Sciences dessus dessous

Archive du 15 juin 2012

Vendredi 15 juin 2012 | Mise en ligne à 10h56 | Commenter Commentaires (9)

L’étrange cas de Monsieur Armstrong

Here we go again, comme ils disent au Texas : le cycliste triathlète Lance Armstrong a de nouveau été accusé de dopage cette semaine, cette fois-ci par l’Agence antidopage américaine (USADA).

Passons sur la question de savoir s’il est coupable ou  non. L’intérêt de la chose, en ce qui me concerne, tient plus dans les détails un brin techniques que l’on trouve dans le texte de l’accusation, que l’on peut télécharger ici (pdf). Mine de rien, il y a beaucoup de science dans ce document, et de la science fort pertinente à quelques semaines des Jeux.

Essentiellement, Armstrong est accusé de s’être injecté de l’érythropoïétine (EPO) — une protéine qui stimule la production de globules rouges, et donc augmente le transport d’oxygène par le sang, ce qui est vachement pratique pour un sport d’endurance —, accusation qui valent surtout pour avant 2000, année où un test de dépistage est entré dans l’usage ; d’avoir triché par «autoinjection», c’est-à-dire de s’être prélevé du sang bien avant une compétition pour se le réinjecter juste avant, ce qui augmente encore la quantité de globules rouges dans le sang (en plus d’être à peu près impossible à détecter, selon le document) ; de s’être administré des substances illégales (testostérone) ou de manière illégale (cortisone) afin de récupérer après une épreuve ; et de s’être injecté des solutions salines et du plasma afin que ramener son taux de globules rouges à des niveaux légaux (pour masquer l’autoinjection, bref).

Or comme le faisait remarquer la spécialiste du dopage de l’INRS Christiane Ayotte, hier à Première Heure (l’émission du matin de Rad-Can à Québec), ces accusations ne reposent pas sur des tests de dopage positifs, mais sur des profils sanguins jugés trop anormaux pour être naturels. Par exemple, le taux d’hématocrite, soit la proportion du volume des globules rouges dans le volume sanguin, tourne en moyenne autour de 45 % chez l’homme et les règlements de l’Union cycliste internationale stipulent qu’il ne peut excéder 50 % chez les coureurs.

Ce ne serait pas la première fois que ce genre d’«indicateurs physiologiques» serait utilisé pour incriminer un athlète, a souligné Mme Ayotte — et c’est tant mieux, puisque cela nous donne un outil de plus pour «pincer» les tricheurs. Mais, sans vouloir gracier qui que ce soit, je ne peux m’empêcher de penser que c’est aussi une pente qui peut être glissante, car il y a une variation naturelle chez l’être humain qui ouvre la porte à des faux positifs.

Le Scientific American publiait d’ailleurs la semaine dernière un excellent papier sur la question de savoir où, exactement, l’on doit tracer la ligne entre le dopage et les méthodes légitimes. La revue rappelle le «curieux cas» du fondeur finlandais des années 60 Eero Mäntyranta, qui a gagné sept médailles olympiques entre autres parce qu’il était atteint (comme les autres membres de sa famille) d’une «maladie» génétique qui gonflait naturellement son taux d’hématocrite. Le pauvre aurait ainsi échoué les tests de l’UCI sans avoir rien pris…

Encore une fois, cela n’innocente personne, mais cela incite tout de même à se garder une petite gêne devant des indicateurs de type «profil sanguin» — encore que dans le cas d’Armstrong, si j’ai bien compris, l’USADA devrait invoquer des variations du taux d’hématocrite dans des échantillons prélevés en 2009 et en 2010, ce qui est autre chose, sans compter de nombreux témoignages incriminants…

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