Sciences dessus dessous

Archive du 21 juin 2012

Jeudi 21 juin 2012 | Mise en ligne à 13h57 | Commenter Commentaires (8)

Stockage souterrain du CO2 : attention fragile

Malgré des coûts encore très élevés, le Canada, ou du moins son gouvernement fédéral, mise beaucoup sur la capture et la séquestration géologique du carbone (CSC) pour lutter contre les changements climatiques. Mais une étude parue cette semaine dans les PNAS soulève de sérieuses réserves sur le potentiel de cette technologie, à cause des tremblements de terre qu’elle risque de provoquer.

Comme son nom l’indique, la CSC consiste à capturer le gaz carbonique produit par des très grands émetteurs — comme les centrales au charbon/gaz, ou le traitement des gaz bitumineux — et à l’enfouir, sous haute pression (au moins 68 fois celle de l’atmosphère) à grande profondeur, afin que le CO2 reste là sous une forme liquide pendant, espère-t-on, des millénaires. Or, font valoir les géologues de Stanford Mark Zoback et Steven Gorelick, l’injection de grandes quantités de fluides sous pression sous la terre peut, quand elle se fait proche ou sur une faille géologique, agir un peu comme un lubrifiant. Les énormes tensions qui s’accumulent sous terre à cause du mouvement de diverses formations géologiques peuvent alors se relâcher, ce qui cause des tremblements de terre.

Un rapport de l’Académie américaine des sciences, publié ce mois-ci, identifie d’ailleurs lui aussi la CSC comme une activité ayant clairement un potentiel «sismogène», si l’on me permet ce néologisme.

Le duo de Stanford va cependant nettement plus loin, arguant qu’il y a «une forte probabilité» pour que la CSC provoque des tremblements de terre d’une magnitude faible à moyenne. Par comparaison, écrivent-ils :

«la construction de barrages et la retenue des eaux produisent des changements de pression des fluides (pore pressure) en profondeur beaucoup plus faibles que ceux que l’on prévoit pour la CSC, mais plusieurs barrages ont provoqué des tremblements de terre sur divers sites à travers le monde. (…) Trois réservoirs dans l’Est du Canada, situés sur le socle ancien stable du continent nord-américain, ont causé des séismes de magnitude 4,1 et 4,5 en dépit du fait que la pression des fluides en profondeur ne s’était que très peu accrue.»

Ces secousses, tempèrent les auteurs, n’ont rien de bien effrayant en elles-mêmes. Mais en plus d’être assez fréquentes dans les projets de CSC, disent-ils, celles qui surviendront auraient de bonnes chances de compromettre l’étanchéité du «réservoir» de CO2.

«Par exemple, un séisme de magnitude 4 (…) serait associé à un glissement de quelques centimètres sur une faille de plusieurs kilomètres de long. Parce que des études en laboratoire montrent qu’un glissement de seulement quelques millimètres peut augmenter la taille d’une fracture, on peut penser qu’un déplacement de plusieurs centimètres serait capable de créer une brèche (…) compromettant l’intégrité du réservoir de CO2

La séquestration demeure tout de même un outil qui peut être utile, lorsque déployé dans des conditions géologiques idéales, nuancent Zoback et Gorelick. Mais il ne faudra pas trop compter dessus : non seulement les réservoirs potentiels sont-ils trop peu nombreux, mais plusieurs d’entre eux pourraient bien ne pas être aussi «sûrs» qu’on le croit.

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