur l’espérance de vie.

Notons ici, malgré tout, que beaucoup des scientifiques interviewés à ce sujet hésitent à balancer le lien privation-longévité sur la foi d’une seule étude. Alors si vous voulez aller chez McDo ce midi, il faudra vous trouver une autre excuse…

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Que l’on me pardonne ce billet en forme de grosse «plogue» pas subtile, mais les occasions d’entendre parler de sciences pendant la présente campagne électorale n’auront pas été légion… Alors pour ceux qui vivent dans la région de Montréal, voici votre chance : demain soir, à 18h, au Cœur des sciences de l’UQAM, des candidats de cinq partis débattront d’enjeux scientifiques, à l’invitation de l’initiative Je vote pour la science.

Le débat sera animé par Yanick Villedieu — hôte de l’émission Les Années-lumière à Radio-Canada, s’il est vraiment besoin de vous le présenter.

Plusieurs des participants à ce débat ont des formations et une expérience scientifique qui promettent de très beaux échanges. Ainsi, Henri-François Gautrin (PLQ) est physicien de formation et a déjà occupé un poste de prof au département de mathématiques de l’UdM ; Toni Rinow (CAQ) possède un doctorat en chimie de l’UdM et fait carrière dans l’industrie pharmaceutique ; Miguel Tremblay (ON) possède quant à lui une maîtrise en physique (de l’UdM encore, décidément…) et a travaillé notamment dans le domaine de l’environnement.

Je ne peux cependant m’empêcher de me questionner sur les candidats qu’ont choisi de déléguer le Parti québécois et Québec solidaire. Le débatteur de QS, Nicolas Boisclair, est dans une zone grise entre le profil scientifique (ou à peu près : expérience au programme Éconologis, maîtrise en communication de l’environnement) et le militantisme (il a coréalisé le «documentaire-choc», comme l’appelle le site de QS, Chercher le courant). Mais le candidat péquiste, Daniel Breton, est complètement en dehors de cette zone grise : il a une formation en science politique et sa seule expérience «pertinente» est d’avoir dirigé le groupe écolo Maître chez nous 21e siècle.

Bref, on se trouve ici dans cette bonne vieille confusion entre science et environnement, et l’on peut craindre que M. Breton, en particulier, sera là pour parler de l’un et non de l’autre. Il y a bien, certes, des liens entre les deux, et c’est très loin d’être un défaut que de parler d’environnement, remarquez bien, mais dans un débat sur la science en général, cela risque de ne pas être toujours pertinent.

Enfin, laissons la chance aux coureurs. Peut-être que MM. Breton et Boisclair amèneront un éclairage original sur les politiques scientifiques du Québec, les priorités en matière d’innovation, etc. Cela reste entièrement possible — ce n’est pas un blogueur-sciences qui a une formation en histoire et en socio qui dira le contraire. Mais si ce n’est pas le cas, le choix de ces débatteurs paraîtra d’autant plus bizarre que leurs deux partis ne manquaient pourtant pas d’autres candidats dont les c.v. étaient mieux remplis, d’un point de vue scientifique, que les leurs.

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Les signes s’accumulaient, mais il manquait toujours une preuve minimalement solide. Or celle-ci semble bien s’être pointé le bout du nez hier, dans les PNAS : d’après les travaux d’une équipe américaine et néo-zélandaise, les grands consommateurs de cannabis s’exposent à une baisse permanente de leur quotient intellectuel, surtout s’ils ont connu leur premier épisode de consommation lourde pendant l’adolescence.

Contrairement aux études précédentes sur cette question, qui n’avaient aucun moyen de mesurer le QI avant le début de la consommation, celle-là s’appuie sur une cohorte néo-zélandaise de 1037 personnes qui ont été rencontrés à une dizaine de reprises de leur naissance (vers 1972-73) jusqu’à l’âge de 38 ans. Les chercheurs ont donc pu comparer le QI des participants lorsqu’ils étaient enfants (entre 7 et 13 ans) aux scores qu’ils ont obtenus plus tard, puis mettre cette évolution en relation avec la consommation (auto-déclarée) de cannabis.

Les participants ont été rencontrés à cinq reprises et 18 et 38 ans. Chez ceux qui ont déclaré trois fois ou plus une dépendance au cannabis (grosse consommation, accoutumance, symptômes de sevrage) ou une forte consommation (au moins 4 jours par semaine en moyenne), le QI à 38 ans avait perdu de 5 à 6 points. Notons que le gros de cet effet était concentré chez ceux qui ont commencé leur usage lourd à l’adolescence (–8 points de QI), alors que l’effet n’était pas clair chez ceux qui sont devenus «pothead» une fois adultes.

Selon le chercheur en neurologie de l’Université Laval Claude Rouillard, spécialiste de la toxicomanie, il s’agit-là d’une «étude très importante». Le fait que ce soit surtout, sinon uniquement la consommation à l’adolescence qui semble causer la perte de QI suggère selon lui que les endocabinnoïdes — substances semblables au cannabis que notre cerveau produit naturellement en petites quantités — pourraient jouer un rôle dans le développement du cerveau, rôle qu’il resterait à éclaircir.

D’autres détails dans mon article, ici.

P.S. Vous pouvez maintenant me suivre sur Twitter : @clicjf

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